LIVRE XII. ~ MORT DE LA REINE
poié à chacune une couronne de laurier sur la tôte el leur a donné r accolade fraternelle. Puis elles se sont unies au cortège, fûa repris sa marche au milieu des acclamations.
Cette fête fut la plus bruyante et la plus pompeuse peut-être fà ait mis en ébuliition la grande ville révolutionnaire. Simon mit un regret fiévreux de n^en pouvoir jouir, et maudissait la rigide dignité de sa charge, qui le rendait aussi esclave que son prisonnier. Le canon, dès Taurore, avait ébranlé les vieux édios du donjon des Templiers. Les jours de fête se lèvent de knne heure. Le ménage Simon fut debout h Tinslant, il réveilla Tenfant roy^al, et le somma de crier : Vive la République! L'enfant, les yeux à peine ouverts, ne savait d*abord ce qu^on hî voulait, et ce que signifiait le bruit du canon qui arrivait k ion chevet avec les injonctions de son go.uverneur. Il se leva , et s*habillait en silence, quand Simon se plaçant devant lui, les bas croisés, lui répéta avec autorité : «Allons, Capet, c'est iojourd*hui un grand jour; il faut que tu cries : Vive la Repu- Uique ! » L*enfant ne répondit rien et continua sa toilette, u A foi ai-je donc parlé ici? demanda le maître en jurant; sacré roi de M ontbrison , ft crieras : Vive la République ! ou. ... » et ton attitude et son geste achevèrent la phrase plus éloquemment (ne n*eussent pu faire ses paroles. Le Prince leva la tête, rei{arda son maître d^un air résolu , et lui dit avec fermeté : B Vous ferez tout ce que vous voudrez , mais je ne crierai jamais : Vive la République ! » Il a fallu que le front enfantin apparût alors comme illuminé du reflet de la puissance royale, car Simon lui-même, en le voyant si noble, et si fier, et si beau, se sentit frappé d*étonnement et presque de respect; il n*exerça en cette circonstance aucune voie de fait sur le disciple rebelle ; il se borna à lui dire : u Tout le monde saura votre conduite. » Effe.ctivement , tous ceux qui habitaient le Temple, ou qui, se jour-là, s^y trouvaient de service , connurent cet acte d'insoumission , que quelques-uns appelèrent un acte de caractère.
Simon fut rarement aussi maître de lui-même. Dès le lendemain, son humeur politique le livrait à de nouveaux empor-
temenls. Il lisait à haute voix le compte rendu de la fête de U ,. veille, et le récit de ces merveilles le jetait dans la plus vitf . admiration ; il exigea que son esclave écoutât debout les discoun ' que le président de la Convention avait débités dans chaqul station. L'enfant avait entendu de bonne crrâce Fallocution aoi ' émeutiëres avinées de Versailles, transformées en héroïnes s mais, arrivé an discours prononcé sur la place de la Révolution|et qui commence par ces phrases : « Ici, la hache de la loi a ' frappé le tyran. Qu'ils périssent aussi ces signes honteux d^une servitude que les despotes affectaient de reproduire sous toutefi j les formes à nos regards ; que la flamme les dévore , qu'il n* j " ait plus d'immortel que le sentiment de la vertu qui les a^ effacés. Justice! Vengeance! divinités tutélaires des peuple!."" libres, attachez à jamais l'exécration du genre humain au nom. '^| du traître qui, sur un trône relevé par la générosité, a trompé/; la confiance d'un peuple magnanime! n l'enfant n'avait pii" contenir son émotion ; U avait tourné le dos à son maître , et' était allé dans l'embrasure de la fenêtre cacher son visage et ses larmes. Simon l'y rejoignit, le ramena violemment par les ' cheveux jusqu'à la table, devant laquelle» il lui ordonna, sous ' peine de coups, de se tenir encore debout, attentif et silencieux. L'enfant, les yeux penchés sur son mouchoir humide, sembla écouter sans faiblir et sans murmurer. Le lecteur jacobin l'observait avec une attention défiante , épiant ses mouvements à chaque expression capable de l'agiter. U relut le dernier paragraphe de la harangue prononcée à la dernière station (le Champ de Mars) , et appuya fortement sur chacun de ces mots : u Jurons de défendre la constitution jusqu'à la mort ; la Répvr hlique est éternelle. » Malgré les provocations du maître, l'élève était resté calme >et n'avait manifesté aucune mauvaise humeur; mais cette attitude tranquille et résignée déplut encore , ou ne satisfit pas complètement, u Tu entends bien, Capet, jurons de défendre la constitution jusqu'à la mort ; la République est éternelle. » L'enfant ne fit aucune réponse, et ne releva point la tête, toujours penchée sur sa main et sur son mouchoir, a Sacré