‹ Louis XVIIChapitre 26 sur 206 · LIVRE XII. — MORT DE LA REINE · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — MORT DE LA REINE

r accusée ^ Il fit lire simplement la pièce par le greffier, et se tournant ensuite vers Marie-Antoinette , il se borna à lui dire : u Qu'avez-vous à répondre à la déposition du témoin?» La Reine continua à garder un majestueux silence ; mais plus tard, un juré ayant invité le président à lui faire observer qu^elle n'avait pas répondu sur le fait dont avait parlé le citoyen Hébert, la royale accusée foudroya d'un regard les accusateurs, les témoins et les juges. « Si je n'ai pas répondu, s'écria-t-elle, c'est que la nature se refuse à répondre à une telle inculpation faite à une mère; j'en appelle à toutes celles qui peuvent se trouver ici. n Et ce dernier cri, jeté avec une sainte et inexprimable douleur, alla remuer dans toute la salle les cœurs les plus glacés et les plus hostiles.

Robespierre était à table chez Venua, avec Barère, Saint- Just et Vilate, quand il apprit les détails de cette séance. Frappé de la réponse de la Reine comme d'un coup d'électricité, il cassa son assiette avec sa fourchette : u Cet imbécile d'Hébert! s'écria-t-il , ce n'est pas assez qu'elle soit réellement une Messaline, il faut qu'il en fasse encore une Agrippine et qa*il lui fournisse à son dernier moment ce triomphe d'intérêt public^! »

Le tribunal, dans ce procès inique, avait feint un respect dérisoire pour les formes en donnant à la Reine deux défenseurs nommés d'office, MM. Chauveau-Lagarde et Tronson du Coudray, et en assignant des témoins, comme si les juges dussent avoir à rechercher une évidence matérielle ou une conviction morale. Parmi ces témoins, plusieurs devaient comparaître quelques jours après comme accusés ; ils auraient pu racheter leur vie en calomniant la Reine ; mais , placés entre leur conscience et Féchafaud, ils surent mourir. Manuel prouva par

* > On sait auisi que Robespierre, ayant appris les détails de cette séance, accusa Hébert d'avoir fait une accusation aussi calomnieuse dans le but de provoquer le peuple à un soulèvement en faveur de cette Princesse, en appelant l'intérêt sur elle. • (Dictées dk Napoléon !•'.)

' ViiATB , Causes secrètes de la révolution du 9 thermidor. — Gollectian BeniUe et Barrière , page 179.

son attitude et ses réponses pleines de réserve et de convenance, qu'il y a des remords qui savent racheter des crimes. Bailly, qui, par un seul mot*, allait bientôt obtenir une autre gloire que celle que les sciences lui avaient faite, rendit hommage à la vérité, et déclara que « les faits contenus en facte (T accusation, touchant la déclaration du jeune Louis-Charles, étaient ahso^ lumentfaux, » Et le comte de la Tour du Pin, ancien ministre de la guerre, interrogé par le président s'il connaissait Faccusée : u Ah ! oui, répondit-il pénétré d'une respectueuse douleur, en s'inclinant profondément devant sa Reine malheureuse, ah ! oui, j'ai l'honneur de connaître Madame. » Quelques jours après l'cchafaud avait fait justice et du repentir de Manuel, et de la franchise de Bailly, et du respect de la Tour du Pin.

Cependant Chauveau-Lagarde essaya de combattre par le raisonnement l'acte d'accusation dirigé contre sa royale cliente; il fit entendre de nobles accents que les journaux de l'époque , heureusement pour sa vie, mais malheureusement pour sa gloire, n'osèrent point recueillir. Il déclara que « dans ce procès extraordinaire, la postérité verrait que s'il y avait pour le dé" fenseur quelque chose de dij^ile, ce n'était pas de trouver des reponses décisives, mais de rencontrer une seule objection sérieuse. »

Puis, ayant détruit tous les chefs d'accusation, il finit en disant « qu'il croyait avoir tenu l'engagement qu'il avait con^ tracté de démontrer jusqu'à l'évidence que rien ne pouvait égaler l'apparente gravité de l'accusation, si ce n'était peut" être la ridicule nullité des preuves, »

L'histoire ne nous a rien laissé du plaidoyer de Tronson du Coudray ; cependant elle semble en faire l'éloge en rapportant qu'il fut arrêté, ainsi que Chauveau-Lagarde, au sortir de l'audience. Sans doute, les plus grands orateurs n'eussent point arraché la Reine de France au sort qui l'attendait; il est ce-

' Baîily fut exécuté au Champ de Mars , le 10 novembre 1793. Comme sea membres glacés par la pluie et le froid étaient agités d'un tremblement involontaire , un des témoins de son supplice lui dit : « Tu trembles , BatUy ! — Oui, répondit le vieillard avec calme, mais c'est de froid. »

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