LIVRE XIX. — LE CIMETIERE
/alentin avait faites en présence de la mort , et que Decoullet enouvelait devant Tautorité quMl acceptait avec joie pour juge [e son témoignage; soit enfin en tenant compte des déposiions de Charpentier, qui pouvaient être exactes. La scène mystérieuse de Clamart, placée dans son récit à la date du 25 prairial , ne dément point la cérémonie officielle de Sainte- Marguerite qui avait eu lieu trois jours auparavant, c*est-à-dire le 22 du même mois. Ces deux actes successifs n'ont rien d'inconciliable. En adoptant cette explication, on comprend que le pouvoir révolutionnaire aurait fait exhumer les restes du Dauphin pour dérouter les recherches de l'avenir.
On le voit, il y a ici un fait certain, à côté d'autres faits qui ne sont que probables. Aussi bien qu'il est évident pour moi que l'enfant royal est mort au Temple, il m'est également démontré que son cadavre, enveloppé d'un linceul, a été mis dans une bière; que cette bière n'a été ni rouverte ni changée, et que c'est bien elle , avec la dépouille qu'elle contenait , qui a été inhumée dans le cimetière de Sainte-Marguerite , et dans le lieu que nous avons désigné. Tous les témoignages s'accordent sur cet emplacement primitif; ils ne commencent à se combattre que relativement à la translation effectuée par Bétrancourt ou Voisin et à celle racontée par Charpentier. Le plan ci-contre aidera à suivre la partie de notre récit relative au cimetière de Sainte-Marguerite *
Voilà tout ce que j'ai pu apprendre touchant l'inhumatioti dé Louis-Charles de France.
Peu d'habitants du centre de Paris connaissetit l'église et lé cimetière de Sainte -Marguerite. Avant de m'être occupé du drame qui fait l'objet de ce livre, j'ignorais même qu'il y eût à Paris une paroisse qui portât ce nom. La première fois que je la visitai, le vendredi 10 mars 1837, désireux de voir la place où furent enfouis les restés de la dernière victime royale^ c'était, je m'en souviens, un de ces beaux jours de l'atmée nouvelle qtii semblent rapporter à la nature sa couronile dé jeunesse et dé joie. L'élégatite populutioti dé la ville sortait dé
ses chauds apparie m en ts d^hiver, et s^épanouissait le long des boulevards sous la naissante influence du soleil. Les jeunes têtes de nos salons, longtemps fatiguées par Féclat des lustres, venaient chercher dans une atmosphère nouvelle cette fraîche auréole de leur printemps , compromise et presque fanée par les veilles et les plaisirs. La pensée triste qui m^entrainait nie lit passer rapidement au milieu de ces oisifs du monde, de ces heureux du siècle, qui, dans leur promenade joyeuse, ne se doutaient guère qu^ils coudoyaient un homme qui accomplissait un funèbre pèlerinage ; les objets que je contemplais étaient en moi-même. Depuis la rue du Temple jusqu'à Téglise de Sainte-Marguerite, je suivis fidèlement à pied la route que le convoi avait suivie. Profondément pénétré de mon sujet, je me représentais cette dernière cérémonie telle que le vieux Lasne me Tavait racontée; et toute cette histoire de dix ans se déroulait encore sous mes yeux, cette vie si courte et si longue, ce chemin si rapide et si dur depuis Versailles, jusqu'à ce cimetière ignoré. J'arrivai devant l'église; je reconnus les lieux tels qu'ils m'avaient été dépeints ; je vis à gauche le mur de l'enclos funéraire et la porte psir laquelle le convoi était entré. Mais, arrivé à cette porte, qui depuis de longues années ne s'ouvre plus , même pour les morts , je fus obligé de prendre une autre route, et j'entrai dans l'église. Je ne saurais dire l'émolion que j'éprouvais ; ma tête se courba et mes genoux se plièrent comme à mon insu. Quand je me relevai et que je regardai autour de moi , je vis que j'étais seul dans la pieuse enceinte. Les arbres que j'apercevais à travers lès vitraux m'indiquaient bien le champ des sépultures; mais je ne savais, pour y pénétrer, à qui je devais m'adresser, lorsqu'en tournant à gauche dans la chapelle de Saint- Vincent de Paul , j'aperçus une petite porte qui , à mon* grand étonnement , n'était point fermée à clef. Me voici dans le cimetière; je foule ce gason qui a recouvert tant de têtes et tant de corps séparés par le couperet des échafauds ; je vais droit à la place qui m'avait été indiquée , et là , debout , les mains jointes sur mon bâton | les