LIVRE XX. — MARIE-THÉRÈSE
Le 26 frimaire , Madame fait elle-même les préparatifs de son voyage. Elle choisit le linge et les vêtements qu'elle veut emporter, en petite quantité , et laisse tout le reste pour être distribué aux employés du Temple. Elle paraît ensuite dans le jardin avec la robe dont elle se pare dans les jours de solennité : elle salue toutes les personnes qui , des fenêtres voisines , lui ont tant de fois montré leurs sympathies.
Le 27 frimaire an IV (18 décembre 1795), à onze heures du soir, Benezech sort de son hôtel, en voiture, donnant Tordre de le conduire rue Meslay; là, il met pied à terre, et, seul avec un homme dévoué, il se rend au Temple ; il frappe doucement deux coups à la porte extérieure. A ce signal convenu , Lasne et le commissaire civil , qui attendaient , entr'ouvrent la porte et reconnaissent le ministre. Celui-ci tire de sa poche un papier qu'il remet à Lasne en lui disant : a Voici pour votre responsabilité, n C'était Tampliation de l'arrêté du 6 frimaire (que nous avons donné page 417), ampliation qu'il vient de transcrire lui-même avant de quitter son hôtel et qu'il a fait suivre de cette déclaration :
u En exécution de l'arrêté du Directoire exécutif dont copie est ci-dessus, le ministre de l'intérieur déclare que les citoyens Gomin et Lasne, commissaires préposés à la garde du Temple, lui ont remis Marie^Thérèse-C har lotte , fille du dernier Roi, jouissant d'une parfaite santé; laquelle remise a été faite aujourd'hui à onze heures du soir ; déclarant que lesdits commissaires sont bien et dûment déchargés de la garde de ladite
Marie- Thérèse^Charlotte .
» Benezech.
» Paris , ce 27 frimaire an IV de la République une et indivisible, n
Lasne s'est hâté de prévenir la Princesse et Gomin, qui attendaient dans la salle du conseil. Les portes de la tour s'ouvrent : Madame dit adieu à madame de Chanterenne. On traverse les cours. Aucune des personnes qui habitent le Temple
A^S LODIS XVIL
ne se montre sur le passage de Marie-Thérèse et ne prend congé d*elle. Une sentinelle est sous les armes ; mais elle a le mot d'ordre : le poste reste tranquille et muet ; T officier seul s'avance et salue. La porte de la rue s'entr' ouvre. La nuit est sombre, les abords du Temple silencieux. M. Benezech offre le bras à la Princesse ; Gomin et le valet de chambre du ministre suivent portant un paquet et un sac de nuit. Marie-Thérèse se retourne et prolonge un triste regard sur le Temple : ses yeux se remplissent de larmes. M. Benezech essaye de lui dire quelques mots d'une bienveillante sympathie, u Je suis touchée de vos soins et de vos égards, lui dit la Princesse; mais, à Fheure même où je vous dois ma liberté, comment ne point penser à ceux qui ont franchi ce seuil avant moi? Voilà trois ans quatre mois et cinq jours que ces portes se sont fermées sur ma famille et sur moi : j'en sors aujourd'hui la dernière et la plus malheureuse ! n
On arrive à la rue Meslay, où la voiture du ministre attendait. Madame accepte l'offre d'y monter; le ministre y prend place, Gomin aussi. Le carrosse fait plusieurs tours, et arrive enfin rue de Bondy, derrière l'Opéra (aujourd'hui le théâtre de la Porte-Saint-Martin), où stationne hi berline de voyage. Cette voiture renferme deux personnes, madame de Soucy et un officier de gendarmerie. Madame remercie cordialement Benezech des sentiments qu'il lui a témoignés, et se place dans la berline; madame de Soucy s'assied dans le fond auprès d'elle, et, sur le devant, M. Méchain et Gomin. Le ministre remet à celui-ci sa commission ' ; l' officier avait déjà la
* « Liberté. — Égalité.
• Le ministre de T intérieur commet le citoyen Gomin , l'un des commissaires à la garde du Temple , à l'effet d'accompagner jusqu'à Basle Marie- Thérèse-Charlotte , aujourd'hui détenue au Temple. Il se conformera en tont aux instructions qui lui seront données par le citoyen Méchain . chargé de b conduite de Marie-Thérèse-Charlotte et de son échange.
» Paris , le 27 iîrimaire an IV de la République une et indivisible.
> Le ministre de rintérienr,
» Bbkbzbch.
» Li S. ' L. S. »