‹ Louis XVIIChapitre 33 sur 206 · LIVRE XIII. — L'OEUVRE DE SIMOX S'ACHÈVE · texte numérisé non relu

LIVRE XIII. — L'OEUVRE DE SIMOX S'ACHÈVE

s'amusait à distraire Tenfant , dont la triste destinée lui faisait pitié. Ses collègues avaient fini par le plaisanter à ce sujet, et comme c*était un homme sans conséquence et dont on prisait assez peu la capacité, les membres de la commission lui disaient en le raillant dès qu'il arrivait au Temple : u Allons , Barelle , va voir ton bon ami. » Barelle ne se le faisait pas dire deux fois ; et Fenfant, sensible à des marques d'affection auxquelles il était si peu habitué , le recevait toujours avec une joie nouvelle. Barelle lui avait rendu un service inestimable : il avait obtenu quelquefois qu'on laissât entrer dans la salle du billard, où se tenait le Dauphin, la fille de la blanchisseuse du Temple quand elle apportait du linge à la tour*. Cette jeune enfant avait huit ans ; et c'étaient entre le petit Roi captif et la fille de la blanchisseuse de longues parties de jeu autour du billard. Que Ton y songe, depuis ses promenades chez madame de Lède , le fils de Louis XVI n'avait pas joué avec un enfant de son âge ! Aussi avait-il un véritable attachement pour le bon Barelle , qui s'occupait de lui faire plaisir quand tous ceux qui l'entouraient prenaient à tâche de lui faire de la peine. Il calculait d'avance l'époque où devait revenir ce commissaire exceptionnel, et il en prévenait Simon. Un jour, l'enfant obtint de son maître la permission de conserver un poulet pour Barelle, qui, d'après son calcul, devait revenir ce jour-là ; mais il y eut un retard, et le commissaire ne vint au Temple que deux jours après. Dès qu'il entra, le jeune Prince courut au-devant de lui et lui offrit le poulet. Barelle fit quelques difficultés pour l'accepter. Témoin de ce débat, Simon dit au municipal : u Allons, prends-le; il y a deux jours qu'il te le garde. » En même temps il enveloppa le poulet dans une feuille de papier, et Barelle le mit dans sa poche en disant au fils de Louis XVI : u Va , mon pauvre petit , je voudrais bien pouvoir Remporter comme cela dans mon autre poche et te tirer d'ici ! »

Hélas ! parmi tant de commissaires , il n'y avait guère que

* Voir, aux Documents n» IX , les mémoires de la femme Cloûet , blanchisseuse du Temple.

Barelle qui témoignât cette affection à Fenfant; et bientôt la brutalité des autres municipaux lui fit de ce billard, qui lui avait procuré d'abord quelques distractions , une occasion de nouvelles souffrances et de nouvelles avanies.

On aurait pu espérer que ce nouveau genre de récréation , occupant les loisirs du maître et de ses collègues , deviendrait comme une trêve pendant laquelle Fesclave respirerait : ce ne fut là qu'une bien rare exception. Le plus souvent, quand il entre dans cette salle, Fenfant devient Fobjet de la risée et des vexations de chacun des geôliers et des municipaux. Sous prétexte de lui montrer à jouer, tous veulent s'emparer de lui , lui faire essuyer leurs plaisanteries et leurs quolibets. Si sa douceur et les grâces qui lui restent encore parviennent à les désarmer, la municipalité , les jours suivants , est représentée au Temple par ses membres les plus brutaux. Il a beau ne se défendre et ne se plaindre que faiblement, dans la crainte de les irriter, il ne peut échapper à leurs jeux grossiers et à la fantaisie qu'ils ont de le prendre dans leurs bras, de le ballotter dans un nuage de fumée de pipe, et de se le renvoyer ainsi de distance en distance et de bras en bras pour y être secoué et suffoqué. Oui, il a tout cela à souffrir; tout petit qu'il est, il a à recevoir en plein visage les bouffées de tabac et de vin, et jusqu'aux crachats que des fumeurs ivres envoyèrent à la tête de Charles I^** avant que le bourreau la prit. Les choses en vinrent à ce point, que le citoyen La Bazanerie *, commandant de la force armée du poste du Temple, et F économe du Temple, Coru, étrangers à ces jeux cruels, craignant que leur responsabilité ne fût compromise par les dangers que courait le jeune prisonnier au milieu de ces orgies, crurent devoir rendre compte de ce qui se passait au conseil général de la Commune ; et le billard , démonté, alla reprendre sa place dans le garde-meuble. Madame Royale, qui avait été confrontée avec son frère dans cette scène du 7 octobre que nous avons si imparfaitement décrite, savait

* Charpentier de son état , rue Fontaine^u-Roi , faubourg du Temple . et chef de bataillon de cette section.

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