LIVRE XX. — MARIE-THÉRÈSE
que les portes de la ville jurent ouvertes , ils furent prévenus de r arrivée de Madame à Huningue ^ .
M. de Degeltnann envoya aussitôt Tordre à Fribourg de transporter les prisonniers de T Autriche à Riehen.
A six heures du soir, MM. Bâcher, de Degelmann et Legrand, bailli/ àe Riehen, étaient réunis dans le cabinet du bourgue^ maître en régence. Ils discutèrent ensemble les mesures à prendre pour prévenir toute espèce d*accidents et de malentendus •.
i M. de Degelmann écrivit sur-le-champ au bourguemaître :
• J'ai l'honneur d'apprendre à Votre Excellence que la Princesse , fille de Louis XVI, est arrivée à Huningue hier soir, et que la remise se fera demain au soir à six heures.
• Je réclamp l'entremise obligeante de Votre Excellence, pour qu'elle veuille bien prévenir M. Reber, afin qu'il ait la bonté de faire tenir demain sa maison de campagne ouverte et chauffée à l'heure que je viens d'indiquer.
• M. Bâcher désire d'avoir ches Votre Excellence , en sa présence et en celle de M. le baillif de Riehen , une conversation avec moi , ce soir, à six heures. Votre Excellence permettrait-elle que cette conversation ait lieu , et Tondrait>elle avoir la bonté d'y inviter M. le baillif?
> Accoutumé à la bonté de Votre Excellence , je réclame d'avance sa complaisance indulgente, sachant que je serai dans le cas de l'importuner beaucoup aujourd'hui et demain.
> Je puis lui dire confidentiellement que, selon toutes les apparences, nous prendrons, en tournant la ville, la route de Kaiseraugst, que M. de Neumann va reconnaître.
■ J'ai l'honneur, etc.
> Basle, vendredi 25 décembre. »
• Les principales questions qui furent agitées dans cette conférence se résument dans la letfre suivante, adressée le lendemain matin par M. Bâcher i M. Bourcard :
• Vous m'avez offert, monsieur le bourguemattre, si obligeamment vos bons offices et la continuation de vos bons soins pour terminer heureusement la négociation de l'échange majeur qui s'est entamé sous vos auspices , et qui a été conduit de part et d'autre d'une manière si satisfaisante, que je me flatte que vous ne désapprouverez pas une observation qui vous paraîtra fondée , comme une précaution nécessaire et convenable du moins , si elle est jugée d'aiUeurs comme surabondante et même inutile. Voilà de quoi il s'agit :
• On ne pourra guère revenir de Riehen qu'entre huit et neuf heures du soir ; on traverse un petit bois ; comme il y aura des effets précieux , des émigrés ou d'autres personnes travesties pourraient se mettre en embuscader ^ pour insulter les passants et faire peut-être pis. Il vous paraîtra peut-être qu'il convient d&^révenir M. le colonel d'Orell de la nécessité de faire faire
434 LOUIS XVil.
Dans la journée du lendemain, M. Bâcher se rendit à Riefaen pour constater l'arrivée, le nombre et l'identité des prisonniers que l'Autriche devait rendre à la France. Descendus devant la maison baillivale , au nombre de vingt et une personnes , y compris les domestiques , ils furent remis par le commandant de l'escorte autrichienne entre les mains de M. Legrand, conseiller d'État et baillif du lieu, autorisé à les recevoir sous k sauvegarde de la neutralité helvétique. Ce magistrat en ft l'appel nominal en présence de M. Bâcher, qui , s^étant assuri de l'identité de leurs personnes, repartit en toute hâte.
Revenons à Huningue.
Madame était descendue à l'auberge du Corbeau , et s'était installée au second étage dans l'appartement n? 10, moiof fatiguée par six jours de voyage que touchée des hommages silencieux d'attendrissement et de respect qu'elle avait rencontrés sur sa route. Un instant après son arrivée, elle écrivit i
des patrouilles, tant du côté de la Wise que du côté du Hômli, pour empêcher toute espièglerie de la part des émigrës. Il faudrait peut-être aussi ■> poste dans le petit bois, sur la route qui conduit de Basle à Riehen.
« Vous jugez , monsieur le bourgueniaître , combien il serait fâcheux pov M. le baron de Degelmann et pour moi, et surtout pour l'État de Baski qu'il pût arriver quelque événement désagréable. Comme il s'agit de l'in* violabîlité du territoire helvétique, et d'éviter qu'on ne commette anciiiM indécence ou chose déplacée, j'ai recours, monsieur le bourguemattre, i vos bons offices et à ceux de M. le grand tribun, votre collègue, pour que. conjointement avec M. le colonel d'Orell, vous vouliez bien nous readrt l'office d'amitié et de bon voisinage que je vous demande , qui cousiste i faire faire des patrouilles depuis cinq heures jusqu'à huit heures et demie di soir au plus tard.
» Je vous demande, monsieur le bourguemattre, mille excuses. Tout k monde sait à Basle que les voyageurs arriveront cette après-midi à Riehea é ce soir à Basle. Leurs logements sont arrêtés aux Trois-Rois.
• Excusez la hâte.
» Salut et inviolable amitié.
> Bachbr.
"il
a Samedi matin , 26 décembre (il y a par erreur lundi) .