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LIVRE XIII. — L'OEUVRE DE SIMON S'ACHÈVE

comme sa tante que le jeune Prince était extrêmement changé ; mais les idées et les paroles de Fenfant étaient bien plus chan-» gées que sa figure, et c*est sans doute ce changement moral qui avait le plus péniblement frappé sa tante et sa sœur. Les deux Princesses étaient elles-mêmes plus à plaindre que jamais. Toutes les voix se taisaient autour déciles, tous les visages dis* simulaient. Depuis la séquestration de Tison , depuis Farresta* tion de M. Hue, il n^y avait plus pour elles de sympathie au dedans ni d^intelligence au dehors. Courbées avec résignation sous la main de Dieu, elles s^abandonnaient à sa volonté, et ne s'informaient plus de ce qui se passait sur la terre. Cette prison même , où il leur était du moins permis de pleurer ensemble , elles ignoraient que, depuis la mort (également ignorée) de Marie-Antoinette, il était question de la leur enlever. Chaumette avait déjà plusd^une fois représenté cette maison d^ arrêt comme un refuge spécial, exceptionnel, aristocratique, contraire au sentiment d* égalité qui présidait au système du gouvernement et au régime des prisons d^État; mais quelques jours après la suprême torture de la Reine, il crut devoir exprimer plus officiellement ses idées à cet égard, et il fit u sentir au conseil général de la Commune le ridicule de conserver dans la tour du Temple trois individus qui nécessitaient une surcharge de services et des dépenses excessives ' » . La Commune fit droit au réquisitoire de son procureur ^, et résolut de se porter en

1 Voir , aux Documents n*> X , le rapport de Verdier sur les comptes du Temple.

^ Le procureur de la Commune se récrie sur les dépenses énormes que nécessite la garde des individus détenus dans la tour. Il requiert , et le conseil arrête , que , le décadi prochain , il se transportera en masse à la Convention , pour lui demander que les prisonniers du Temple soient renvoyés dans les prisons ordinaires , et traités comme les détenus ordinaires , et que ces individus soient jugés dans le plus court délai.

(Conseil général de la Commune ) séance du 26 brumaire an II , 16 novembre 1793.)

Cette résolution fut renouvelée cinq jours après :

■ Le conseil général arrête que , le quintidi prochain , il se transportera en masse à la Convention , pour lui demander à être déchargé de la garde du

masse à la Convention, pour demander la translation des détenus du Temple dans les prisons ordinaires et leur asservissement au traitement uniforme de tous les prisonniers. Plus circonspect que la municipalité, le comité de salut public n* adopta point sans examen la mesure proposée : il manda Chaumette, écouta ses raisons, les combattit, et maintint dans ses privilèges cette dure prison que la Commune révolutionnaire chicanait aux enfants des rois émancipateurs des communes.

Repoussée de ce côté, la municipalité de Paris essaya de prendre sa revanche sur un autre terrain ; elle fit de nouveau les perquisitions les plus rigoureuses dans les appartements du Temple , avec Tespoir d'y découvrir quelques papiers ou quelques objets qui compromissent Madame Elisabeth; elle n'y trouva rien qui pût servir même de prétexte à une accusation. N'importe , il n'était pomt d'obstacles qu'elle ne fût capable de franchir pour arriver à l'accomplissement de ses desseins , et ce fut encore au malheureux orphelin abandonné, abattu, écrasé, qu'on s'adressa, calomniant l'enfant pour calomnier et tuer la tante, descendant à des bassesses et à des manœuvres telles, que l'histoire des tyrannies humaines n'en présente point un second exemple. Mais Simon et sa femme furent cette fois' bien autrement embarrassés qu'ils ne l'avaient été dans la machination ourdie et pratiquée contre la Reine. L'initiative et les conseils d'Hébert leur manquaient; ils n'avaient pas même la rédaction de Daujon, et le procès-verbal que, seuls, ils firent dresser aux municipaux, se ressentit de l'absence de complices aussi habiles. Voici ce document, cette fois plus absurde que révoltant, daté du 5 brumaire an II (26 octo-^ bre 1793).

Temple ; et que les prisonniers qui y sont détenus soient transférés dans les prisons ordinaires, et charge Legrand de faire une pétition à cet égard. (Séance de la Commune du 1" frimaire an II, 21 novembre 1793.)

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