LIVRE XX. — MARIE-THÉRÈSE
sienne '. Un dernier mot sort de la berline et s'adresse au ministre : « Adieu, monsieur ! » La voiture part. Emu et satisfait de la bonne action à laquelle il vient de présider, Benezech remonte dans son carrosse et regarde sa montre : il était minuit.
Depuis qu'il était question du départ prochaià de Madame, Meunier et Baron avaient fait des démarches pour accompagner la Princesse, qui désirait aussi les emmener, mais qui craignait de voir naître des obstacles à leur départ de Paris et à leur séjour à Fétranger. M. Benezech avait dit : k Je me charge de lever les difficultés du départ, mais je ne puis répondre du bon vouloir de F Autriche avec laquelle nous sommes en guerre. »
A midi et demi, Lasne reçut au Temple, par ordonnance, le billet suivant : « J'attends Baron et Meunier ; envoyez-les surle-champ chez moi : tout est prêt pour le départ*.
» Signé : Benezech. »
Une heure après , une berline sortait du ministère de Tintérieur; elle contenait M. Hue, le jeune fils de madame de Soucy, Meunier, Baron et une femme de chambre. Coco, le petit chien de Madame, n'était point parti avec sa maîtresse : on avait craint ses aboiements et ses joyeux ébats au moment du départ, au milieu de la nuit, et on l'avait enfermé ; mais il ne fut pas oublié, et trouva place dans cette seconde voiture.
Madame Royale voyageait sous le nom de Sophie. Le plus strict incognito lui avait été recommandé ainsi qu'à sa gouvernante , et l'officier chargé de sa conduite veillait à ce qu'il fût
' Les instructions données au citoyen Mëcbain étaient de conduire à Huningue deux femmes et un homme; Vune de ces femmes devait passer pour sa fiUe, r autre pour son épouse, Vhomme pour son serviteur de confiance. Il avait ordre de veiller à ce qu'aucun étranger ne leur parlât en particulier : il devait nirtout s'occuper de la plus jeune des deux femmes , désignée sous le nom de Sophie . et veiller sur tout ce gui pourrait intéreuer sa santé.
' Registre-journal de la tour du Temple du 28 frimaire an IV.
heures du soir, où nous ne trouvâmes point de chevaux ; nous y fûmes arrêtés deux heures. A Frahier, poste d'après, pas plus de chevaux; enfin il en vint au bout de deux heures. Noos arrivâmes le soir à onze heures à Béfort. Nous en repartîmes le lendemain ) 24 décembre, à six heures du matin. Nous éprouvâmes encore beaucoup de difficultés dans le chemin. Enfin nous arrivâmes à Huningue à la nuit tombante, le 24 décembre. »
Depuis longtemps tout était prêt à Basic pour la conclusion de réchange, et, dans une récente conférence, les deux diplomates chargés de cette affaire en avaient arrêté les dernières dispositions, de concert avec M. le hourguemaître Bourcard, et de façon à enlever à cette mesure tout appareil blessant oo douloureux pour la dignité ou pour le cœur de Madame. M. Reber, négociant distingué de Basic, avait accueilli avec empressement la demande qui lui avait été faite en secret de sa maison de campagne , située à une petite distance de la porte Saint-Jean. Ce lieu convenable, sur le territoire neutre et sur la route même de Huningue , était choisi pour la remise de la Princesse , et toutes les précautions étaient prises pour écarter les regards importuns ^ . 11 avait été également arrêté qu'aussitôt la nouvelle reçue de l'arrivée de Madame à Huningue, les prisonniers de FAutriche seraient amenés de Fribourg au village, de Riehen, chef- lieu d'un bailliage du même nom, appartenant à la République de Basle , sur la rive droite du Rhin.
Le prince de Gavre, commissaire de l'Empereur d'Autriche, était arrivé à Basle le 20 novembre, et, comme M. Bâcher et le baron de Degelmann, il ne cessait d'avoir l'oreille ouverte du côté de la France.
Enfin, dans la matinée du vendredi 25 décembre, aussitôt
' Ces détails , et tous ceux que nous donnons sur cet épisode de Vêxnxht d^e Madame à Hunin.que et de son passage à Basle, ont été recueillis par noas sur les lieux, ou puisés dans la correspondance diplomatique engigée entre les deux gouvernements.