‹ Louis XVIIChapitre 19 sur 206 · LIVRE XII. — MORT DE LA REINE · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — MORT DE LA REINE

d'or : Au grand Voltaire. Le ^and Voltaire venait depuis quelques jours d*être remplacé par Marat, l'ami du peuple. On voit que les citoyens Binet et Maugin marchaient avec leur siècle et ne restaient pas en arrière du progrès des idées. Ils étaient de la connaissance de Simon, qui, à Fépoque de son mariage y allait quelquefois, aux jours de fêle, boire avec Marie-Jeanne Au grand Voltaire, « Montre-nous le Roi de Toulon , s'était écrié Binet en entrant. — Tu veux dire le Roi de Montbrison? avait répondu Simon. — Non, le Roi de Toulon. — Le Roi de la Vendée , avait dit un autre municipal. — Citoyens , répliqua Simon avec autorité , du moins ce ne sera jamais le Roi de Paris. » Et de son bras étendu il semblait dévouer à toutes les malédictions la tête du jeune Prince. L'explication arriva, et les événements du Midi et de TOuest furent racontés dans tous leurs détails, u II y a quelque chose pourtant dans Tair, reprit Binet; ce serait bien drôle si ce marmot devenait roi quelque part! » L'œil enfantin avait brillé d'une lueur d* espérance , mais son front rougit aussitôt , comme s'il avait eu honte de sa hardiesse.

Le maître ava^t envoyé l'élève s'asseoir au pied de son lit jusqu'à nouvel ordre, La discussion s'anima; chacun y jetait un mot joyeux , une plaisanterie sanglante , ou dirigeait un cruel lazzi vers le fils de Louis le raccourci.

L'enfant ne quitta point les arrêts pendant la séance , qui se prolongea longtemps et dont la conclusion fut : u La République est étemelle. » Simon, en regardant l'enfant proscrit, répéta bien haut avec une intention rancuneuse : « La République est éternelle , la République est éternelle ! » Et comme Binet se retirait avec ses collègues, il ajouta : « Citoyen Binet, dis à Maugin qu'il n'aura plus besoin de changer jamais son enseigne. — Tant mieux, citoyen, répondit Binet, car c'est ennuyeux et cher d'aller chercher le peintre tous les deux ans. » Après leur départ, Simon se promena longtemps de long en large, échangeant avec sa femme quelques phrases politiques où les appréhensions de Tavenir perçaient légèrement à travers

Tenthousiasme républicain. L*enfant n'avait pas osé bouger; i^ sur son visage, bien que changé, on retrouvait quelques traces j, presque effacées de la vivacité française, mais cette vivacité ^ n'avait plus de ressort ni d'élan. Il avait d'ailleurs compris ,; les nouvelles apportées par les commissaires , et il savait par r^ expérience ce qu'il avait à attendre après un pareil entretien. ,. Il avait entendu Simon s'écrier que si jamais les Vendéens venaient jusqu'à Paris , il étoufferait le louveteau plutôt que de ^ le leur livrer. Il restait donc coi et silencieux, craignant de ;. provoquer par le moindre mouvement ou la moindre parole un courroux tout prêt à fondre sur lui. Simon alla le prendre par l'oreille et le ramena jusqu'à la table au milieu de l'ap- ^ „, partement. Un instant après il lui dit : « Capet, si les Vendéens , te délivraient, que me ferais-tu? — Je vous pardonnerais, « ^ répondit l'enfant. L'âme de Louis XVI dut tressaillir de joie en voyant son royal héritier si bien disposé à recevoir les semences .de son testament, et Marie-Antoinette eût reconnu son bienaimé enfant, si du fond de son cachot elle eût pu entendre des paroles si conformes aux sentiments qu'elle avait toujours cherché à faire naître en lui, et que, quelques jours plus tard, elle devait lui recommander encore dans une lettre suprême interrompue par le bourreau. La clémence ici-bas est un avantgoût des choses du ciel : les morts qui sont entrés dans ,les des* seins de Dieu ïi' aiment pas la vengeance.

Cependant , au sein du conseil général de la Commune , le fanatisme révolutionnaire ne cessait de s'inspirer de tous les sentiments de la plus violente rancune et de la haine. Dans la séance du dimanche 15 septembre, « la section de la Fraternité invitait le conseil à prendre les mesures les plus sévères contre les ennemis de la chose publique ». Le conseil répondait « qu'il ne négligerait aucun moyen de mettre sous le glaive de la loi tous les aristocrates et les muscadins » . Dans la séance du lendemain , a un membre annonce que Bailly vient d'être conduit dans les prisons de la Force ; le conseil et le tribunal témoignent par de vifs applaudissements le plaisir que leur

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