‹ Louis XVIIChapitre 175 sur 206 · LIVRE XX. — MARIE THERESE · texte numérisé non relu

LIVRE XX. — MARIE THERESE

de madame de Soucy : < Ce papier est-il pour moi, madame? — Non, Sire, c'est ma lettre d'adieu à Madame, répondit en pleurant madame de Soucy. — Confiez-la-moi, madame; je vais la remettre moi-même à ma cousine. »

Avec la sévérité de F étiquette allemande , cette lettre passa cependant par les mains de madame de Chanclot. Madame, fort chagrine elle-même d'être séparée de sa gouvernante, lui fit remettre cette réponse , écrite en entier de sa main :

il J'ai reçu votre lettre, madame, par madame de Chanclot; j'en suis très-touchée. Je parlerai de vous à l'Empereur; il est hon; mais vous savez que je vous ai toujours dit, pendant notre route, que je craignais que la position de guerre entre les deux nations nous séparât. Cela est arrivé ainsi pour les autres Français. Je vous prie' de consoler M. Hue, ce fidèle serviteur de mon père ; je suis sûre que l'Empereur ne l'abandonnera pas.» Je suis sûre aussi de votre courage. Faites un heureux voyage; je ferai des vœux pour vous. Dites mille choses de ma part à votre mère. Je vous remercie du sacrifice que vous avez fait de quitter votre famille et votre patrie pour me suivre, je ne l'oublierai jamais. Adieu; comptez toujours sur l'affection de

« Marie-Thérèse-Charlotte. n

L'Empereur permit à M. Hue de rester à Vienne. Pour ôter au renvoi de madame de Soucy l'idée blessante d'une exclusion personnelle , il avait décidé que tous les autres Français venus avec la Princesse seraient compris dans la même mesure. « En conséquence de ces dispositions, le cuisinier Meunier et le garçon servant Marin Baron furent expédiés par la voie de la diligence le 20 janvier. La marquise de Soucy, de son côté, se mit en route avec son fils et sa femme de chambre , le 23 du même mois, et il fut pourvu à ce qui pouvait convenir à la commodité de son voyage*. » Comme Meunier et Baron, elle

* Lettre du baron de Degelmann, du l" février 1796. — Lettre de M. Bâcher, ne portant d'autre date que celle de vendredi matin.

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revint par Basle. Son retour inattendu et son séjour dans cette ville donnèrent lieu à quelques bruits malveillants '. Enfin, après avoir accompli un devoir qui lui avait attiré plus d'une calomnie, elle arriva à temps à Paris pour avoir la douloureuse consolation de fermer les yeux à sa mère.

Peu de jours après son arrivée , madame de Soucy fut mise en arrestation pendant quelques mois. Venue de Paris, elle avait paru suspecte à Vienne; venue de Vienne, elle fut suspecte à Paris. Son cœur ne changea point. Le dévouement ne serait pas le dévouement, s'il ne pouvait compromettre qu'une fois.

Le plus bel éloge de la marquise de Soucy, c'est sans doute l'amitié dont l'honorèrent Madame ÉHsabeth et la Reine Marie- Glotilde, ces saintes sœurs des fois Louis XVI', Louis XVIII et Charles X.

« Quand Madame fut partie, rapporte madame de Tourzel, on me conseilla de faire des démarches pour obtenir le jugement du jury d'accusation , et de m' adresser au ministre de l'intérieur... Je saisis avec empressement cette occasion d'apprendre de M. Benezech quelques détails sur le départ de Madame, et j'allai chez lui avec Pauline. Il nous parla de cette princesse avec le plus profond respect, et en homme touché de ses malheurs, et du courage avec lequel elle les supportait. Il était étonné de l'attachement qu'elle conservait pour la France, et de l'impression de douleur qn'elle éprouvait en la quittant ; il était encore attendri en parlant de la sensibilité avec laquelle elle remerciait les personnes qui l'avaient soignée au Temple, et de cette indulgente bonté qui n'avait conservé aucun ressentiment de tout ce qu'elle avait souffert pendant sa captivité. Elle lui laissa le sentiment d'une profonde estime ; et comment s'en défendre quand on voyait une princesse aussi jeune capable d'aussi grands efforts sur ellemême? Elle les avait puisés dans des principes qui fortifièrent le grand caractère que le ciel lui avait donné ^n partage, n

* Voyez ci-après, page 454, l'artide du Strasburgischer Welhote.

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