LIVRE XX. — MARIE-THERESE
donner des preuves de mon zèle à répondre à la confiance dont vous m'avez honorée.
» Vous avez vu, citoyens représentants, par Tun des derniers rapports des commissaires du Temple , que je suis sortie avant-hier quelques heures pour mes affaires. Je continuerai à ne m* absenter que rarement, étant surtout jalouse de répondre à vos vues et intentions.
n Salut et fraternité ,
» HiLAIRE ChANTËRENNE. »
Les sentiments que madame de Chanterenne avait apportés au Temple y devinrent contagieux. En ouvrant les portes de la fatale enceinte , madame de Chanterenne y avait fait pénétrer Tair de justice et de bienveillance qui circulait déjà dans les rues, et tout le monde le respira. Quand Lasne et Gomin faisaient à la porte de Marie-Thérèse un tour de clef pour la fermer, ils en faisaient deux pour Touvrir, et Madame pouvait descendre. Pendant les deux derniers mois elle put se promener librement dans le jardin. Il y avait un arbre sur lequel les gardiens mettaient tantôt des poires, tantôt des abricots, tantôt des pêches, a Voici un arbre de bon rapport , dit un jour la Princesse à Gomin. Faites bien mes compliments au jardinier, n Les commissaires municipaux eux-mêmes ne se présentaient devant la fille de Louis XVI que le chapeau à la main. Emue d'un tel changement, Marie-Thérèse remit un matin à sa compagne des vers qu'elle venait d'écrire. Bien qu'ils fussent plus particulièrement adressés à madame de Chanterenne, chacun en prit sa part au Temple : ils furent sur toutes les lèvres , ils demeurèrent dans toutes les mémoires. Lasne, dans ses vieux jours, me les a lui-même dictés, sans aucune omission, avant que, par testament, Gomin m'en eût légué le manuscrit original qu'il avait obtenu de la Princesse :
Dans ce triste séjour d'horreur. Trop souvent prête à s'exhaler
La vertu qui plaît à mon cœur Par les pleurs qu'il voyait couler.
Me paraissait toujours bannie; Il finit d'être inexorable
Le ciel a retenu ma vie A cette vertu douce, aimable;
.{M LOLIS IVIL
Trimm/Jur d'mm tritU àrrmr: Qmi tmtmif Itt
EBe mfmUe et emimt wtam émut . Qm» ekmMft th&rmr it ces iimr.
L'éekmmjfe de m dtmet JLnmme . Qmi rrriem dmms ettU
Bl me eouaoU em et aêjomr Pmer être à ^
Pmr Im elmrté d'mm mtmremm jomr . Qmi près de mm dmms ee* mtnmemts
EOe/mymit Imm de mtm rme, Reriemi mdtmeir mus Immnmemis*
Ce WÊtomemt-ei mu tm remdm*. EBe rit dttms Im tmmr dm Temtpie.
Ije ciel mt'emfmil muimtemmmt jomir. Tamt à temri smit tmm exemtple: Tomt ici mu Im/ait semtir. SrmsUilitè, c'est som
Ckajme chose mu la rmfftUe . Elle rèfme dmms mm prismm .
Je m' If rois plmt de cvmr rebelle; De mtom cwmr eOe /mit le ckmrmu;
EmjSm elle rit près de au»/. H me roit phss mmcmme mlmrmu
Tomi em reçoit Im dmue loi. Ihpmis qm'il me roit près de Imi
Pmmdra't'il dôme qme je Im momume . Qm'ém^es setuihUs pomr mppmi.
Marie-Thérèse avait trooré dans madame de Chanteremie une compagne d'une vire sensibilité plutôt que d*un ferme caractère; Madame la traita avec d'autant plus d'égards qu'elk se sentait la plus forte. En effet, la nouvelle habitante du Temple était délicate au physique comme au moral : elle eot plusieurs attaques de nerfs ; on vit souvent Madame la soutenir par le bras dans les promenades qu'elles faisaient ensemble dans le jardin. Près d'elles on apercevait souvent une jolie chèvre jaspée, vive comme une gazelle, qui, par ses bonds, sa pétulance et ses caprices, animait la soKtnde du jardin ; c'était un présent de madame de Chanterenne. Le gentil petit animal, dont Lasne et Gomin voulurent également prendre soin , éleva une sorte de rivalité entre les deux gardiens. La chèvre était très-familière avec Gomin ; elle venait à lui , et lui témoignait son attachement, tandis qu'elle poursuivait Lasne et cherchait à le frapper de toutes les forces de son front. Celui-ci s'en amusa d'abord, mais il en conçut quelque dépit lorsqu'il vit que Madame avait remarqué les instincts et les antipathies de la chèvre. » 11 prit dès lors , me dit Gomin , le pauvre animal en horreur, et c'est en vain que Liénard et moi nous le plaisantâmes à ce sujet, u Vous faites semblant d'être irrité, lui dit un jour Liénard; mais il n'en est rien. C'est une fable; je vous assure que si La Fontaine vivait encore, il en ferait