LIVRE XX. -<- MARIE-THÉRÈSE
portefeuille un papier plié en quatre , elle le lui remit : « Je ne sais, lui dit-elle, si à Bas le je pourrai vous parler encore, et je veux à présent acquitter ma promesse. Adieu , ne pleurez pas , et ayez toujours confiance en Dieu ! n
Tout est prêt. On descend. M. Méchain précède la Princesse, et donne quelques ordres aux gendarmes au pied de Tescalier ; M. Bâcher marche auprès de Madame, et derrière elle madame de Soucy et son fils, MM. Hue et Gomin, suivis de Meunier, de Baron et d'une femme de chambre. Madame Schuldz et les autres personnes de l'hôtel essayent d'obtenir un dernier regard de la fille de Louis XVI. Arrivée à la voiture qui va lui faire franchir la frontière , Madame se retourne : l'amour du pays, si intimement mêlé dans son cœur au sentiment de la gloire et de la grandeur de sa famille, domine le souvenir de toutes ses infortunes, et ses yeux se remplissent de larmes. tt Je quitte la France avec regret, dit--elle à ceux qui l'entourent ; je ne cesserai jamais de la regarder comme ma patrie. »
Ces paroles furent entendues de M. Bâcher, car ce jour-là même il écrivait dans ses dépêches à son gouvernement :
« Je viens de voir la fille du dernier Roi des Français; elle manifeste le plus vif regret de se voir au moment de quitter la France; les honneurs qui l'attendent à la cour d'Autriche la touchent bien moins que le regret de la patrie, »
Dans une autre lettre adressée au ministre des relations extérieures , à la date du 7 nivôse an IV (28 décembre 1795), il disait : « La voyageuse a demandé à la citoyenne Soucy quel était le sort qui l'attendait à Vienne. La citoyenne Soucy a répondu qu'elle épouserait peut-être un archiduc. Elle lui répondit avec ingénuité : Vous n'y pensez pas ; ne s avez- vous donc pas que nous sommes en guerre? La citoyenne Soucy répondit : Mais vous seriez peut-être un ange de paix. — A cette condition-là , répliqua-t-elle , je ferais ce sacrifice à ma patrie. »
Madame, madame de Soucy, MM. Bâcher et Méchain montent dans la première voiture, les autres personnes se
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Loris XVII.
placent dans lu spconde. On pari, la Princesse promène nn long re>|ard plein de tristesse sur l'horizon qui se déploie detanl elle. L'heure est nrrivi'e où doit se faire cet échangf devenu le prix de sa liberté.
Il avait élÉ résolu qu'on lui en épargnerait du moins le douloureux spectacle.
A cinq heures du soir (une heure apr^s M. Bûcher), le prince de Gavre, avec six voilures, sort.iit de B;i.sle par li porte Saint-Pnul , pour se rendre à la campagne de M. Reber.
Lu pnrte, déjà lennée depuis une hetire, lui fut ouverte.' ï mCme lerup^ le baron de ne>|elmaun snrtiiil par la parlêa Saint-Jean. Le commissaire de police Zasiin et cinq hommet de la maréchaussée s'étuent rendus ensemble sur les lieux indiqués pour empêcher tout désordre, ainsi que l'aide-major Kolb, qui devait accompagner h cheval le carrosse de la PriD' cesse jusqu'à la frontière. On avait d'ailleurs pris la précaution , pour éviter la foule , de fermer les portes une demiheure plus tdl que de coutume , de sorte qu'il se trouvait 1