‹ Louis XVIIChapitre 128 sur 206 · LIVRE XIX. — LE CIMETIÈRE · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. — LE CIMETIÈRE

particulière avait été choisie ; Bureau, Valentin et tous les autres témoins indiquaient la fosse commune.

Ce n*est pas tout. Quelques voix s'étaient élevées, disant que le convoi et les obsèques de Louis XVII dans le cimetière de Sainte-Marguerite n'avaient été que simulés , et que ses restes étaient enfouis au pied même de la tour où s'était accomplie sa déplorable destinée.

Le général comte d'Andigné, prisonnier au Temple au mois de juin 1801, a, dans des Mémoires inédits, exprimé cette opinion. Après avoir parlé d'un nouveau fossé creusé pour établir un second mur d'enceinte , du côté du nord et de l'est , dans Tenclos du Temple, il rapporte ce qui suit : « Les terres extraites de ce fossé étaient jetées négligemment des deux côtés de la tranchée, en sorte que la cour aride, seule promenade qui nous fût permise, semblait réellement environnée de décombres. Autant pour s'occuper que pour embellir leur prison, plusieurs détenus imaginèrent de convertir en jardin les lèrres du fossé qui avaient été jetées de notre côté, et Faucon-

décente ; le cortëge sortit donc par la grande porte. La commisération et la tristesse du public , qu'on aurait voulu éviter, étaient peintes sur toutes les figures; mais l'ordre, ainsi que je l'avais prévu, ne fut point troublé.

> Arrivé au lieu de la sépulture , je pris sur moi d'ordonner que le corps de cet en&nt serait inbumé dans une fosse séparée, et non dans la fosse commune ; et cet ordre fut exécuté en présence des sieurs Biard et Goddet, membres du comité civil de la section du Temple , qui étaient animés des mêmes sentiments que moi.

» Dès le soir, je fus mandé au comité de sûreté générale pour rendre compte de ma conduite. La plupart des membres de ce comité étaient furieux contre moi. Il fut proposé les mesures les plus sévères, c'est-à-dire l'arrestation comme royaliste, et ma traduction devant le Tribunal révolutionnaire : mais , heureusement, Louis (du Bas>Rhin), que je connaissais, ayant pris ma défense et calmé ses collègues , je fus renvoyé à mon poste , avec injonction de me conduire tout autrement à l'avenir, sous peine d'être rigoureusement puni. »

Pierre Dusser, commissaire de police de la division du Temple , sixième arrondissement municipal de la ville de Paris , fut , en cette qualité , appelé à constater la mort de Pichegru, au Temple, en 1804. Il était, à cette époque , âgé de 43 ans . et demeurait boulevard du Temple , n» 50.

nier, concierge da Temple, approuva leur projet. D*après cela, Doas nous partageâmes les terrains et noas noas mimes surle-champ à Tœmrre. La terre mise à notre disposition était mauvaise; pour Taméliorer, nous pelâmes les gazons de la coar et nous cherchâmes de la bonne terre dans tons les lieux où nous pûmes en trouver. Un détenu crut en apercevoir de convenable dans le fond du fossé; il creusa pour la retirer, et ne fut pas médiocrement étonné d*apercevoir le cor-ps d'un grand enfant qui avait été enterré dans de la chaux vive.

n Un corps isolé, enseveli dans ce lieu et avec des précautions aussi inusitées, nous donna à penser que nous avions trouvé les restes de monseigneur le Dauphin , mort dans la tour du Temple ; les chairs étaient entièrement détruites , il ne restait plus. que le squelette. Un de nous en détacha un petit os, qu'il désira conserver comme une relique. Le corps fut recouvert respectueusement, et nous évitâmes d'en approcher davantage. Fauconnier se trouvait près de là au moment où j'allai visiter le squelette, u C'est là nécessairement, monsieur, lui dis-je. Il corps de Monseigneur le Dauphin, n II parut un peu embar- ' rassé de ma question, mais me répondit sans hésiter : « Oui, monsieur, n

» J'ai souvent regretté que l'on n'ait pas fait constater par une enquête le fait que je rapporte ici, et que tous mes compagnons de prison ont connu comme moi. Sous la Restauration, j'en parlai au cardinal de La Fare, archevêque de Sens. U me répondit que Madame la Dauphine était persuadée que son malheureux frère n*était pas mort au Temple, et qu*ainsî nous ne pourrions que renouveler ses douleurs sans la convaincre. Malheureusement le temps qui s'écoule rend de jour en jour la vérité plus difficile à constater ^.. Pour éclairer autant qu'il

' On remarquera que Fauconnier, arrive au Temple plusieurs années après U mort du Dauphin (le 15 floréal an VI. A mat 179$). n'était pas plnses position que son interlocuteur de résoudre la question. Quant aux par^dei dn cardinal de La Fare, elles seraient en opposition directe avec les coifif* tioos bien connues et invariables de Madame la Dauphine.

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