‹ Louis XVIIChapitre 129 sur 206 · LIVRE \1X. - LE CIMETIÈHE · texte numérisé non relu

LIVRE \1X. - LE CIMETIÈHE

dépendait de moi un fait qui un jour peut importer à T histoire, je me suis rendu le 3 juin 184^ au Temple, accompagné (le M. Lambert, ancien juge au tribunal de première instance de la Seine, et de M. Tabbé Just, aujourd'hui grand vicaire de monseigneur de Rouen, alors aumônier de la maison. Madame la supérieure et quatre ou cinq de ces dames assistèrent à nos recherches... Je me souviens parfaitement que le corps de Monseigneur le Dauphin, dont je n*ai reconnu la position qu'au simple coup d'œil en 1801, doit se trouver à cinq pieds de profondeur à peu près et à environ dix ou douze pieds du mur de Test, et quarante ou cinquante pieds de celui du nord, dans un terrain creusé pour Tensevelir et plus tard ouvert par une tranchée destinée à établir un fondement, ce qui doit laisser des traces faciles à suivre. Malheureusement un espace de cinquante et quelques pieds de côté a été détaché de F ancienne enceinte dans Tangle qui approche de la rotonde, et Ton a placé dans cet espace un corps de garde de pompiers et un cabaret; en sorte que si je ne me suis pas trompé en estimant à cinquante pieds environ la distance à laquelle les restes de Monseigneur le Dauphin sont du mur du nord , ils se trouveraient sous les bâtiments...

)) J'ai relaté ces observations dans une déclaration signée de moi et de tous les assistants comme témoins, et que j*ai déposée entre les mains de madame la supérieure. »

Une autre déposition vint encore à la traverse, troublant, du moins en apparence et d'une manière étrange, toutes les précédentes assertions. Le II juin 1816, le sieur Louis-Antoine Charpentier, jardinier en chef du palais du Lu^fembourg, se rendit, sur l'invitation qui lui en fut faite, à la préfecture de police , et y fit la déclaration suivante :

u Le 25 prairial an III , vers cinq heures après midi , quelqu'un se présenta chez moi de la part du comité révolutionnaire de la section du Luxembourg, et m'enjoignit de me rendre de suite au comité, ce que je fis. Là un membre me donna l'ordre de revenir le même jour, à dix heures du soir, avec deux de

mes ouvriers munis d'mtie pioche et d*ime pelle'. A l'heure prescrite, nous étions tous trms an comité, ou après avoir attendu jusqu'à onze heures, un membre, revêtu de son écharpe, sans entrer dans aucune explication , nous fit monter avec lui dans un fiacre qui nous conduisit jusqu'à Textrémité de la rue du Jardin des Plantes. Il nous fit alors descendre et l'accompagner à pied jusqu'au cimetière de Clamart, en continuant d'observer le plus profond silence. Ici je crois devoir faire remarquer que cette démarche paraissait enveloppée d'un mystère impénétrable. La voiture avec laquelle nous étions partis du comité n'était précédée ni suivie d'aucune escorte.

j> Arrivés au cimetière (il était alors onze heures et demie), celui sous la direction de qui nous avions marché fît d'abord retirer un homme qui nous avait ouvert la porte et qui paraissait logé dans l'intérieur. Pour nous, je veux dire les deux ouvriers et moi, il nous fit ensuite avancer à droite de l'entrée, à une distance de huit à dix pieds seulement. Alors il nous dit que nous devions nous mettre en devoir de creuser, à la place où nous nous trouvions , une fosse large de trois pieds et qui en eût six en longueur comme en profondeur. Nous nous conformâmes à cette injonction, du moins quant à la largeur; mais deux ouvriers ne pouvant travailler ensemble dans un espace de six pieds, nous dûmes donner à la fosse une extension de huit pour la longueur. Enfin nous étions parvenus à une profondeur d'environ six à huit pieds, lorsque nous entendîmes arriver une voiture. Dans le même instant on nous fit cesser le travail, on ouvrit la porte du cimetière, et nous vîmes sortir de la voiture trois autres membres du comité révolutionnaire, revêtus de leur écharpe comme celui avec qui nous étions venus.

^ Les deux ouvriers étaient terrassiers , savoir :

lo Le nomme Charles, âgé de 50 à 60 ans, demeurant au Gros-Caillou; ^ Le nomme Le Roux , âgé de 55 à 56 ans . demeurant rue Monfîetard. Le sieur Charpentier ne les a jamais connus d'une manière plus précise b> plus circonstanciée sous aucun rapport.

(Tiré des archives de la Préfecture de police.)

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