‹ Louis XVIIChapitre 15 sur 206 · LIVRE Xll. - MORT DE LA REIXË. lOî · texte numérisé non relu

LIVRE Xll. - MORT DE LA REIXË. lOî

se trouvant autorisée par les administrateors de la police à venir chercher au Temple des bouteilles d'eau de Ville-d'Avray * e( quelques effets pour la Reine, devint le lien des deux capti- \ités'. Au nombre des objets que la Reine avait demandés, fit{uraient ses aiguilles à tricoter et des bas qu'elle avait commencés pour son fils. Ces choses furent remises avec empressement par les Princesses. Les municipaux prétendirent qu'il était à craindre que la veuve Capet ne se servit des aiguilles pour attenter à ses jours, et que, conséquemment, ils devaient ::| s'abstenir de les joindre à l'envoi. La malheureuse Reine fut

' La Reine ne buvait jamais que de Tcau, et son estomac ne pouvait supporter que l'eau de Ville-d'Avray. Pendant sa captivité au Temple, ou n'avait pu cesse de lui porter chaque jour une provision d'eau venant de cette source.

' Municipalité de Paris. — Conseil du Temple

• Dn dimanche 4 août 1793, l'an II do la République une et indivisible.

* CiTOVBXS COLLÈGUES ,

> Le conseil, faisant droit À votre demande de ce jour, vous envoie la redingote et la jupe demandées, un jupon de dessous également en basin. plus 4eax paires de bas de filosellc , une paire de chaussettes , et le bas à tricoter renferme dans une corbeille, le tout inclus dans une serviette marquée M, coton ronge.

* Il vous plaira donner un reçu desdits effets à l'ordonnance qui vous les remettra.

■ Vos collègues, les commissaires composant le conseil du Temple.

• JOXQUOY. FORBSTIBB. SÉGUY. DaUBAXGOURT. FaRO. •

Département de police. — Commune de Paris.

• t^ 5 août 1793 , l'an II de la République française une et indivisible.

» Xous, administrateurs au département de la police , après en avoir conféré avec le citoyen Fouquier-Tinville , accusateur public du tribunal révolutionnaire , invitons nos collègues les membres du conseil général de la Commune, formant le conseil du Temple, à faire porter chaque jour deuk boateilles d'eau de Ville-d'Avray à la veuve Capet, détenue À la maison de justice de la Conciergerie, et sur la provision qui vient tous les jours de cette eau au Temple.

» Xous les invitons également à envoyer À la veuve Capet trois fichus de liBon pris dans la garde-robe qu'elle a au Temple , ainsi que tout ce qu'elle fera demander par la citoyenne Richard , concierge de la Conciergerie , et à kîre cacheter chaque bouteille d'eau du cachet du conseil du Temple.

» Baudrais. — Marino. »

(Archives de l'Empire, carton E, n» 6i0(>.) TOI» if. 7

trompée dans son espérance de travail ; mais elle eut du moins des nouvelles de sa fille et de sa sœur *.

Hélas ! quelles consolations ces nouvelles pouvaient-elles lui apporter? Aucun changement n^avait eu lieu dans Fappartenient qu^elle avait quitté au Temple, sinon qu'elle y avait laissé le vide le plus affreux et, avec les inquiétudes les plus pénibles, les pressentiments les plus sinistres. Quant à son fils, objet de ses plus chères sollicitudes , heureusement la messagère de la Conciergerie ne put rien lui en dire. Qu'aurait en effet appris la Reine qui ne dût augmenter ses alarmes ? De jour en jour, Simon devenait plus cruel envers lui. Ce n'était plus cet enfant soumis qu'un geste de son père dirigeait, qu'un mot de sa mère faisait agir : c'était l'esclave en lutte continuelle avec le despote : l'esclave tendait le cou, tant qu'il n'était attaqué que dans son indépendance et dans ses goûts ; mais, dès qu'il était ou- ' tragé dans ses affections , il se redressait et tenait tète au despote. A cette époque, la police faisait distribuer du vendre dans les rues des pamphlets et des chansons contre madame Veto, " contre la louve autrichienne. C'était une préface au procès de ' la Reine. Ces écrits, qu'un calcul pervers faisait parvenir à Simon, empoisonnaient l'atmosphère de cette chambre, où la piété filiale était torturée à chaque instant, et dans la sainte mémoire d'un père mort sur l'échafaud, et dans les souvenirs adorés d'une mère absente! u Allons, Capet, lui dit un jour le maître en lui présentant des couplets infâmes contre sa mère, voici une chanson nouvelle, il faut que tu me la chantes, n De la main qui lui présentait cet écrit, l'enfant naturellement ne le prit qu'avec défiance ; il y jeta les yeux, et, bien que son intelligence n'eût pas tout saisi, son cœur lui avait dit assez que ses appréhensions ne l'avaient point trompé. Il remit sur la table,

^ Privëe de ses aiguilles, la Reine tira les fils d'une vieille tenture, et à l'aide de deux bouts de plume , elle tricota une espèce de jarretière , que le sieur Bault, concierge de sa prison, recueillit avec soin, et qu'il confia à M. Hue pour eu faire hommage à Madame Royale, qui le reçut avec un respect religieux.

{Dernières années du règne de Louis XVI.)

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