LIVRE XIII. — L'(»:UVRE DE SIMON S'ACHEVE
tt Gejourd^hui 13 frimaire, Tan II de la République une et indivisible, nous, commissaires de la Commune, de service au Temple, sur Tavertissement à nous donné par le citoyen Simon, que Charles Capet avait à dénoncer des faits qu'il nous importait de connaître pour le salut de la République, nous nous sommes transportés , quatre heures de relevée , dans lappartement dudit Charles Capet, qui nous a déclaré ce qui suit :
n Que, depuis environ quinze jours ou trois semaines, il entend les détenues frapper tous les jours consécutifs , entre six heures et neuf heures; que, depuis avant-hier, ce bruit s^est fait un peu plus tard , et a duré plus longtemps que tous les jours précédents ; que ce bruit paraît partir de F endroit cor> respondant au bûcher ; que , de plus , il connaît , à la marche qa*il distingue de ce bruit , que , pendant ce temps , les détenues quittent la place du bûcher par lui indiquée, pour se transporter dans Fembrasure de la fenêtre de leur chambre à coucher, ce qui fait présumer qu^ elles cachent quelques objets dans ces embrasures ; il pense que ce pourrait être de faux assignats , mais qu^il n^en est pas sûr, et qu^ elles pourraient les passer par la fenêtre pour les communiquer à quelqu'un.
0 Ledit Charles nous a égalenient déclaré que, dans le temps qu*il était avec les détenues , il a vu un morceau de bois garni d^une épingle crochue et d'un long ruban, avec lequel il sup^ pose que les détenues ont pu communiquer par lettres avec feu Capet.
yy Et de plus , que ledit Charles se rappelle qu'il lui a été dit que , s'il descendait avec son pjëre, il lui fît ressouvenir de passer tous les jours , à huit heures et demie du soir, dans le passage qui conduit à la tourelle , où se trouve une fenêtre de l'appartement des détenues.
» Charles Capet nous a déclaré de plus qu'il était fortement persuadé que les détenues avaient quelques iqtelligences ou correspondances avec quelqu'un.
» De plus , nous a déclaré qu^il avait entendu lire dans une lettre que Cléry avait proposé à feu Gapet le moyen de correspondance présumé par lui déclarant; que Capet avait répondu à Cléry que cela ne pouvait se pratiquer, et que cette réponse n'avait été faite à Cléry qu'à la fin qu'il ne se doutât pas de ladite correspondance.
» Déclare qu'il a vu les détenues fort inquiètes, parce qu'une de leurs lettres était tombée dans la cour.
" Ayant demandé au citoyen Simon s'il avait co/inaissance du bruit ci-dessus énoncé, il a répondu qu'ayant l'ouïe un peu dure il n'avait rien entendu; mais la citoyenne Simon, son épouse , a confirmé les dires dudit Charles Capet relativement au bruit.
» Ledit citoyen Simon nous a dit que , depuis environ huit jours , ledit Charles Capet se tourmentait pour faire sa déclaration aux membres du conseil.
') Lecture faite auxdits déclarants , ont reconnu contenir vérité, et ont signé ledit jour et an que dessus.
5> Signé : Charles Capet, Simon, femme Simox, RE^Y, Séguy, Robin, Sillans. »
Ici en vérité l'invraisemblable arrive trop grossièrement à l'absurde. On prétend que Charles Capet avait à dénoncer des faits qu'il nous importait de connaître pour le salut de la République! c'est ce pauvre enfant de huit ans qui prend l'initiative. Il a entendu sa mère (car il la croit encore dans l'appartement au-dessus de lui), sa sœur et sa tante, frapper tous les jours entre six et nçuf heures, et, les deux derniers jours, ce bruit s'est fait plus tard et a duré plus longtemps ! Il a entendu pendant trois semaines ce bruit, et les gardes nationaux placés en faction à la porte de chaque étage , et les geôliers faisant leur ronde matin et soir, et Simon si habile à être instruit de tout ce qui se passe au Temple , et enfin les commissaires en permanence d$ms l'appartement des détenues n'ont rien entendu! Tous ces argus du Temple, si attentifs à tout voir, à