‹ Louis XVIIChapitre 30 sur 206 · LIVRE XII. — MORT DE LA REINE · texte numérisé non relu

LIVRE XII. — MORT DE LA REINE

pour elle , la Reine rougit d^émotion et ses yeux se remplirent de larmes * .

La victime ne devait rencontrer d^outrages que sur les points où Ton avait d* avance aggloméré à dessein une multitude fanatisée par la haine. Ainsi, en face de Saint-Roch, un geste de Grammont fit faire halte au cortège pour que la populace amoncelée sur les degrés de Téglise pût insulter la Reine à loisir*. Cent pas plus loin, comme on Ta vu, les vociférations se renouvelèrent devant le passage des Jacobins. C'est que la Commune de Paris n'a pas voulu qu'une Reine de France traversât sa capitale sans pompe et sans cortège ; elle a envoyé à cette fête toute cette tourbe de femmes ivres, couvertes de baillons, coiffées du bonnet rouge, qu'elle enrégimente et qu'elle soudoie pour accompagner à la mort les victimes désignées par le tribunal révolutionnaire, et les poursuivre de boue et d'imprécations, poussant des hurlements et des bravos à chaque chute du couperet fatal. C'est ce troupeau de mégères qui saluaient la fille des Césars des noms de Frédégonde et de Messaline, demandant son sang pour le boire, et justifiant cet horrible nom que la Commune leur a donné de lécheuses de guillotine.

Celle qui était restée reine dans la prison du Temple , reine sur la couchette grossière et sur la chaise de paille et sur l'escabeau de bois de la Conciergerie , était reine encore sur la charrette qui la conduisait à l'échafaud. Une sorte de gran*^ deor digne rayonne toujours autour d'elle. L'auguste victime contemple jusqu'au bout avec calme ce peuple abusé; pas un mouvement de haine n'altère la sérénité de son regard, qui, détaché de la terre, semble regarder plusjoin et plus haut, u Hélas ! dit^Ue , mes maux vont bientôt finir, mais les vôtres ne font que commencer. » Arrivée sur la place où le sang de Louis XVI avait coulé, elle monte les marches de

* 'Mémoires secrets, etc., sur les malheurs et la mort de la Reine de Prance, par If. Lafont d'Aussonne , 1825.

* Ibidem.

Féchafaud d'un pas ferme, attache un instant les yeux sur les Tuileries avec une douloureuse émotion, prie avec ferveur, lève les yeux au ciel, et se tournant vers Fexécuteur : « Hâtezvous, " dit-elle, et, inclinant la tête , elle reçoit le coup fatal'. « Si ce n'est pas un sujet de remords, a dit l'empereur Napoléon I", ce doit être au moins un bien grand sujet de regret pour tous les cœurs français, que le crime commis dans la personne de cette malheureuse Reine. Il y a une grande différence entre cette mort et celle de Louis XVI , quoique certes il ne méritât pas son malheur. Telle est la condition des rois, leur vie appartient à tout le monde; il n'y a qu'eux seuls qui ne peuvent pas en disposer; un assassinat, une conspiration, un coup de canon, ce sont là leurs chances; César et Henri IV ont été assassinés, l'Alexandre des Grecs l'eût été s'il eût vécu plus longtemps. Mais une femme qui n'avait que des honneurs sans pouvoirs, une princesse étrangère, le plus sacré des otages , la traîner du trône à l'échafaud à travers tous les genres d'outrages, il y a là quelque chose de pire encore que le régicide ! * «

' Voir aux Documents, n^ Vlll , l'inventaire qui fut fait deux ans plus tard , après la levëe des scellés posés sur la commode de bois de rose à dessus de marbre blanc, qui contenait tout ce qui avait appartenu à la Reine.

^ Mémoires d'un mhùslrc du trésor public (le comte Mollien). — Paris, 1845, tome III, page 123.

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