‹ Louis XVIIChapitre 169 sur 206 · LIVRE XX. — MARIE-THÉRÈSE · texte numérisé non relu

LIVRE XX. — MARIE-THÉRÈSE

lui dit la Princesse avec une profonde sensibilité, et j'en conserverai un éternellement. »

Ce mot de Madame se trouva expliqué le lendemain. Les habitants de Huningue étaient de bonne heure dans la rue : on croyait dans la ville que Madame devait partir dans la matinée. Cette erreur alimenta pendant de longues heures la curiosité des spectateurs , qui finit pourtant par se lasser : dans le milieu de la journée les abords de Thôtel demeurèrent assez libres.

A quatre heures et demie du soir, l'arrivée de la voiture de l'ambassadeur de la République française ramena la €oule devant l'hôtel du Corbeau ; de cette voiture descendit'M. Bâcher, qui , comme nous l'avons indiqué , revenait de Riehen.

Le peuple racontait que le carrosse et les chevaux envoyés par le Directoire ' pour conduire Madame à la cour de Vienne D^ avaient point été acceptés par les commissaires de l'Empereur, qui avait tenu à honneur de pourvoir dignement au voyage de sa cousine. Le bon sens populaire comprenait cet acte de convenance , et quelques instants plus tard on ne fut pas étonné l'apprendre que la fille de Louis XVI avait de même refusé le trousseau que le gouvernement révolutionnaire lui avait fait préparer.

Le moment du départ de Huningue fut marqué par quelques scènes touchantes. Les deux enfants dont nous avons parlé 3taient venus prendre congé de Madame. L'hôtesse, qui les Eiccompagnait , avait peine à cacher son attendrissement. La Princesse lui fit cadeau d'un fichu qu'elle avait porté; elle lonna un autre fichu à la petite Marie , et deux mouchoirs au jeune Conrad. La mère Schuldz se mit alors à fondre en larmes. « Allons, bonne mère, ne pleurez pas ainsi, lui dit \Iarie-Thérèse ; ménagez-vous, c'est un devoir. Quand vous jerez calme, je vous demanderai quelque chose. « L'espoir de pendre un service à Madame apaisa par enchantement la bonne hôtelière ; mais ses larmes coulèrent de nouveau quand Madame

1 Nous avons dit plus haut que ni voiture ni chevaux n'avaient été envoyés.

lui dit : " Si vous avez encore une fille, je vous demande qu^elle porte mon nom '. »

Madame Schuldzetles deux enfants se retiraient de Tappartement de Madame lorsque M. Bâcher arriva. L^ attitude et les paroles du diplomate républicain furent pleines de convenance et de respect. Madame lui présenta les personnes qui T avaient accompagnée et qui désiraient la suivre jusqu^à Vienne. « Mon pouvoir, malheureusement, est nul à cet égard, répondit M. Bâcher; les commissaires de la cour impériale ne mettront . certainement pas d^obstacle à vos désirs ; mais jHgnore si toutes f les personnes que vous emmènerez seront autorisées à restera Vienne. Quant à madame, ajouta-t-il en regardant madame de Soucy, il est évident que les difficultés ne s^élëveront point pour elle. » On verra plus tard que M. Bâcher se trompait.

En ce moment le maître de rhôtellerie, qui venait d*apprendre le bonheur de sa femme , entra dans la chambre , et, sans s'intimider de la présence du secrétaire de T ambassade, de Fofficier de gendarmerie et de toutes les personnes qai entouraient la Princesse, il se jeta à ses pieds en lui demandant sa bénédiction. Madame lui donna sa main à baiser. Les yeoi de cet homme rayonnaient d'enthousiasme ; la fille de Louis X\l, avec ses dix-sept ans , était déjà par lui regardée comme une sainte : sa jeunesse , éprouvée par de si rudes souffrances, était devenue vénérable, et le martyre de ses parents semblait lui avoir mis une auréole sur la tête.

Alors apercevant Gomin qui , avec sa réserve habituelle , se tenait à distance, Madame alla vers lui, et tirant d'un petit

' Venue au monde peu de temps après, cette fille s'appela Marie-Thërèse- Charlotte Schuldz. C'est aujourd'hui madame Sartory. Son père, F. J. Schuldt. est mort en avril 1828. Sa veuve, qui attachait un grand prix à sa maison, i cause des souvenirs que le passage de la fille de Louis XVI y avait laissés, avait recommandé à ses enfants de ne pas la quitter. Les circonstances ont été plus fortes que leur volonté. Mais les sentiments de la famille sont eneore les mêmes aujourd'hui. On y conserve avec un respect religieux les iraditioiu de cette époque , et le portrait de Madame , avec l'inscription placée a« hu par le père Schuldz : « J'ai logé ici , à l'hôtel du Corbeau , n^ 10, du 24 ta 26 décembre 1795. >

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