LIVRE XX. — MARIE-THERESE
arrière avec Lasne, et nous tenant par respect à quelque distance , je ne pus en entendre davantage. Madame conduit la respectable visiteuse au fond du jardin et Fy fait asseoir sur une chaise ; mais soit que madame de Mackau se trouve indisposée et ne puisse rester au grand air, soit que les témoins qui se trouvent , quoique éloignés , à cette première entrevue , gênent les épanchements de confiance que Madame veut avoir avec sa gouvernante , nous la voyons , quelques minutes après, quitter le jardin et monter avec elle dans son appartement, w
Ce fut là que Marie-Thérèse se révéla à madame de Mackau telle qu'elle était. Le malheur n'avait pu effacer en elle les signes de grandeur dont le ciel F avait douée. Avec quel bonheur, avec quel orgueil la vieille gouvernante se plut à répéter à ses enfants tout ce qu'elle avait trouvé de dignité majestueuse dans la fille des rois, tout ce qu'elle avait trouvé de touchante amitié dans son élève ! Venue k la tour du Temple pour consoler une enfant , elle y avait rencontré une femme forte ; venue pour lui prêcher la résignation , elle en reçut l'exemple, u Pleurons, mais non sur mes parents, dit la royale orpheline ; leur tâche est achevée , ils en ont touché le prix ; on ne leur ôtera pas la couronne que Dieu lui-même leur a mise maintenant sur la tête. Prions, non «pour eux, mais pour ceux qui les ont fait périr. Quant à moi , ces années si dures ne m'auront point été inutiles ; j'ai eu le temps de réfléchir devant Dieu et avec moi-même. Je suis plus forte contre le mal. Je suis loin de confondre la nation française avec ceux qui m'ont enlevé tout ce que j'aimais le plus au monde. Sans doute je serais charmée de quitter la prison , mais je préférerais la plus petite maison en France aux honneurs qui attendent partout ailleurs une princesse aussi malheureuse que moi. »
On le voit : les longues injustices des hommes n'avaient point aigri le cœur de Marie-Thérèse ; le malheur et la méditation avaient , au contraire , imprimé à son caractère cette élévation calme et sereine que le sort devait éprouver encore.
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et sonvent, et longtemps, et toojonrs, mais qoe jamais il ne devait atteindre ni troubler.
Mesdames de Tourzel et madame de Mackao , tonr à tour, revirent la Princesse trois fois par décade , c* est-à-dire tous les trois ou quatre jours. Elles venaient ordinairement au Temple vers midi, et ne se retiraient qu*à sept ou huit heures. Indépendamment de madame de Chanterenne , Madame eut ainsi des amies à dîner à sa table six fois au moins par décade. C*est dans un de ces entretiens, qui se succédèrent régulièrement pendant près de deux mois, que madame de Mackau eut Toccasion d^apprécier la piété filiale de Marie-Thérèse. Le bruit se répandait alors , et semblait s'accréditer, que Madame devait se rendre bientôt à Vienne pour épouser Farchiduc Charles. Madame de Mackau lui dit : u Si cette mesure politique doit contribuer à ramener Madame en France , je veux m'en réjouir. — Ah ! lui répondit la jeune fille , je ne connais de mesures politiques que les dernières volontés de mes parents : je n'épouserai jamais que le duc d'Angouléme. r>
Marie-Thérèse*Charlotte reçut aussi la visite de sa nourrice, madame Laurent, qui plus d'une fois avait sollicité l'autori* sation de venir lui donner des soins au Temple.
Madame Fréminville *, qui avait élevé son enfance, ne cessa , pendant de longs mois , de solliciter le même bonheur -.
* On a vu , t. I, p. 37, en quels termes la Reine s'exprimait sur le compte âe cette personne d'un vrai mérite et qui justifia sa confiance.
' « Aux représentants composant le comité de sûreté générale.
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» Attachée depuis sa naissance à la fille de Louis Capet , uniquement occupée d'abord des soins de son enfance, puis de son éducation, j'ai vécu dans la retraite, au milieu du monde, quoique très -jeune alors, partageant tout mou temps entre elle et mes trois filles. Je vous demande avec confiance une permission de voir cette jeune personne, persuadée qu'on peut attendre d'un gouvernement juste tous les adoucissements au malheur, et sûre que ce sers une grande consolation pour elle de revoir une personne qui, tendrement attachée à elle , le sent encore plus depuis ses malheurs. Si ma demande ne vous paraissait pas susceptible d'être accordée en ce moment, j'aurais toujours eu la satisfaction de profiter de la liberté de manifester des sentimeuts d'ane