‹ Louis XVIIChapitre 25 sur 206 · LIVRE XII. — MORT DE LA REINE · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — MORT DE LA REINE

embrassées , puis elles tombent à genoux , offrant leur humî- Uation et leur douleur au Dieu des humbles et des affligés.

La sagesse divine avait suggéré à Marie-Thérèse et à sa tante des réponses qui déconcertaient le complot des pervers. Il leur fallut s'en tenir au procès-verbal fabriqué, du moins on le prétend, par Daujon et adopté par Hébert. Leur visite, toutefois, ne fut pas stérile : Tâme des pauvret captives restait troublée des images dont on avait souillé leur chaste imagination . Leurs chaînes devinrent plus lourdes. Turgy, qui avait trouvé le moyen de rester employé au service intérieur du Temple, fut renvoyé*, et rentrée de la tour lui fut interdite.

Voici le dernier billet de Madame Elisabeth à ce digne serviteur :

« Le 11 octobre 1793, à deux, heures un quart.

n Je suis bien affligée. Alénagez-vous pour le temps où nous serons plus heureux et où nous pourrons vous récompenser.

< Déjà depuis un mois la Commune avait pris un arrête qui expuls&it du Temple Turgy, Chrétien , Marchand , et en général toutes les personnes suspectées d'incivisme.

• Lecture faite d'un arrêté du conseil du Temple , qui demande le remplacement de plusieurs individus occupés maintenant dans cette maison, et qui ent appartenu autrefois au ci-devant comte d'Artois ;

> Le conseil général en confirme les dispositions ; arrête en conséquence que les citoyens Piquet et sa famille, portiers, Rockentroh et sa famille, lingêrs. Baron, portier, Gourlet et sa femme, guichetiers, Quenel, commissionaaire. Chrétien, Marchand et Turgy, garçons servants, la citoyenne Leclerc. femme d'un gendarme , ci-devant piqucur du comte d'Artois , la femme et les enfiints de Salmon, ci-devant son valet de pied, et la famille Ango au nombre ée quatre personnes, ci-devant garçon d'argenterie, seront expulsés.

• Le conseil général, sur la proposition du conseil du Temple, arrête que le mur de clôture sera continué jusqu'au ci-devant palais, au-dessus des remises.

» Le conseil général nomme Beauvalet, Cresson, Courtois et Remy, à l'efTet de s'occuper du remplacement des guichetiers du Temple, j > Le conseil général arrête quei la citoyenne Tison sera payée en proportion de son traitement, jusqu'à sa destitution, qui datera d'aujourd'hui.

> Le conseil du Temple invite à nommer pour dimanche et lundi six commissaires au lieu de quatre , pour accompagner les fumistes qui doivent raccommoder les poêles dans les chambres des détenues.

> Le conseil général arrête cette proposition. >

(Conseil général de la Commune do Paris, séance du 14 septembre 1793.)

136 LOUIS XVll.

Emportez la consolation d'avoir servi de bons et malheureux maîtres.

« Recommandez à Fidèle (Toulan) de ne pas trop se hasar- ' der pour nos signaux (par le cor). Si le hasard vous fait voir madame Mallemain, dites-lui de nos nouvelles , et que je pense à elle.

» Adieu, honnête homme et fidèle sujet : que le Dieu auquel '■ vous êtes fidèle vous soutienne et vous console dans ce que vous avez à souffrir! »

M. Hue fut arrêté le 13. Il devint dès lors impossible à Madame Elisabeth de rien apprendre de ce qui se passait : intelligence au dehors , infelligence au dedans , tout lui manqua à la ' fois ; elle n'eut plus de nouvelles de la Reine.

Ne regrettons point pour elle cette cruelle privation. Cet accroissement d'inquiétudes lui épargne un plus grand chagrin : le procès de Marie-Antoinette allait commencer. Depuis près de deux mois et demi qu'elle était enfermée dans un cachot humide de la Conciergerie, la Reine attendait son jugement. Pressentant ses derniers malheurs, elle avait cessé de vivre sans jouir du repos que procure la mort^ Le 14 octobre, les assises s'ouvrent. Fouquier-Tinville lit à l'accusée le libelle que dans son langage il appelle son acte d'accusation. La Reine de France répond à tout avec une héroïque sérénité. Mais Hébert se présente, et vient apporter contre la veuve Capet la ^calomnie qu'il a préparée dans l'interrogatoire du Temple. La royale accusée demeura dans un silence plein d'une morne majesté; mais Hébert ayant ajouté qu'il possédait une pièce authentique qui prouvait les faits qu'il alléguait, elle porta sur lui un regard qui le fit rougir et excita un mouvement dans l'assemblée. Fouquier n'osa point faire usage de cette pièce. L'effroi qu'il inspiraittous les jours, il l'éprouva lui-même ce jour-là; il craignit que ce moyen absurde et abominable d'iiccusation n'outrepassât son but et ne devînt, par son excès même, favorable à

' « Praesagio malorUm jam vitâ exempta, uondùm tameii morte adquiescebat. » (Tacit. Ann. lib. XIV.)

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