LIVRE XX. - MARIÈ-THÉRÈSE. 4ld
conformeront à vos ordres. Je m^occuperai moi-même ensuite des préparatifs de votre départ. »
M. Benezech laissa Madame touchée des égards qu^il lui avait montrés. Le lendemain, 8 frimaire an IV (29 novembre 1795), deux membres de la commission administrative de police se présentaient au Temple, porteurs du laissezpasser ci-joint , écrit de la main même du ministre * :
« Paris, le 7 frimaire an IV de la République une et indivisible.
» Le ministre de l'intérieur
» Autorise les commissaires à la garde du Temple à laisser entrer les citoyens Guérin et Houdeyer, membres de la commission administrative de police , et à les laisser conférer avec la fille de Louis XVI , détenue dans la tour du Temple.
» Benezech. »
La Princesse fut très-sobre dans les demandes d* habillements et de joyaux qu'on la priait de faire. Habituée depuis longtemps à la simplicité la plus sévère , elle paraissait ne consentir qu'avec une modestie craintive à la confection de F élégant trousseau que le gouvernement révolutionnaire venait lui proposer. On lui avait longtemps refusé le nécessaire , et main-* tenant on lui offrait le superflu. Celle qui avait tant de deuils à porter se serait reproché d'accepter des parures. Tout en faisant des remercîments pleins de dignité aux envoyés du pouvoir, elle se borna à indiquer quelques objets en linge et en étoffes, et quelques chaussures dont elle av£dt besoin. Les administrateurs de la police lui répétèrent qu'elle pouvait donner beaucoup plus d'étendue à ses démandés ; ils l'invitèrent à faire t à cet égard, connaître sans restriction ses intentions et ses désirs aux commissaires gardiens du Temple , qui dresseraient un état auquel il serait fait droit; et ils se retirèrent.
Lastié et Gomin s'occupèi^ent de cette note. Ils firent observer
' Rtgistte-fiurnal dt ta touf" du Tentpte du 8 frimaire.
à Madame que, devenue libre et devant se rendre à la cour d'Autriche, elle allait avoir besoin de parures dignes de son rang. Ce fut en vain. « Si Ton me permet, répondit-elle, d'emporter quelques souvenirs qui me rappellent ce rang, que Ton me remette quelques objets qui ont appartenu à ma mère et à moi , et qui nous ont été enlevés peu de jours après notre arrivée à la tour : c'est tout ce que je demande. »
Les deux gardiens dressèrent ensemble la liste des objets qui étaient ou qui pouvaient être mis à Vusage de Marie- Thérèse-Charlotte *, et ils l'adressèrent aux commissaires administrateurs de la police. Mais là s'arrêtait la ligne de leur devoir. Comment prendre sur eux de donner au pouvoir on renseignement qui aurait eu l'air d'un conseil? Us ne l'osèrent pas. Gomin chercha un moyen de mettre le ministre sur la voie dans laquelle il n'osait entrer lui-même. Il y avait dans la salle basse de la tour une commode sur laquelle les scellés avaient été apposés à une époque déjà éloignée. Laurent avait dit à son collègue que cette commode contenait des diamants, des bijoux, des chiffons qui avaient appartenu à la famille royale. Gomin avait gardé pour lui cette confidence. Il jugea que le moment était venu de parler de cette commode, espérant que naturellement l'ouverture en serait ordonnée , et que , si le dire de Laurent se réalisait , il viendrait probablement à la pensée du ministre de rendre à Madame les précieux souvenirs qu'elle réclamait.
Voici donc dans quels termes le bon gardien formula ce joup4à le rapport quotidien que son camarade et lui adressaient aa ministre de l'intérieur :
« Du 10 frimaire an IV (!•' décembre 1795). » Au citoyen ministre de l'intérieur*
n Sur la demande que nous ont faite les membres de la commission administrative de police, lors de leur visite au Temple,
' UeffiyUc-jounml de la tour du Temple du 10 frimaire an IV.