LIVRE XX. — MARIË-THËRESE
touché un fort beau piano à queue placé dans Tangle de la chambre , à côté du lit , il dit à Madame que ce piano ne lui paraissait pas d^accord, et que, si elle le désirait, il enverrait quelqu*un pour Taccorder. « Non , Monsieur, ce piano n*est pas à moi, c*est celui de la Reine. Je n*y ai pas touché, et je n'y toucherai pas. — Êtes-vous coptente de votre lit? — Oui. — Et du linge. Madame? — Il y a plusieurs semaines qu'on ne m'en a donné*. »
Déjà, quelque temps avant la mort de Louis XVII, des réclamations s'étaient élevées en faveur du fils et de la fille de Louis XVI. Un mot pour deux individus auxquels personne ne pense et auxquels il faut penser une fois, tel était le titre d'une brochure ^ que recherchaient avidement les cœurs généreux.
Charette, comme nous l'avons dit, avait signé, le 17 janvier, dans le petit château de la Jaunaie, près de Nantes, un traité dont les clauses secrètes stipulaient la remise entre ses mains du jeune Roi et de la Princesse sa sœur. Le gouvernement républicain avait feint d'acquiescer à ces conditions, en demandant seulement que la remise des enfants de Louis XVI ne fût effectuée que le L3 juin 1795!...
d'une fois l'objet d'une réclamation officielle de la part de ses gardiens. Une lettre de Laurent et de Gomin, à la date du 5 nivôse an III (25 décembre 1794), expose au comité de sûreté générale que la consommation de bois nécessaire pour le Temple est d'une voie par jour; que l'économe chargé de l'entretien de la maison leur a déclaré le jour même qu'il se trouve à la veille de manquer de bois, parce qu'il éprouve les plus grandes difficultés pour s'en procurer; que deux cent cinquante hommes de garde, répandus dans sept corps de garde différents, occasionneraient peutétfd quelque mouvement, s'ils se trouvaient privés de feu dans une saison aussi rude, etc.
Le comité de sûreté générale, par un an>été du même jour, décide que • la commission de commerce et approvisionnement pourvoirait sans délai au service courant pour l'approvisionnement en bois de la maison du Temple ».
Le mois suivant, 11 pluviôse (30 janvier 1795), la même réclamation fut adressée par Laurent. Gomin et le commisiiAire civil Bertault. au comité de sûreté générale , qui prit un arrêté semblable.
* Anecdotes relatives à quelques personnes et à plusieurs événements remar' . quables de la Révolution. Ouvrage déjà cité, page 269.
^ Avec cette épigraphe : Miseris succurrere disco. A Paris, l'an III de l'ère républicaine; signé G. P. (Petitain).
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Le traité de la Jaanaie ne pouvait être et n'avait été qu*une trêve dont s'était jouée la déloyauté du gouvernement révolutionnaire.
La presse revendiqua Thonneur de reprendre Fœuvre inachevée de Charette. MM. de Beauiieu et Michaud (celui-ci sous le nom de M. d'Albins) avaient publié quelques écrits sur les traitements auxquels les malheureux enfants de Louis XV! étaient en butte , et ces écrits , répandus partout , avaient produit une doulbureuse impression. Ces honorables écrivains firent un nouvel appel au sentiment public en faveur de ce qui restait encore du sang de Louis XITI ; Tun , dans un Mémoire adressé à la nation ^^ et l'autre dans une brochure intitulée Opinion d'un Français *j excitèrent de nombreuses sympathies auxquelles la fin si lamentable de Louis XVII ajoutait un intérêt puissant. La réaction qui se faisait dans l'opinion publique se manifesta par un acte important : le 30 prairial an 111 (18 juin 1795), dix jours après la mort du Dauphin, une députation de la ville d'Orléans vint à la barre de la Convention réclamer la mise en liberté de Marie-Thérèse-Cbarlotle de Bourbon 3.
1 Pour Marie-Thérèse de Bourbon, fille de Louis XVI. Paris, 1795, ^ Sur la détention de Marie^Thérése de Bourbon . fille de Louis XVI , ridevant roi des Français. Paris, 1795.
^ Voici le texte de cette pétition :
■ CiTOVBXS REPRÉSENTANTS ,
» Tandis que vous avez rompu les fers de tant de malheureux, victimes d'une politique ombrageuse et cruelle , une jeune infortunée . condamnée aux larmes, privée de toute consolation, de tout appui, réduite à déplorer ce qu'elle avait de plus cher, la fille de Louis XVI languit encore au fond d'une horrible prison. Orpheline si jeune encore , si jeune encore abreuvée de tant d'amertume , de tant de deuil , qu'elle a bien douloureusement expié le malheur d'une si auguste naissance ! Hélas ! qui ne prendrait pitié de tant de maux, de tant d'infortunes, de son innocence, de sa jeunesse!
B Maintenant que , sans craindre le poignard des assassins et la hache des bourreaux , on peut enfin ici faire entendre la voix de l'humanité , nous venons solliciter son élargissement et sa translation auprès de ses parents; car qui d'entre vous voudrait la condamner à habiter des lieux encore fumants do sang de sa famille? La justice, l'humanité, ne réclament-elles pas sa déli-