‹ Louis XVIIChapitre 24 sur 206 · LIVRE Xll. — MORT DE LA REINE · texte numérisé non relu

LIVRE Xll. — MORT DE LA REINE

Paris; avec Friry, Laurent et Séguy, commissaires au Temple ;

avec Heussée, administrateur de police, et avec Simon.

Ceux qui étaient venus chercher au Temple des armes empoisonnées, les emportent comme un trésor au Comité de sûreté générale. Là , toujours selon la tradition dont nous avons parié, se trouva Daujon, désireux sans doute de savoir comment avait été accueillie la pièce dont il était le rédacteur, et dans quel haut degré d'estime et de confiance cet acte de dévouement allait le placer. Il y reçut des félicitations. Un membre du comité lui dit : « Comment diable , citoyen , as-tu pu découvrir lant de choses et les préciser avec tant d'aplomb? — Je les ai laes dans Topinion publique, répondit Daujon ; elles sont claires comme le soleil. »

Toutefois , les eni\emis de la Reine comprirent la nécessité d'appuyer de témoignages plus sérieux la déposition d'un enfant prisonnier, auquel on avait fait répondre et signer, sans savoir ce qu'il répondait et signait. Le lendemain, 16 * vendémiaire an II (7 octobre 1793), Chaumette et Pache retournèrent au Temple , accompagnés de David , membre du Comité de sûreté générale, et environnés de municipaux, parmi lesquels figurait Daujon. Ils espéraient, à l'aide de questions ambiguës et caplieuses , arracher à la fille et à la sœur de Louis XVI quelques mots qui , habilement interprétés , pourraient les rendre complices de toutes les calomnies accumulées contre la Reine. Parmi ces calomnies , il ea est une plus absurde à la fois et plus abominable que toutes les autres , c'est celle que nous avons fait pressentir tout à l'heure. La pudeur ne peut la dire, la vertu ne saurait la comprendre, l'indignation même ne suffit pas pour en faire justice. Eh bien, c'est cette calomnie que l'imagination révolutionnaire a inventée pour attaquer Marie- Antoinette dans ce qu'il y a de plus sacré , dans son honneur d'épouse , et dans ce qu'il y a de plus pur, dans son cœur de mère. Qu'il nous suffise d'écrire, l'indignation au cœur et la rougeur au front, que l'accusation transforma la meilleure des

i mères en Messaline , et son angélique enfant en élève de ses

débauches , en complice de ses orgies , en révélateur de se« crimes ! Qu'on ne vienne donc pas nous dire que Marie-Antoi- ^^ nette est morte de la main du bourreau ; non, la Reine de France a été tuée par la calomnie, comme, dans ses pressentiments, elle récrivait à sa sœur Christine. Ce n'est donc pas le bourreau , qui Ta tuée : ne ciilomnions pas le bourreau.

C'est pour étayer de telles monstruosités , déjà signées du , fils , que des témoignages allaient être demandés à la fille et à la sœur, par des hommes qui se disaient les représentants de la ville de Paris, de la justice et de la nation. Pache, Chau-

mette et David, arrivés à la tour, s'iqstallent dans ia salle du

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conseil, et ordonnent d'y faire descendre la jeune Marie-Thérèse. Cet ordre inattendu frappe de stupeur et d'effroi les deux | Princesses , qui , étroitement embrassées , demandent qu'on ne les sépare point. Forcée d'obéir, la jeune orpheline descend, et Dieu seul a pu voir ce qui se passa à cefte heure dans son âme et dans celle de sa tante. Pour la première fois , depuis qu'elle était enfermée dans le Temple, Madame Elisabeth se trouvait seule! Le dernier objet de ses tendres affections lui était-il enlevé sans retour? Jusqu'à présent ceux qui étaient descendus n'étaient plus remontés : le père avait rencontré, en bas le bourreau, et, ce qui est bien pis encore, le fils y avait trouvé Simon. Qu'est-il réservé à la jeune fille qui vient de passer la porte fatale? L'esprit de Madame Elisabeth se perd dans les idées les plus effrayantes , dans les conjectures les plus cruelles , mais il n'est pas en elle de deviner ce qui ne s'est vu dans les annales d'aucun peuple ; et, certes , elle accuserait de mensonge les échos de la tour, s'ils lui apportaient en ce moment ce qui se dit dans la salle du conseil. A peine pourrat-elle le croire, quand elle sera condamnée à l'entendre ellemême.

Arrivée au bas de l'escalier. Madame Royale avait rencontré son frère, et elle le prenait dans ses bras quand Simon s'empressa de le lui arracher. L'enfant sortait de la salle où David avait demandé à revoir le fils de son ancien bienfaiteur, et à entendre

de sa bouche quMl reconnaissait pour exact et vrai ce qu'on lui avait fail signer la veille. L'enfant inquiet avait fait un signe afilrmatif y et sur Tinjonction de son maître, avait répondu : u Oui. n Sa sœur fut introduite. Pache, le premier, l'interrogea sur les prétendues intelligences de ses parents avec les princes étrangers , intelligences qu'il l'accusait d'avoir connues. Les réponses de la jeune fille furent si nettes et si fermes , que les commissaires ne poussèrent pas plus loin ces banales imputations, et que Cbaumette en vint sur-le-champ aux questions qui étaient l'objet sérieux de l'interrogatoire. Marie-Thérèse écouta d^ abord sans rieir comprendre , puis la rougeur tout à coup lui monta au visage, et les paroles de Chaumette, devenues plus horriblement claires, et plus clairement horribles , soulevèrent d^ indignation tout ce qu'il y avait de sang filial et de sang chrétien dans cette angélique enfant. Elle ne répondit d'abord que par des larmes, puis par la dénégation la plus absolue; mais Chaumette insistant avec une cynique persévérance, le mot infamie sortit de la bouche indignée de Madame Royale pour caractériser ces insinuations. « Chaumette, dit-elle dans sa relation, m'interrogea sur mille vilaines choses dont on accusait ma mère et ma tante. Je fus atterrée par une telle horreur et si indignée, que , malgré toute la peur que j'éprouvais , je ne pus m'empêcher de dire que c'était une infamie ; malgré mes larmes, ils insistèrent beaucoup ; il y a deâ choses que je n'ai pas comprises , mais ce que je comprenais était si horrible , que je pleurais d^indignation . » Le cri de la nature injuriée ne désarma point les impudiques accusateurs; ils songèrent alors.à la livrer à la confrontation la plus pénible, à la contradiction la plus cruelle; ils firent rentrer le jeune Louis-Charles, rampant sous la domination absolue de son maître , et pendant près de trois I heures ils firent subir à l'innocence virginale, en présence d'un I frère de huit ans , le honteux supplice d'un interrogatoire qui mettait aux prises le frère et la sœur sur ce lamentable sujet. I Ao bas de cet interrogatoire , se trouve encore une signature tracée d'une main vacillante; elle est précédée de celle de

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Madame Royale, et suivie de celle de leurs interrogateurs.

Commencée à midi , ce ne fut qu'à trois heures que finit cette scène atroce. Marie-Thérèse demanda avec chaleur à être réunie à sa mère. Chaumette lui répondit : « Cela ne se peut; retirez-vous, et ne dites rien à votre tante, que nous allons aussi faire descendre. » Et, sous Tescorte de trois municipaux, la jeune vierge rentra dans sa chaste cellule , pareille au cygne hlanc qui , sali par des eaux hourheuses , se replonge dans le cristal d'un lac tranquille.

Muette encore de terreur et d'indignation. Madame Royale se jetait à peine dans les hras de sa tante , que celle-ci lui est arrachée et la quitte sans savoir ce qui s'est passé, et ce qu'elle doit espérer ou craindre. Elle est interrogée à son tour, et ce long tissu d'infamies , dont on avait chargé la Reine , reparaît sous ses yeux. Madame Elisabeth répond, comme sa nièce, à tous les mensonges, par la vérité, à toutes les perfidies par la plus noble franchise , à toutes les bassesses avec l'accent du mépris. Ses formidables questionneurs voient bientôt qu'ils demanderont en vain à sa présence d'esprit la phrase équivoque qu'ils n'avaient pu obtenir de la naïveté d'une jeune fille qui n'avait pas quinze ans, et au bout d'une heure ils. la congédient, lassés et honteux de n'avoir pas surpris quel- ■ ques mots dont il leur serait possible d'abuser. Mais avec une étrange obstination , avant de mettre fin à leur poursuite , ils ont confronté le jeune Roi avec Madame Elisabeth, et fait rougir devant lui la vertu de sa tante , comme ils avaient fait rougir l'innocence de sa sœur. La signature du Dauphin figure encore au bas de cet interrogatoire avec celle de Madame Elisabeth.

Enfin , l'épreuve est terminée. Remontée dans sa chambre : « Oh! mon enfant! » s'écrie cette Princesse en tendant les bras à sa nièce. Le silence seul peut exprimer la confusion et le bouleversement qu'elles éprouvent toutes deux : la rougeur couvre leur front, leurs larmes coulent; pour la première fois leurs regards s'évitent. Elles demeurent un instant élroitemetit

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