‹ Louis XVIIChapitre 163 sur 206 · LIVRE XX. — MARIE-THERESE · texte numérisé non relu

LIVRE XX. — MARIE-THERESE

été décidée relativement h ces dames, répondit le ministre, et relativement aux personnes qui monteront dans votre voiture : ces personnes doivent être une de vos dames, Tun des commissaires préposés à votre garde, et un officier de gendarmerie , chargé de faire observer autour de vous le plus grand incognito. Je ne puis rien changer à cette décision ; mais je vous promets que si cela dépend de moi , MM. Hue et Turgy seront du voyage ou vous suivront de près. Maintenant il nous reste à convenir du choix des trois personnes qui doivent vous accompagner, c^est-à-dire de la dame , du commissaire et de Tofficier : je vous prie de les désigner vous-même. — Merci , monsieur, s^ écria Madame, mon choix est tout fait : c^est madame de Mackau , c'est Gomin , c'est M. Méchain ' ! »

Le ministre fit prévenir immédiatement ces trois personnes. M. Méchain fut flatté ; Gomin fut heureux ; quant à madame de Mackau , elle était au lit , attaquée d'une maladie fort grave et fort dangereuse à son âge. Elle rassembla toutes ses forces pour témoigner à son élève la vivacité de ses regrets , et la supplier d'avoir pour agréable que madame de Soucy, sa fille, eût l'honneur delà remplacer pour l'accompagner. Madame accepta. Madame de Soucy ne calcula ni la fatigue d'une longue route, dans l'état déplorable de santé où les malheurs et le chagrin l'avaient réduite, ni l'éloignement où elle allait être de sa famille, hélas ! et de sa mère mourante, qui avait besoin de ses soins : maison, amis , patrie , elle quittait tout pour Madame ; la pensée qu'elle pouvait lui être utile l'empêchait de mesurer la grandeur du sacrifice ; elle demanda seulement à la Princesse la permission d'emmener un de ses enfants.

Les préparatifs du départ, confiés par M. Benezech à M. Cadet-Devaux , se firent dans le secret qu'exigeait la prudence. La riche voiture destinée à la Princesse ne fut pas expédiée à Basle : le ministre avait été informé sans doute qu'elle ne' serait point acceptée par les commissaires de l'Au-

1 Capitaine de gendarmerie , dont on avait fait un grand ëloge à Madame.

"Ut,

triche. Ce fut alors qu'au lieu d'envoyer le trousseau à Basle on songea à en charger M. Hue.

« Madame Royale , lui dit le ministre , désire que vous la suiviez à Vienne, ainsi que Turgy ^ Turgy est malade en ce moment et dans l'impossibilité de partir. Voici pour vous un arrêté en bonne forme, qui vous autorise à accompagner Madame Royale, et même à rester auprès d'elle, sans que, pour raison de ce voyage , on puisse vous appliquer les lois des émigrés. Je suis heureux de pouvoir faire cela pour vous et pour Madame Royale. Il n'a pas dépendu de moi que l'heure de sa liberté n'ait sonné plus tôt. »

Et comme M. Hue écoutait d'un air étonné les paroles que le ministre de la République proférait avec attendrissement sur le sort de la fille de Louis XVI, qu'il n'appelait que du nom de Madame Royale : « Ce nouveau costume, lui dit M. Benezech, n'est que mon masque. Je vais même vous révéler une de mes plus secrètes pensées : la France ne recouvrera sa tranquillité que le jour où elle reprendra son antique gouvernement. Ainsi donc, lorsque vous le pourrez, sans me compromettre, mettei aux pieds du Roi l'offre de mes services ; assurez Sa Majesté de tout mon zèle à soigner les intérêts de sa couronne, y*

Enfin le jour de la délivrance approchait. Il restait aa ministre de l'intérieur à s'entendre avec Marie-Thérèse et avec ses gardiens relativement à sa sortie. Il leur écrivît de sa main dans la matinée du 25 frimaire (16 décembre) :

« Je vous préviens , citoyens , que j'irai voir ce soir, à cinq heures , la prisonnière du Temple ; je vous charge de l'en prévenir; mais je désire conférer avec vous avant d'entrer dans son logement •. »

Toutes les dispositions du départ furent arrêtées dans cette entrevue pour le surlendemain, à onze heures et demie du soir.

* Ce ne fut que plusieurè mois plus tard, et après bien des difficultés, ^t Turgy parvint à obtenir un passe-port. Plus heureux, Clëry rejoignit liadaJM à Vienne quelques jours après son arrivée.

* Regittre-journal de la tour du Temple du 25 frimaire.

Page 1