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LIVRE XII. — MORT DE LA REINE

pendant regrettable que, dans ce moment solennel, une voix n'ait pas protesté au nom de Fhonneur français et de la justice universelle.

La fille de Marie-Thérèse ne s^était point , elle , démentie un seul moment : elle avait tout écouté avec calme , elle avait tout réfuté avec précision. Après F audition de tous les témoins, elle avait averti le tribunal qu^aucun d'eux n'avait articulé contre elle un seul fait positif. Et, lorsque, après la déclaration du jury et le réquisitoire de F accusateur public, le président lui demanda si elle avait quelque chose à ajouter : « Pour ma défense, rien, dit-elle; pour vos remords, beaucoup. J^étais reine, et vous m^avez détrônée; j^étais épouse, et vous avez massacré mon mari; j^étais mère, et vous m^avez arraché mes enfants : il ne me reste que mon sang, hâtez-vous de le répandre pour vous en abreuver, n

Les défenseurs furent invités à leur tour à déclarer s^ils avaient quelque observation à élever sur le verdict du jury. M. Chauveau-Lagarde se tut. u Rien, » répondit tristement Tronson de Coudray, comme un homme qui sent Finutilité de tout nouvel effort en faveur d*une victime condamnée d* avance, « rien , citoyen président; la déclaration des jurés étant précise et la loi formelle, j^annonce que moq ministère à Fégard de la veuve Capet est terminé. »

Les juges et les membres du Comité de salut public prolongeaient sans mesure 1« durée des audiences , et c*est à peine s'ils permettaient à là BËlSine de prendre un peu de nourriture. Craignaient-ils qu'eDe ijsourût avec trop de courage? Ce qu'ils avaient fait pdurld fik, le tentaient-ils pour la mère? En affaiblissant ses forées physiques, espéraient-ils ébranler la fermeté de son caractère et éteindre la fierté de ses regards?

Us ne réussirent point. En rentrant pour la dernière fois dans sa prison', la vktime se jette toute vêtue sur son grabat et

^ D'après un témoignage isole, • la Reine ne rentra point dans la chambre «pi'elie avait occupée jusqu'alors à la Conciergerie. Elle fut déposée dans un ^iaek pratiqué à l'un des angles de l'avant-greffe , destiné ordinairement à

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s>Dreloppe les pieds avec sa conrertiire. Elle avait beaucoup ^ souffert du froid. Dieo lui envoya quelques heures d*ua som- ^ meil paisible ; puis elle écririt à sa sœur cette lettre admirable i où s*épaiichent, avec ses larmes, ses religieuses douleurs et ses préoccupations maternelles : ;

^ Ce 16 octobre, à quatre heures et demie du matin.

r C*est à vous, ma sœur, que j*écris pour la dernière fois. >, Je riens d*être condamnée, non pas à une mort honteuse, elle , ne Test que pour les criminels , mab à aller rejoindre votre . frère ; comme lui innocente, j* espère montrer la même fermeté que lui dans ces derniers moments. Je suis calme comme on * Test quand la conscience ne reproche rien ; j'ai un profond regret d'abandonner mes pauvres enfants; vous savez que je n'existais que pour eus; et vous, ma bonne et tendre sœur, l'ous qui avez , par votre amitié , tout sacrifié pour être avec nous , dans quelle position je vous laisse ! J'ai appris par le plaidoyer même du procès que ma fille était séparée de vous. Hélas ! la pauvre enfant , je n'ose pas lui écrire , elle ne recevrait pas ma lettre. Je ne sais même pas si celle-ci vous parviendra. Recevez pour eux deux ici ma bénédiction. J'espère qu'un jour, lorsqu'ils seront plus grands, ils pourront se réunir avec vous et jouir en entier de vos tendres soins. Qu'ils pensent tous deux à ce que je n'ai cessé de leur inspirer : que les principes et l'exécution exacte de ses devoirs sont la première base de la vie ; que leur amitié et leur confiance mutuelle en feront le bonheur. Que ma fille sente qu'à l'âge qu'elle a, elle doit toujours aider son frère par les conseils .que l'expérience qu'elle aura de plus que lui et son amitié pourront lui inspirer; que mon fils à son tour rende à sa sœur tous les soins, les services que l'amitié peut inspirer ; qu'ils sentent enfy^ tous deux que ,

ceux des condamnes qui ne pouvaient être livrés à la mort que le lendemain de leur jugement. Ce fut là que la Reine passa sa dernière nuit. »

(M0KI.LE, Six journées passées au Temple, p. 67. — Paris, Dentu. 1820.)

dans quelque position où ils pourront se trouver, ils ne seront vraiment heureux que par leur union. Qu'ils prennent exemple de nous. Combien, dans nos malheurs, notre amitié nous a donné de consolation ! Et dans le bonheur, on jouit doublement quand on peut le partager avec un ami ; et où en trouver de plus tendre, de plus cher que dans sa propre famille? Que mon fils n^oublie jamais les derniers mots de son ^ère, que je lui répète expressément : « Qu'il ne cherche jamais à venger notre mort. » J'ai à vous parler d'une chose bien pénible à mon cœur : je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine; pardonnez- lui, ma chère sœur; pensez à l'âge qu'il a, et combien il est facile de faire dire à un enfant ce qu'on veut, et même ce qu'il ne comprend pas ; un jour viendra, j'espère , où il ne sentira que mieux tout le prix de vos bontés et de votre tendresse pour tous deux. Il me reste à vous confier encore mes dernières pensées. J'aurais voulu les écrire dès le commencement du procès ; mais, outre qu'on ne me laissait pas écrire , la marche en a été si rapide que je n'en aurais réellement pas eu le temps.

» Je meurs dans la religion catholique , apostolique et romaine, dans celle'de mes pères, dans celle où j'ai été élevée, et que j'ai toujours professée , n'ayant aucune consolation spirituelle à attendre, ne sachant pas s'il existe encore ici des prêtres de cette religion ; et même le lieu où je suis les exposerait trop s'ils y entraient une fois. Je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j'ai pu commettre depuis que j'existe ; j'espère que dans sa bonté il voudra bien recevoir mes derniers vœux, ainsi que ceux que je fais depuis longtemps pour qu'il veuille bien recevoir mon âme dans sa miséricorde et sa bonté. Je demande pardon à tous ceux que je connais , et à vous Y ma sœur, en particulier, de toutes les peines que, sans le vouloir, j'aurais pu vous causer. Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m'ont fait. Je dis ici adieu à mes tantes et à tous mes frères et sœurs. J'avais des amis ; l'idée d'en être séparée pour jamais et leurs peines sont un des plus grands

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regrets que j'emporte en mourant; qu'ils sachent du moins que, jusqu'à mon dernier moment, j'ai pensé à eux. Adieu, ma bonne et tendre sœur ! Puisse cette lettre vous arriver ! Pensez toujours à moi. Je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que ces pauvres et chers enfants. Mon Dieu ! qu'il est déchirant de les quitter pour toujours ! Adieu ! adieu ! je ne vais plus m' occuper que de mes devoirs spirituels. Gomme je ne suis pas libre de mes actions, on m'amènera peut-être un prêtre ; mais je proteste ici que je ne lui dirai pas un mot, et que je le traiterai comme un être absolument étranger, n

On sent à cette lecture combien la pauvre mère craignait que les paroles odieuses qu'on avait mises dans la bouche de son enfant ne tombassent sur le cœur meurtri de Madame Elisabeth, ou ne fussent aussi dirigées contre elle-même comme un moyen de calomnie.

La Reine ajoutait en s'adressant à son fils : u Que mon fils n'oublie jamais les derniers mots de son père, que je lui répète expressément : Qu'il ne songe jamais à venger notre mort; je pardonne à tous mes ennemis le mal qu'ils m*ont fait. »

On sait qu'il existe une tradition fondée sur des témoignages sérieux, d'après laquelle la Conciergerie se serait ouverte pour recevoir un prêtre non assermenté , qui vint consoler la Reine dans ses dernières douleurs et la fortifier pour son dernier combat : l'abbé Magnin, plus tard curé de Saint-Germain l'Auxerrois, aurait été, sous le nom de M. Charles, introduit dans la Conciergerie auprès de la Reine par une de ces saintes filles dont le dévouement ne connaît pas d'obstacles.

Une attestation signée de lui est ainsi conçue : « Je certifie de plus que, dans le mois d'octobre 1793, j'ai eu le bonheurde pénétrer à la Conciergerie avec mademoiselle Fouchè , d'y confesser plusieurs fois la Reine Marie-Antoinette, de lui dire la messe et de la communier ^ »

* Cette déclaration était dans les mains du baron Hyde de Neuville , qui exprimé ainsi dans une lettre écrite à l'occasion des Girondins, de

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