‹ Louis XVIIChapitre 143 sur 206 · LIVRE XX. - MAHIK-THEHESE · texte numérisé non relu

LIVRE XX. - MAHIK-THEHESE

moins [;our effet d'adoucir le sort de la jeune orpheline. Déjà depuis quelque temps on permettait à ses gardiens de la laisser descendre dans le jardin. Gomin lui fit hommage d'un petit chien que Laurent lui avait laissé. « C'était, me raconta-t-i( , un faux épagneul, roux et de fort laide figure; son nom était aussi vulgaire que toute sa personne : il s'appelait Coco; mais sa douceur et son naturel affectionné rachetaient toutes ses disgrâces, et Coco eut le privilège de distraire quelquefois sa maîtresse de ses cruels souvenirs. Il lui tenait compagnie dans sa solitude, et il la suivait au jardin. La captivité de Madame n'avait plus rien de sévère.

La Princesse avait trouvé dans madame de Chanterenne une compagne pleine d'une respectueuse sympathie pour ses malheurs, et d'un sincère dévouement pour sa personne. Marie-Thérèse avait connu la mort de son père, mais elle ignorait le sort de sa mère et de sa tante ; elle croyait son frère encore malade. Madame de Chanterenne se chargea de la douloureuse mission de lui faire connaître toute l'étendue de ses malheurs. Les cruelles incertitudes, les doutes affreux, les soupçons terribles allaient cesser dans le cœur de la pauvre jeune fille, qui, jusqu'alors, avait interrogé vainement tous ceux qu'elle avait vus. Elle avait enfm rencontré une femme compatissante qui venait lui dire toute la vérité. « Madame n'a plus de parents ! — Et mon frère? — Plus de frère ! — Et ma tante? — Plus de tante! — Eh quoi ! Elisabeth aussi? qu'ont-ils pu lui reprocher? » Quelques détails furent donnés au milieu des larmes et des sanglots. Madame apprit ainsi d'un seul coup le martyre de tous les siens. Toutes les plaies de son cœur ne furent plus qu'une seule plaie; toutes ses douleurs se réunirent dans une seule douleur. L'histoire du Temple se résuma dans son âme , et le dernier cri de la Passion lui échappa : u Tout est consommé! »

Marie-Thérèse savait maintenant qu'elle était seule sur la terre. Celle qui venait d'avoir le courage de lui apprendre son isolement se croyait récompensée par l'honneur de partager sa

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cuptivité et ses peines. Une douloureuse confidence est un lien. Madame de Chanterenne fit tout an monde pour rendre ses soins agréables à la jeune Princesse. Elle sut lui plaire par sa conversation , la distraire par ses talents , la toucher par son affection.

Le 3 thermidor an III (21 juillet 1795), le général Menou représenta que la garde de cinquante hommes ordonnée chaque jour au Temple était beaucoup trop nombreuse , et que quinze hommes suffisaient pour le service de cette maison. Le comité de sûreté générale prit , le jour même , un arrêté conforme à cet avis, et en confia Texécution au général Menou.

Le 10 thermidor (28 juillet) , c'est-à-dire cinq semaines après son entrée au Temple , madame de Chanterenne adressa la lettre suivante au comité de sûreté générale :

u Citoyens représentants,

a J'ai différé jusqu'à présent à correspondre avec vous, pour acquérir, par le temps , les moyens de vous donner des notions justes de ma conduite avec la fille de Louis Capet, près de laquelle le comité m'a placée. Dès les premiers instants de mon séjour ici je me suis flattée du succès de mes soins, aujourd'hui j'ose assurer qu'il passe mes espérances, je le dois à l'heureux naturel de ma compagne. Pour peu que je la seconde , je n'ai qu'à applaudir : les vertus les plus estimables ont chez elle devancé Tûge \ ses qualités aimables et ses talents ne demandent qu'à être développés et exercés ; elle joint à une touchante sensibilité de cœur la fermeté et l'énergie de l'àme : une politesse douce et franche , quelquefois même un peu de gaieté, ont pris la place de l'extérieur sérieux et contraint dont elle s'était fait habitude. Elle ne manque de rien de ce qui peut lui être utile; la vigilante attention de ses gardieiis pourvoit à- lotit. Sa santé est parfaite depuis qu'elle prend plus d'exercice, et que des occupations variées la disti^aient de pensées tristes; enfin, citdyeiis l'cpréséntaiits , je n'ai qu'à me louer du poste que j'occupe, et à vous remercier de m'avoir mise à portée de vous

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