LIVRE XII. — MORT DE LA REINE
conservé des crayons et quelques feuilles de papier cachés dans un coin sous le papier qui tapissait la chambre de la Reine , mais la nuit même où Marie-Antoinette avait été conduite à la Conciergerie, Madame Elisabeth avait tout anéanti, dans la crainte de compromettre sa belle-sœur; cela rendait d* une difficulté extrême la secrète correspondance avec Turgy. Mais que ne peut le génie de la captivité? Il n*y eut pas de murs assez élevés , il n'y eut pas de portes assez épaisses pour empêcher deux âmes affligées de se parler et de s'entendre, de la prison du Temple au cachot de la Conciergerie.
Parfois , c'étaient des demandes de la Reine , réclamant des effets qu'elle avait laissés au Temple et dont elle disait avoir
efleto qui pourraient leur appartenir, de la chambre occupée' par la veuve Capet, où ils ont été de garde jusqu'à présent, à quoi ils ont obéi à l'instant ; et leur avons aussi enjoint de rester dans ladite maison de justice jusqu'après notre rapport fait à nos collègues ; nous avons aussi enjoint au citoyen Richard , concierge , de prendre toutes les mesures et précautions envers ladite veuve Capet qu'il est d'usage et d'obligation de prendre envers ceux qui sont détenus au secret; avons pareillement enjoint au commandant du poste de la gendarmerie . appelé à cet effet, de faire poser à l'instant un factionnaire à la porte de ladite chambre de la veuve Capet, et en dehors, lequel aura pour consigne de ne laisser parler, ni communiquer, ni approcher personne de ladite porte , que le citoyen concierge et son épouse , et un autre factionnaire dans la cour, près les fenêtres de ladite chambre occupée par la veuve Capet. lequel aura pour consigne de ne laisser approcher personne k la distance de dix pas, et ne laisser parler ni communiquer qui que ce soit, sous tel prétexte que ce puisse être, laquelle consigne a été donnée à l'instant, et les factionnaires posés suivant le rapport dudit citoyen commandant du poste, et du brigadier de service à la grande réserve, laquelle consigne ledit citoyen commandant s'oblige de faire exécuter de relevée en relevée, et transmettre à celui par qui il sera remplacé.
• Lecture à eux faite du présent, ont dit icelui contenir vérité, qu'ils satisferaient au contenu, et ont signé avec nous.
• Signé à la minute :
» Db Busn'B , Lkgomtb . Lbblaxc , Habbl , Gilbbbt . dbs Frbnnbs , Righabd , LA BussiàRB et Hbussbr , administrateurs.
• Pour copie conforme à l'original , » N. Froidure. «
le plus pressant besoin * ; d'autres fois c'était la correspondanae cachée dont Turgy était Tintermédiaire.
Madame Elisabeth tenta un autre miracle , mais ce fut en vain, celui-là était impossible : c'était d'obtenir que Simon apportât un peu moins de brutalité deths ses manières et un peu moins de cynisme dans ses paroles. A tous les municipaux qui se succédaient au Temple et dont la physionomie et les allures n'avaient pas l'air d'exclure toute espèce de sensibilité, elle adressa ses plaintes avec prière d'intervenir auprès de l'impitoyable précepteur ; presque tous trouvèrent ces plaintes injustes ou exagérées, les rejetèrent avec dédain ou n'y répondirent que par l'éloge de celui-là même contre lequel elles étaient portées; d'autres, moins fanatiques, mais malheureusement craintifs, virent clairement quelle était la conduite de Simon dans la tour, et ils n'osèrent l'improuver, sachant quel était son crédit. Cn seul, du nom de Barelle^, ne fut pas inexorable, il était
* « Citoyens collègues, Marie- Antoinette me charge de lui faire passer quatre chemises et une paire de souliers non numérotés, dont elle a un pressant besoin.
» J'espère que vous voudrez bien les faire remettre au porteur de la présente.
» Je suis avec fraternité,
• MiGHONIS.
> De la Conciergerie, ce 19 août. »
(Archives de l'Empire, carton E, n<* 6206.)
Commune de Paris.
■ Citoyens, nos collègues, sur la demande qui nous a été £iite par la veuve Capet de différents objets relatifs à des besoins de vêtements, l'administration de police vous invite à faire des recherches dans tout ce qui reste d'habillement au Temple à l'usage de la veuve Capet, afin de savoir si les articles qui lui sont nécessaires et qu'elle demande sont dans la garde-robe qui est au Temple, et, dans le cas où ils y seraient, de nous les envoyer de suite, attendu qu'il en résultera une économie.
» Nous vous envoyons ci-joint la note des objets.
» Les administrateurs de police ,
» Mennbssibr , Caillbux.
» Le 26 septembre 1793, l'an II de la République une et indivisible. »
(Archives de l'Empire , carton E , n® 6206.)
(Jean-Guillaume), maçon, rue du Faubourg-Saint-Denis, n« 17, bichfif section du ikiû>0ttrg du Nord.