LA PIETE FILIALE
Kh quoi ! ta pleares , 6 ma mère!
Dans tes regards fiséi sar moi Se peignent l'amour et l'effroi :
J'y vois ton Ame tout entière.
Des maux que ton fils a soufferts Pourquoi te retracer l'image?
Puisque ma mère les partage , Puis-je me plaindre de mes fers?
D«s fers? ôLoois! ton courage Les ennoblit en les portant.
Ton fils n'a plus , en cet instant , Que tes vertus pour héritage.
Trdne , palais , pouvoir, grandeur.
Tout a fui pour moi sur la terre ; Mais je suis auprès de ma mère , Je connais encor le bonheur.
Un jour, peut-être Tespérance
Doit être permise au malheur; Un jour, en faisant son bonheur.
Je me vengerai de la France.
Uq Dieu favorable à ton fils Bientôt calmera la tempête !
L'orage qui courbe leur tête Ne détruira jaipais les lis.
Hélas! si du poids de nos chaînes Le ciel daigne nous affranchir, Nos cœurs doubleront le plaisir Par le souvenir de nos peines.
Ton fils, plus heureux qu'aujourd'hui Saura , dissipant tes alarmes , Effacer la trace des larmes Qu'en ces lieux tu verses ponr lui.
A Madame Elisabeth.
Et toi , dout les soins , la tendresse , Ont adouci tant de malheurs.
Ta récompense est dans les cœnrs
Qne tn formes à la sagesse
Ah ! souviens-tui des derniers vœux Qu'en mourant exprima ton frère ; Reste toujours près de ma mère , Et ses enfants en auront deux.
^ Quelques souvenirs et notes fidèles , etc. , déj'à cités.
de Marie- Antoinette : « Vous avez chanté hier, lai dit-il,
jioos avez fait chanter vos enfants ; sans doute ce n'étaient que
romances , car vous n'avez jamais su de chansons patrio-
es. Je parie même que vous seriez incapable d'exéculer
ne des Marseillais. » La Reine, sans répondre, se lève,
s^asseoir au piano et joue Tair de la Marseillaise. c< Ltes-
satisfait? » dit-elle alors à rofficier municipal. Celui-ci ne
î répondant que des choses insignifiantes, u Au moins , mon-
r, reprend-elle avec douceur et en se levant , vous devez
loaer ma complaisance ^ »
La voix du jeune Prince avait peu d'étendue, mais elle avait in timbre charmant. La Reine se plaisait à cultiver en lui ce t naissant, comme à lui faire continuer ses autres études. Tniquement. occupée de ses enfants, elle bénissait le ciel du repos que ses ennemis lui laissaient dans Faccomplissement 4 sa tilche maternelle. Elle était, sous ce rapport, parf atteint sent secondée par Madame Elisabeth. Ces deux sœurs, disons (^ ,tts deux mères, au milieu de leurs malheurs ravivés sans cesse par de nouvelles blessures , retrouvaient un peu de joie et de bonheur dans leur amour pour leurs deux enfants (quoique cet amour leur rendît plus poignant peut-être le sentiment de leurs périls) : leur fille , déjà Fâme ouverte aux regrets et aux inquiétudes, mais déjà forte, résignée, et commençant avec courage son sublime apprentissage du malheur; et, près d'elle, son petit frère, ranimant tout de son sourire et de sa parole ! La sollicitude de la Reine el de Madame Elisabeth à l'égard de cet enfant s'étendait à tous les soins. L'espoir qu'elles avaient eu de voir Cléry reprendre son service
' Cette petite anecdote, que daos ses Recherches historiques sur le Temple, M. E. J. J. Barillet place au commencement du séjour de la famille royale vk Temple, se trouve ici à 8a date. La Reine n'avait pas de piano dans la petite toor, et on se souvient qu'elle ne commença à faire usage de celui-ci qne lorsqu'il eut éié réparé, le 10 décembre, par les ordres de Lepitre et Tonlan.
Gomin. d'après les souvenirs qu'il avait recueillis, prétendait savoir que l'iolerloculeur de la Reine en cette circonstance se nommait Alexandre- Jean - Baptiste Jon , épicier rue Saint-Denis, section de Bon-Conseil.
auprès du jeune Prince s'était évanoui*. Les deux institutricej-rE suppléaient, par les ressources qu'elles avaient en elles-mêmes, ,r^ à Tabsence des éléments d'instruction nécessaires. Sous leut yj direction, l'enfant reprit toutes les leçons que son père lui y donnait : l'écriture, la géographie, l'histoire, eurent leurs^ heures accoutumées. Ce fut la Reine qui se chargea de déve^ , lopper dans l'esprit de son fils les premières notions du latin/ . On sait que Marie-Antoinette , comme la plupart des archidu-, ^ chesses d'Autriche, avait appris la langue des Césars. L'his-'., toire en conserve un témoignage écrit de la main même de j. cette princesse : sur un exemplaire du plaidoyer de de Sèze, j imprimé dans les derniers jours de 1792*, et remis aux prisonnières du Temple vers la fin de janvier 1793 , on lit ces mots tracés par la veuve de Louis XVI et empruntés au verset 14 du chap. xviii de l'Evangile de saint Jeaii : Oportet ununi mori pro populo^.
Quant à l'éducation proprement dite, jamais enfant ne fut placé à meilleure école, jamais plus nobles exhortations, jamais conseils plus généreux, jamais exemples plus magnanimes. Le pardon des injures, recommandé par le père mourant, était journellement mis en pratique par les deux tutrices, toujours prêtes à .excuser leurs persécuteurs et à les représenter égarés moins par le mouvement de leur cœur que par le vertige que donne la fièvre des révolutions. Dans les lectures de l'histoire de France que faisait chaque jour leur élève, elles saisissaient l'occasion d'exalter les nobles actions, les beaux exemples de clémence, d'héroïsme, et de flétrir l'injustice et la tyrannie. Plus d'une fois , les leçons des deux Princesses
* Commune de Paris. — Sëance du jeudi 28'février 1793.
Le conseil général arrête que Cléry sortira du Temple dans les vingt-quatre heures ; qu'il remettra aux commissaires du Temple les effets dont il est dépositaire, et que ses appointements lui seront payés jusqu'au jour de sa sortie . qui sera consignée sur les registres de la commission.
^ Bibliothèque de Saint-Germain en Laye. E. 2. z.
^ Dans le texte sacré il y a expedit. La Reine y substitua ce que Bossuet appelle quelque part le terrible oportet.
Klivillèrent une certaine émotion dans le cœur des 'commises, aussi surpris des observations des institutrices que de irBigrave attention de Tenfant aies saisir et à les appliquer. Cet "■jMfignement moral se prolongeait jusque dans les récréations ; ^■■jenx avaient aussi leur utilité, et suggéraient souvent desaires réflexions.
Si les rangs des amis de la Reine et de son fils s^éclaircis-
Dent par Témigration , si de nobles cœurs ou de faibles es-
rits, que je n'ai pas à juger, crurent devoir suivre à Tétranger
Princes de la maison royale , et préférèrent les maux cer-
tÎDsde Fexil à une mort éventuelle sur le seuil de leur propre
fc]icr; d'autres, mieux inspirés peut-êtr8, restèrent, comme
Hine, au pied du volcan, au risque d^étre suffoqués par les
lammes. Au milieu même de Tincendie, la peur ne pouvait
coDtenir dans les âmes dévouées la sympathie pour la royauté
BuUieureuse et déchue. Les femmes surtout, dont les élan%
sont si généreux, justement soulevées contre l'oppression ini-
fie, protestèrent dans Tombrepî^r leurs prières, et, quand il
b fallut y par un cri fidèle sur Téchafaud. Les vieux sentiments
k loyauté française se retrouvaient encore, comme nous
l'avons pu voir, jusque dans les commissaires préposés à la
iorveillance du Temple. Parmi ceux-ci, Thistoire doit garder
SBitout le nom de Toulan, ce franc républicain, gagné à la
ciase royale par le spectacle de la patience et du courage de
Il Reine de France prisonnière. C^est lui qui conçut le projet
^ faire évader du Temple cette Princesse avec ses enfants. 11
ki soumit son plan , dont la hardiesse plut à la Reine , qui ne
ïoalut point, toutefois, F adopter avant qu'il eût reçu Fappro-
hlion d'un homme grave et habile qui s'était montré digng
k plusieurs missions secrètes et importantes que Louis XVI
loi avait confiées-: c'était le chevalier de Jarjayes, maréchal de
eamp , mari d'une des premières femmes de la Reine , et qui,
dans l'espérance d'être utile à ses bienfaiteurs, n'avait pas
Foulu renoncer au séjour périlleux de Paris. Marie-Antoinette
donna donc à Toulan un mot pour cet officier général, qui
20 LOUIS XVll.
écouta avec confiance le fidèle messager et examina son plài '
. .'fil avec sagesse.
Après deux longues conférences, la possibilité du succè! *""
reconnue, il devint indispensable d^ admettre dans le secret dl^
Tentreprise un second commissaire du Temple. Mais où trouve! *
parmi les municipaux un homme dévoué et prêt au sacrifie? '
de sa vie? On Ta deviné : ce dangereux honneur apparlenaS^ de droit à Lepitre. Dans une troisième conférence, où celui-cî ! fut appelé, le plan fut arrêté : M. de Jarjayes se chargea dé'*'^' faire confectionner des habits d'homme pour la Reine et pour * Madame Elisabeth, et les deux municipaux s'engagèrent à introduire ces habits dans la tour, en les portant eux-mêmes ' sous la pelisse qu'ils avaient l'habitude, l'un et l'autre, de^ mettre par-dessus leur vêtement. Les deux Princesses devaient, "= à l'aide de ce déguisement, rehaussé de l'écharpe tricolore,^ Sortir munies de cartes , telles que les avaient les commis-' saires et toute personne autorisée à entrer au Temple. Jusque- ' là, tout paraissait d'une exécution simple et facile ; mais l'évasion des deux enfants offrait des difficultés presque insurmontables. ^ Louis XVH surtout était tellement surveillé , qu'il était presque impossible d'opérer sa délivrance. Un moyen pourtant fut trouvé : le génie du dévouement est un grand faiseur de miracles. Il y avait un brave homme du nom de Jacques, qui venait chaque matin nettoyer les quinquels et les réverbères, et, chaque soir, revenait les allumer. Il était ol*dînair6ment accompagné et aidé dans son travail par deux enfants à peu près de l'âge et de la taille des enfants de la Reine. La prudence ne permettait pas d'essayer de mettre dans la confidence cet ouvrier étranger, qui dans ses fonctions subalternes , muet et en tout fidèle à sa consigne , n'échangeait jamais deux mots avec les employés du Temple, auxquels il était resté presque entièrement inconnu. Mais voici ce qu'on imagina. Cet homme rem- ^ plissait son office entre cinq et six heures ; son dernier réverbère était allumé et lui-même était toujours sorti du Temple lorsque, à sept heures sonnantes, les sentinelles étaient rele- '
If
i« it
. Après son départ et le renouvellement des factionnaires , m bomme accoutré comme le lampiste , passant à la faveur fooe carte d* entrée sous Toeil des premiers guichetiers, serait
ivé , sa boîte de fer-blanc au bras , à T appartement de la
ine; et là gourmande hautement par Toulan de n'être pas mm lui-même iirranger ses quinquets , il eût reçu de la main lie celui-ci les deux enfants ,* que ce père ouvrier était censé •loir envoyés pour faire sa besogne à sa place. Le prétendu iunpiste serait sorti alors avec ses deux jeunes apprentis , et ioQs trois auraient gagné le coin des boulevards, où ils auraient trouvé M. de Jarjayes.
Ce plan concerté , il fallait s'adjoindre un nouveau confident 4igDe d'entrer dans cette sainte conspiration, et déjouer le rôle important du lampiste. Toulan proposa un de ses amis , bomme discret et courageux, qui fut agréé et qui accepta liée enthousiasme sa part de dévouement et de péril. Ce BOQvel adepte, aussi déterminé que les chefs du complot, se nommait Ricard, et était inspecteur des domaines nationaux.
Toulan devait présider plus spécialement à toutes les dispositions de l'évasion de la tour, et Jarjayes à toutes celles de h fuite hors du territoire français. Celui-ci s'était, à cet effet, assuré de trois cabriolets, qui, à l'heure dite et au lieu'con- Tenu, se seraient trouvés attelés de vigoureux chevaux. La ïeine et son fils seraient montés dans la première de ces voitures, conduite par M. de Jarjayes; Madame Royale, dans la seconde , conduite par Lepiti e , et Madame Elisabeth , dans la troisième, conduite par Toulan. Ricard, une fois son office rempli, rejetant son travestissement, serait rentré chez lui , SiDS que personne eût pu soupçonner la part heureuse qu'il venait de prendre à un événement qui allait occuper la ville, la France et l'Europe , tandis que ses complices , forcés de brûler leurs vaisseaux, auraient atteint la frontière avec la proie conquise par leur zèle libérateur.
Tout semblait assurer le succès de l'entreprise : l'argent nécessaire , les passe-porls bien en règle , délivrés par Lepitre
22 LOUIS XVll.
iui-méme/présîdent de la commission des passe-ports à lion de police, et enfin les incidents calculés de manière ne pouvait se mettre à la poursuite des prisonniers qu des heures après leur départ.
Il avait d^abord été question de se diriger vers la V* qui commençait à se soulever; mais on comprit que ce là qu^un asile au milieu d^un camp , et que si Ton ap un puissant auxiliaire à l'élan de Tarmée royaliste, créerait aussi des difficultés nouvelles. M. de Jarjayes s gea à ce dernier avis, et fut, par l'entremise de Toulai prouvé de la Reine , qui avait plus d'amour que d'ami et qui préférait préserver la tête que la couronne de s faut*. Il fut donc décidé qu'on gagnerait les côtes de h mandie , qui offrait une distance moins grande et des ob moins multipliés. Jarjayes s'assura des moyens de pas Angleterre; un bateau se tint à sa disposition sur un pc la côte , près du Havre. Enfin les mesures propres à d les plus mauvaises chances du sort étaient prises ; mais talité qui précipitait vers l'abîme la vieille maison de F devait être plus ingénieuse que les prévisions de l'hon plus iorte que tous ses efforts. Si Toulan et Jarjayes e été chargés de conduire la famille royale à Varennes, je i nul doute qu'ils n'eussent réussi à la mettre à l'abri d ger; mais d'autres, aussi dévoués peut-être, quoique éclairés ou moins habiles , eurent la conduite de ce f voyage. C'est ainsi que tout allait depuis quelque tenip: cette famille marquée du sceau du malheur. L'entrepri: devait la perdre s'effectuait, celle qui devait la sauver i pas lieu.
Voici ce qui y mit obstacle : le 8 mars était le jour fi\i l'évasion. Le 7, il y eut dans Paris un soulèvement pi général, excité, d'une part, par la rareté des subsistanc( de l'autre, par les nouvelles des progrès rapides de l'étr; Après une bataille sur la Rœhr, où ils avaient été d'abandonner leurs cantonnements, les Français avaient <
iâ-Ia-Chapelle et levé le siège de Maëstricht, laissant derrière n plus de quatre mille morts sur la place. Après un autre iDj)at non moins sanglant, les Autrichiens avaient repris la 3e de Liège. Le sang de la France, alors qu^elle est blessée les extrémités, lui reflue toujours au cœur. Paris s*émut, ris s'exalta , excité , dans la double appréhension de Tinva- •0 et de la disette , par les Montagnards , qui avaient résolu faire massacrer, au sein même de la Convention, les Giidins et tous ceux qui opposaient de la résistance à leurs )jets, et surtout à la création d'un tribunal révolutionnaire, ur juger les conspirateurs sans appel. La gravité des ciristances appelait des hommes extrêmes; les Montagnards, i comprenaient cette situation, avaient résolu d'en profiter, évenus à temps , les députés menacés ne se rendirent point a séance de la nuit du 9 au 10 mars, où ce décret fut voté. os la même séance , la Convention ordonnait de traduire à barre les généraux Steingel et Lanoue, accusés de trahison is la déroute d'Aix-la-Chapelle. Des envoyés de la Conven- II nationale allaient dans les départements pour y proclamer nouveaux dangers de la patrie. Les sections avaient dédné leurs agitateurs , qui , chaque jour, à chaque instant , se 'taient au conseil de la Commune, et demandaient à grands 5 la clôture des barrières , pour empêcher la sortie des susts, c'est-à-dire de ceux qui voulaient se soustraire à des lois sang , aux visites domiciliaires , ou au contingent imposé à \illé de Paris dans la levée de trois cent mille hommes orinée le 24 février. Malgré les clameurs et les menaces , le iseil se borna à suspendre la délivrance des passe-ports à ranger, déclarant que, jusqu'à ce que la Convention en doit autrement , les barrières resteraient ouvertes , la loi dédant, sous peine de mort, de les fermer sans ses ordres, près le compte que Pache, maire de Paris, et le général iterre rendirent ce même jour à la barre de la Convention , icernant la situation de la capitale, les portes de la ville lèrent libres.
24 LOUIS XVll.
Mais cette agitation de la rue avait éveillé la sollicitude d- , pouvoir, et provoqué ses surveillances. Rien ne remuait autott ^^ de lui sans que son attention inquiète se portât d'abord sur I |^ Temple. L'entreprise de Toulan ne put donc être tentée av.u jour indiqué : trop de regards ennemis, trop d'oreilles jalouse.;, veillaient aux abords et jusque dans les cours de cette prisoi^ d'État.
Les jours qui suivirent amenèrent les mêmes mouvements e. offrirent les mêmes dangers. Le 12 mars le général Dumouries. dont la conduite était aussi traitée de trahison , était dénond par une section de Paris* à la justice vengeresse de 1^ Convention. Le 13, pour la première fois, la Vendée, qui fermentait depuis quelque temps, leva ostensiblement la tête, et jeta ce cri qui devait, en se répétant, troubler souvent le sommeil des dictateurs. Et, d'ailleurs, le tour de service au Temple de Toulan et de Lepitre ne devant plus revenir que dans quelques jours , tout projet de tentative se trouva forcément suspendu.
En arrivant le 8 à la tour, Toulan avait trouvé la famille royale assez agitée. Depuis la veille, les clameurs de la grande ville bourdonnaient autour du Temple; les prisonnières neconnaissaient pas la cause de ce tumulte, et elles craignaient d'apprendre quelque malheur auquel se trouveraient mêlés les nobles amis qui se dévouaient à leur délivrance. L'entrée de Toulan les rassura, et la joie de savoir que nul n'était compromis pour elles fut plus vive que le chagrin de voir se prolonger leur captivité. " J'aurais été désolée, lui dit la Reine, de quitter ce séjour sans en emporter quelques objets qui nie sont précieux , et qui m'ont été légués par une main qui me fui chère et qui m'est sacrée. Je veux parler de l'anneau nuptial et du cachet que le Roi portait toujours, et qu'il avait chargé Cléry de me remettre avec les cheveux de ma sœur et de mes enfants '. « Toulan ne répondit rien ; mais il savait que
* La section Poissonnière.
' L'alliance était un anneau d'or ouvrant et portant au dedans cette inscription : M. A. A. A., 19 aprilis 1770, jour des fiançailles, à Vienne, de
.IVRE XI. — LOUIS XVIJ SÉPARÉ DK SA ilÉUV.. .!.'>
kt manicipaui avaienl exigé de Cléry, lorsqu'il fut rendu à la iberlé, dans le courant de février, la remise des effets dont le CoBseil de la Commune l'avail laissé dépositaire le 21 Janvier ; et que ces effets , parmi lesquels se trouvaienl ceux dont par- Marie -Antoinette, avaient été placés sous les scellés dans l'appartemeiit du feu Roi. Le lendemain , avant sa sortie du Temple , Toulan apportait à la royale veuve les objets qu'elle niil désirés : il avait eu le temps et l'adresse d'en faire faire J'i peu près semblables el de les substituer aux premiers, 'il avait reltrésde dessous les scelles. Assurément, la Reine de France, dans tout l'éelal de sa gloire h Versailles, n'ei'it pmnl été servie avec tant de zMé el d'habilelé : le dévouement deeœur fait plus de prodiges que rintérêl égoïste ou l'admiraiion banale du courtisan, qui répond aux reines, dans les joars de leurs prospérilés , quand elles demandent quelque chose : "Si c'est possible, c'est fait; si c'est impossible, ça ce
Le système de l'intimidation se développait de toutes parts.
Dauphin .on doigl.
il tliarg*
(Urj de le remol
Le ochel éuii riiu! portiit gravé t' Million de Fr ième U titt da Dauphin casquée.
Autrïdie. el de Louii-Augu:
lail loujouri porté rel aaneai;
n lui diuDl na'il l'en lipara,
Il do te «épare
26 LOUIS XVll.
Le jeudi 14 mars, la Convention ordonnait au tribunal révolutionnaire de juger par contumace les frères de Louis XVI ; '"^ le 18 elle décrétait la démolition des châteaux des émigrés et ^^' le partage des biens nationaux. Cependant Jarjayes et Toulan ^ ne renonçaient pas à leur généreux projet. Ils guettaient ett^^ silence, avec une incessante et inquiète attention, le moment' où ils pourraient le mettre à exécution. Malheureusement, "^t chaque jour amenait quelque événement qui ne faisait qu'ap- ^ porter plus de vigilance dans la garde du Temple, et, çn par- i ticulier, dans la surveillance de l'enfant royal. C'eût été'' imprudence, folle, pour ainsi dire, de tenter une évasion ' devenue presque impossible. Les vertueux conspirateurs ne se laissèrent point aveugler par le désir d'une bonne action , ils ' résolurent froidement de limiter leur entreprise aux bornes du possible, et concentrèrent leur pensée de délivrance sur la ^ Reine et sur Madame Elisabeth , dont la sortie du Temple offrait des difficultés moins insurmontables. Mais comment * décider ces deux mères à se séparer toutes deux de leurs : enfants? La chose ne pouvait être essayée. On connaît le dévouement de Madame Elisabeth : cette belle âme était trop grande pour ne pas s'oublier elle-même en toute occasion; c'était l'expression la plus pure de cette candeur naïve, de celte affection sainte que Raphaël a donnée à la mère de Jésus : grâce angélique , sérénité chrétienne , que l'antiquité ne soupçonna pas. Elle épuisa l'éloquence de son amour à persuader à sa sœur qu'il était de son devoir de profiter des ressources qui lui restaient encore pour échapper à ses ennemis ; elle lui fit comprendre que ses jours pouvaient être menacés , tandis que ceux de ses enfants et les siens mêmes n'étaient exposés à aucun danger. Elle osa, pour la décider, faire entendre à son oreille tous les bruits imprégnés de l'exagération populaire, mais qui cependant arrivaient au vrai lorsqu'ils exprimaient l'animosilé publique excitée contre la Reine. M. de Jarjayes envoya lui-même à Marie-Antoinette ses supplications les plus vives pour l'engager à se prêter à l'exécution du nouveau
projet dont Toulan lui apportait tous les détails. Dans ce noufçin plan , c^était toujours le fidèle Toulnn , et lui seul cette fois, qui se chargeait de faire sortir du Temple la royale pri- Monière , et de la conduire dans un lieu sûr où elle aurait reneoiitré Jarjayes; celui-ci, de son côté, avait pris des mesures qui semblaient mettre cette auguste tête à Fabri de toute atteinte. Les prières si tendres de Madame Elisabeth, le zèle n chaleureux de Toulan , entraînèrent enfin la Reine : elle approuva le plan et promit de s'y conformer. Le jour fut pris , le jour arrivait... La veille au soir, la mère et la tante étaient assises auprès du lit de Tenfcint endormi. Madame Royale était aussi couchée , mais la porte de sa chambre était ouverte, et la jeune Princesse, toute préoccupée de Tair triste et rêveur qu'elle avait vu toute la journée à sa mère , n'avait point encore fermé les yeux. Elle entendit ainsi les paroles que plus tard eUe nous a répétées. Résolue au sacrifice qu'on lui demandait, la Reine donc était assise auprès du lit de son fils : u Dieu veuille que cet enfant soit heureux! dit-elle, — Il le sera, ma MBur, n répondit Madame Elisabeth en montrant à la Reine la figure naïve, ouverte, douce et fière du Dauphin, u Toute jeunesse est courte comme toute joie, » murmura Marie- Antoinette avec un serrement de cœur indicible ; « on en finit avec le bonheur comme avec autre chose! » Puis, se levant, elle aiarcha quelque temps dans sa chambre en disant : u Et vousmême, ma bonne sœur, quand et comment vous reverrai-je ?. . . C'est impossible! c'est impossible! « La jeune Marie -Thérèse ne comprit d'abord pas ces paroles, dont le sens lui fut expliqué plus tard. La Reine renonçait , en ce moment , à profiter de la porte que Toulan devait lui ouvrir le lendemain. Son parti était irrévocablement pris : l'amour de ses enfants était plus fort que toutes les considérations, plus fort que les prières de sa sœur, que l'instinct de sa propre conservation , que la parole donnée au dévouement de ses courageux amis. Mais, se reprochant comme un manque de foi la promesse faite à ceuxci, et qu'elle ne voulait plus tenir, elle sentit qu'elle devait
une réparation h ces âmes généreuses, décidées à s'exposer pour elle. Le lendemain, le municipal Toulan arriva, tout ému de Tidée de la grande action qu'il allait accomplir. Dès qu'il fut possible de lui parler, Marie-Antoinette lui dit : « Vous allez m'en vouloir, mais j'ai réfléchi; il n'y a ici que danger : vaut mieux mort que remords. » Plus tard, elle lui dit encore ces paroles , dont se souvenait Toulan en montant à Féchafaud, le 30 juin 1794: « Je mourrai malheureuse si je n'ai pu vous prouver ma gratitude. — Et moi, madame, bien malheureux, si je n'ai pu vous montrer mon dévouement. « Hélas ! pour ces deux nobles cœurs la justice fut égale : le dévouement et la gratitude obtinrent la même récompense. Il y avait dans ce temps -là un lieu où se rencontraient toutes les vertus : l'échafaud.
La Reine voulut aussi remercier M. de Jarjayes et lui expliquer les motifs de son refus. Elle lui écrivit de sa main le billet suivant, qu'elle chargea Toulan de lui remettre; billet admirable, que M. Chauveau-Lagarde fit, le premier, connaître dans sa Note historique sur les procès de Marie- Antoinette et de
Madame Elisabeth,
a Nous avons fait un beau rêve. Voilà tout. Mais nous y avons beaucoup gagné , en trouvant dans cette occasiofi une nouvelle preuve de votre entier dévouement pour moi. Ma confiance en vous est sans bornes. Vous trouverez toujours en moi du caractère et du courage ; mais l'intérêt de mon fis est le seul qui me guide. Quelque bonheur que f eusse éprouvé à être hors d'ici , je ne peux consentir à me séparer de lui. Je ne pourrais jouir de rien sans mes enfants, et cette idée ne me laisse pas même un regret, »
La Reine , comme frappée d'une sinistre prévision , dit encore à Toulan : « D'après ce qui se passe , je puis d'un instant à l'autre me voir privée de toute communication. Voici l'alliance, le cachet et le petH paquet de cheveux de ma famille, que je dois à vous seul d'avoir recouvrés. Je vous charge de les déposer entre les mains du chevalier de Jarjayes, en le
priant de les faire parvenir à Monsieur et au comte d^Artois , aînsî que des lettres que ma sœur et moi nous venons d^écrire à Ms frères*. «
Dépositaire de ces messages vers la fin de mars, M. de Jar> ^jes ne put les faire parvenir à leur destination que dans les premiers jours de mai : le cachet et le paquet de cheveux à Monsieur, et Tanneau et les cheveux de Louis XVI au comte d^Artois «.
• Le billet de la Reine adresse à Monsieur était ainsi conçu :
• Ayant un être fidèle su^ lequel nous pouvons compter, j'en profite pour eofoyer à mon frère et ami ce dépôt qui ne peut être confié qu'entre ses Buins. Le porteur vous dira par quel miracle nous avons pu avoir ces prédeax gages ; je me réserve de vous dire moi-même un jour le nom de celui qai nous est si utile. L'impossibilité où nous avons été jusqu'à présent de pouvoir vous donner de nos nouvelles , et l'excès de nos malheurs , nous fait Knlir encore plus vivement notre cruelle séparation ; puisse-t-elle n'être pas ingne ! Je vous embrasse , en attendant , comme je vous aime , et vous savez ^ c'est de tout mon cœur. > M. A. »
Au bas de ce billet, Marie-Tbérèse écrivit ces deux lignes :
■ Je suis chargée pour mon frère et moi de vous embrasser de tout notre «BUT. » M. T. ■
Voici le billet adressé par la Reine au comte d'Artois :
• Ayant trouvé enfin le moyen de confier à notre frère un des seuls gages i|ai nous restent de l'être que nous chérissions et pleurons tous , j'ai cru que voDi séries bien aise d'avoir quelque chose qui vînt de lui ; gardez-le en signe de l'amitié la plus tendre, avec laquelle je vous embrasse de tout mon cœur.
Madame Elisabeth écrivait à Monsieur :
■ Je jouis d'avance du plaisir que vous éprouverez en recevant ce gage de famitié et de la confiance; être réunie avec vous et vous voir heureux est tout ce que je désire : vous savez si je vous aime. Je vous embrasse de tout non cœur. » E. M. •
Et au comte d'Artois :
I Quel bonheur pour moi , mon cher ami , mon frère , de pouvoir, après un si long espace de temps, vous parler de tous mes sentiments ! Que j'ai souffert fieor vous ! Un temps viendra, j'espère, où je pourrai vous embrasser, et vous dire que jamais vous ne trouverez une amie plus vraie et plus tendre que ■oi; vous n'en doutez pas, j'espère. «
^ Voici comment fut remplie cette mission :
M. de Jarjayes se rendit d'abord à Turin, où le roi de Sardaigne le retint, et l'employa auprès de sa personne. C'jest ce prince qui envoya lui-même à Monsieur, par un courrier extraordinaire, les dépêches de M. de Jarjayes.
Ce mois de mars qui finissait avait vu naître contre la marche -à du gouvernement révolutionnaire une vive opposition dont les f-'c chefs siégeaient au sein même de la Convention et à la tête des tiu armées. Les rois qui faisaient la guerre à la France se parla- s geaient les plus belles provinces de la Pologne; les peuples. i agités se levaient; les torches de la guerre civile s'allumaient' dans nos départements : la plaie ouverte par le régicide du 21 janvier s^élargissait de jour en jour.
Le i«' avril, le Midi s'était laissé entraîner à l'appel de FOuest, et les acclamations de Beaucaire répondaient aux canons des Sables-d'Olonne. Le même jour, de nouvelles mesures de pré- .i caution étaient prises par la Commune ^ Le 2 avril , un décret ^j^
Monsieur ëcrivit de sa main à M. de Jarjayes une lettre datée de Hamm , le 14 mai 1793, dans laquelle il lui exprime ainsi ses sentiments : ^^
« Vous m'aves procure le bien le plus précieux, que j'aie an monde, la s seule véritable consolation que j'aie éprouvée depuis nos malheurs.
» Combien leur billet et l'autre gage de leur amitié, de leur confiance, ont pénétré mon cœur des plus deux sentiments!...
» Je ne puis qu'approuver les raisons qui vous font rester en Piémont. Continues à servir notre jeune et malheureux Roi , comme vous avez servi le firère que je pleurerai toute ma vie. >
* Municipalité de Paris.
Extrait du registre des délibérations du conseil général du l*' avril 1793 ,
//* de la République.
« Sur le réquisitoire du procureur de la Commune ,
> Le conseil général arrête :
• l<* Qu'aucune personne de garde au Temple ou autrement ne pourra y dessiner quoi que ce soit ; et que si quelqu'un est surpris en contravention au présent arrêté, il 8?ra sur-le-champ mis en état d'arrestation, et amené au conseil général, faisant en cette partie les fonctions de gouverneur.
» 2« Enjoint aux commissaires du conseil de service au Temple de ne tenir aucune conversation familière avec les personnes détenues , comme aussi de ne se charger d'aucune commission pour elles.
> 3<* Défenses sont pareillement faites auxdits commissaires de rien changer ou innover aux anciens règlements pour la police de l'intérieur du Temple.
> 4fl Qu'aucun employé au service du Temple ne pourra entrer dans la tour. » 5** Qu'il y aura deux commissaires auprès des prisonniers.
» 6<* Que Tison ni sa femme ne pourront sortir de la tour, ni communiquer avec qui que ce soit du dehors.
> 1" Qu'aucun commissaire au Temple ne pourra envoyer ou recevoir de lettres, sans qu'elles aient été préalablement lues au conseil du Temple.
» 8o Lorsque les prisonniers se promèneront sur la plate-forme de la tour
l'accusation était lancé contre le général Paoli , commandant a Corse ^ et le 3 , un autre décret accordait 300,000 livres à cdoi qui livrerait Tinfâme Dumouriez , mort ou vif. Dumouriez irait espéré jouer le rôle de dictateur militaire au milieu de k crise terrible qui s^aggravait de moment en moment. Mais, deux fois vaincu , chassé de la Hollande quMl venait de congnérir , puis de la Belgique , son armée lui échappait , et il perdait dans TAssemblée le concours de deux partis influents, la Gironde et la Montagne, en laissant percer ouvertement la pensée d^établir une monarchie constitutionnelle au profit de la famille d^Orléans. La Convention envoya dans son camp des commissaires chargés de lui signifier Tordre de se rendre à sa barre : c'étaient Camus , Bancal , Quinette et Lamarque , accompagnés de Beurnonville, ministre delà guerre. Dumouriez les fit arrêter et les livra aux Autrichiens. Après ce coup , il ne lui restait plus qu'à se dérober par la fuite au sort qui l'attendait; le 4 avril, il se mit à F abri derrière les lignes autrichiennes , et le lendemain , il fut suivi des généraux Valence et d'Orléans fils, des deux Thouvenot et d'une partie des hussards de Berchigny.
La nouvelle de ces événements était à peine connue à Paris , que des décrets de la Convention faisaient doubler la garde du
ils seront toujours accompagnes de trois commissaires et du commandant du poite, qui les surveilleront scrupuleusement.
*9oQue, conformément aux précédents arrêtés, les membres du conseil qui seront nommés pour faire le service du Temple passeront à la censure du conseil général, et sur la réclamation non motivée d'un seul membre, ils ne pourront être admis.
• 10<* Enfin , que le département des travaux publics fera exécuter dans le joDf de demain les travaux mentionnés dans son arrêté du 26 mars dernier.
» Signé : Pachb , maire.
» CouLOUBBAU , secrétaire greffier.
• Pour extrait conforme ,
• CouLOMBBAu. Secrétaire greffier.
» Copié au registre.
» YoNi »
Temple*, créaient un Comité de salut public (samedi 6avril)|''^^l' et mettaient en arrestation toute la famille des Bourbons. Déjà, '' dès le 27 mars 1793, Robespierre avait proposé leur bannis-^ '-^ sèment hors du territoire de la République , à Texception de '^ Marie-Antoinette, qui serait envoyée devant le tribunal révoliiJ^' tionnaire, et du fils de Gapet, qui resterait détenu à la tour du '^ Temple; la Convention avait passé à Tordre du jour sur la *^ motion de Robespierre; mais les circonstances venant à Tap-^^ puyer, elle Tadopta aussitôt en Taggravant. '•
Possesseur depuis quelques jours de deux lettres quMl avait reçue§ de Monsieur, comte de Provence , Santerre craignit de se compromettre en les gardant secrètes plus longtemps , et le '-'dimanche 7, il crut devoir les envoyer à la Convention et en ^ donner avis au conseil général de la Commune. Par ces lettres, ^ adressées à M. le commandant général de la force armée de ^ Paris, le Prince déclarait qu'il était Régent du royaume et que : son neveu était Roi depuis le 21 janvier, jour où Ton avait ; porté une hache criminelle sur la tête de Louis XVI *. Ces deux
Décret de la Convention nationale du 4 avril 1793, Pan II de la République française.
« La Couveutiuu nationale décrète que le conseil général de la Commune de Paris fera doubler sur-le-champ la garde du Temple.
» Vérifié par nous , inspecteur du bureau des procès-verbaux ,
» Dblbdoy.
» Collationné à l'original par nous , président et secrétaire de la Convention nationale,
" Dëluas, président.
» Mbllino, secrétaire.
» Paris, ce 5 avril 1793. an II de la République française. »
^ Après de longues recherches , nous sommes demeuré convaincu que ces deux lettres n'étaient que la reproduction des deux actes politiques dont nous avons donné le texte pages 1 et 3, au commencement de ce livre. Des circulaires analogues étaient à cette époque répandues dans les provinces. Ou lit dans le Journal des débats et des décrets, n^ 210, page 251, rendant compte de la séance de la Convention nationale du 14 avril 1793 :
' « Les commissaires envoyés dans les départements de la Moselle et de la Meurthe écrivent que leur mission est presque entièrement remplie, le recrutement s'est fait avec la plus grande activité , etc.
» A leur lettre est joint un jugement du tribunal criminel, qui a fait brûler
Irttres ne furent point lues à TAsseinblée en séance publique; MO redouta leur effet sur Topinion, et on blâma Santerre lavoir parlé de ces messages dans les circonstances difficiles Mi Ton se trouvait. Toutefois, quelques esprits clairvoyants ne Initèrent point* de maladresse politique ce qui n'était que le alcul de la prudence et de la peur.
Les agitations qui remuaient la France et l'Europe ne trouvaient point le mornè intérieur de la tour du Temple , et le jeune Roi^ reconnu à l'étranger et proclamé sur quelques points lu territoire national, n'était qu'un triste et infortuné prison- BÎer, ignorant tout ce qui se faisait en son nom. Sa mère ellemême ne connaissait pas la plupart des choses qui se passaient. Sa profonde douleur n'avait d'autres diversions que les souffrances que lui causaient les cruels traitements auxquels elle était en butte de la part de ses geôliers. Toutes les angoisses se lisaient sur ses traits amaigris; et cependant, parfois, un faible sourire montait un instant à ses lèvres à l'aspect de ses enfants , liens puissants et sacrés qui l'attachaient encore à la terre. /\uprès d'elle s'épanouissait le frais visage d'une jeune Ule, déjà forte comme ces vierges chrétiennes qui grandissaient dans les familles des confesseurs et des martyrs , et déjà digne d'être pour sa mère une amie ; puis elle entendait la voix naïve d'un enfant qui cherchait son cœur. Enfin , Madame Elisabeth était là y la digne sœur de Louis XVI , la mère de ses enfants , la meilleure et la plus sainte des amies , qui , portant le ciel dans son cœur et dans ses yeux, apaisait les plus vives douleurs par le baume de ses paroles, et par ses seuls regards rassérénait les âmes.
Tison et sa femme jouaient sans relâche le rôle odieux dont ils avaient l'emploi. Le Dauphin, comme s'il les eût devinés ou
par les mains du bourreau une déclaration du ci-devant Monsieur, se disant Régent du royaume de France, et des lettres patentes du ci-devant comte d'Artois , se qualifiant du titre de lieutenant général du royaume.
a L'Assemblée applaudit à la conduite des juges de ce tribunal cri-i inel, et on ordonne la mention honorable. »
34 LOUIS XVII. .^^Qç,
.pénétrés, les avait pris en aversion et manifestait clairemei^^,j^^. malgré les recommandations maternelles, les sentiments q'MjJir.fc avait pour eux. Gourmandes un jour assez vertement par Vil cent, municipal de service, les deux cerbères s'imaginèrent c'étaient les dénonciations du Dauphin qui leur valaient cef réprimande. Le soir, à la sortie de Vincent, ils vinrent fawj une scène chez la Reine , se répandant en récriminations contn Tenfant et lui jetant les épithètes à' espion et de délateur, qs , s'appliquaient si bien à eux-mêmes. « Aucun des nôtres n^e^^ d'un caractère à frapper les gens dans l'ombre, dit Marie- Antoinette, ni moi à le tolérer. » L'odieux ménage se retira, le trait dans la poitrine et proférant des injures contre la Reine et des malédictions contre son fils. L'enfant protestait avec énei^ , gie, avec indignation. « Ifs sont en colère, lui dit avec douceur Madame Elisabeth, pardonnez-leur. » Cette dernière phrase fut ^ entendue de Tison, qui revint sur ses pas comme un furieux : u Pardonnez-leur! cria-t-il, ah çà, où sommes-nous? oubliezvous que c'est le peuple seul qui a le droit de pardonner? Celui que vous appelez le Roi n'a pas eu de fils assez grand pour le défendre; il n'en aura pas d'assez fort pour le venger. «
La rage de Tison ne s'arrêta pas là. Un nouveau municipal, excité par lui , monta pour réprimander les prisonnières , prétendant que les vertueux citoyens préposés à leur garde savaient parfaitement tout ce qu'ils avaient à faire. A dater de ce jour, pendant les conférences, Marie-Thérèse et son frère restèrent presque toujours dans la tourelle, afin que cet enfant ne commît point quelque indiscrétion involontaire. A l'exception des mesquines vexations qu'un entourage grossier leur suscitait, les détenus jouissaient d'un peu de paix et de liberté qu'ils n'avaient point connu jusqu'alors. Les agitations violentes qui avaient marqué les premiers jours de mars s'étaient apaisées ; Paris était calme , au moins à la surface ; les autorités constituées répondaient de son repos, et, dans le& visites qu'il faisait journellement au Temple, Santerre s'était convaincu de la rigide sûreté de cette prison d'Etat et de l'inutilité d'y entretenir
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le garde si noiubreuse. Aussi proposa-t-il au conseil de la ffloiune de réduire ce poste à cent hommes , plus une comjuie d'artillerie. Mais cette demande arriva dans un moment ip inopportun pour être accueillie. Il conseilla aussi de «rrir les hommes de service au corps de garde même, afin les maintenir pendant toute la journée à leur poste, et le oseil de la Commune accorda trois livres par jour à chaque Mame qui réclamerait cette indemnité, mesure qui ne fut pas œcutée • .
Le commandant général de la force armée de Paris , loin de oir sa proposition admise, fut expressément invité à apporter ie plus en plus une infatigable activité et une sévère circonfection dans le service qui lui était confié. Les feuilles publiques n'étaient pas la seule lecture qui remuât l'opinion. Un vieux livre, assez rare, malgré les sept ou huit éditions qui ont été faites de 1498 à 1524, pendant les troubles religieux et politiques qui désolaient la France et TEurope, sortit tout à coup de Tombre où le gardaient quelques bibliophiles, et fut signalé comme contenant des prédictions pleines de singulières analogies avec la plupart des événements de la révolution. Ce livre bizarre, imprimé en lettres gothiques, et renfermant deux parties. Tune en latin et Tautre en français, est intitulé Mirabilis Liber, gui prophetias revelationesque , necnon res mirandas preteriias , présentes ac futur as, aperte démons trat. Quelques rêveurs, lui cherchant une pieuse origine, rallrihuaient à saint Césaire, évoque d'Arles, mort en 544 ; d'autres , lui donnant une date moins ancienne , le supposaient Fœuvre de Jacques de Nostre-Dame , père de Michel, si connu par ses prophéties sous le nom de Nostradamus. Cette famille provençale était , comme on sait , néophyte , et se prétendait de la tribu d'Issachar, renommée par le don de la science des temps. Quoi qu'il en soit, ces prophéties, qui de*
' Les registres de la Commune de cette époque sont remplis d'arrêtés qui restent inappliqués. Les mesures de la veille sont quelquefois rapportées le lendemain , et souvent comme non avenues.
puis quelque temps étaient Tobjet des conversations, altiraiei à la Bibliothèque nationale les hommes au cœur crédule o' à Tesprit curieux. Accusés d'avoir, conformément aux devoir de leur charge , communiqué au public ce volume séditieux ^^ plusieurs conservateurs furent arrêtés et destitués. Le savan ' VanPraët fut obligé de ae cacher : sa prodigieuse mémoin ^ Tavait rendu suspect; on lui supposa nécessairement des symr^ pathies pour des temps dont il connaissait totis les livres : U catalogue vivant de la grande bibliothèque ne pouvait être qu*uh conspirateur. ■
Voici quel était le passage le plus compromis et le plus compromettant de ce livre singulier : « Juvenis captivatus qui re^ cuperahit coronam lilii,..fundatus, destruet Jilios Bruti..., » — « Le jeune captif qui recouvrera la couronne des lis... étanf rétabli sur le trône, détruira les enfants deBrutus. » —
A ces prédictions , qu'accueillaient également Fespérance el la crainte, et que la superstition allait propageant dans le peuple , se joignirent des bruits qui ne laissaient pas aussi de tenir en éveil l'attention des jacobins : on disait que , depuis la désertion de Dumouriez, son armée ne se débandait qu'afin de tenir caché le plan de ce générai ; mais qu'elle était prête à se rallier à l'improviste, aux portes mêmes de Paris, pour mettre à exécution ce plan, dont le seul but était la délivrance de Louis XVII et le rétablissement de la royauté constitutionnelle. Tout absurdes qu'ils étaient , ces propos remuaient les imaginations et ramenaient l'attention du côté du Temple. C'était désigner des victimes au bourreau. Mais, quoique l'impatience de la rue se montrât avide d'une nouvelle tragédie, bien que la section du Finistère (faubourg Saint-Marceau) fit un appel à toutes les autres sections de Paris pour demander, ensemble, à la Convention, que l'on commençât le procès de la veuve el de la sœur de Capet, et que l'on prît des mesures efficaces .pour que le fils du tyran ne pût succéder à son père ' ; bien que
1 a Une députatiou de la section du Finistère annonce qu'on a découvert à Chantilly, dans le ci-devant palais du traître Condë, deux mille deux cenfo
Marat appuyât de son influence ces bruyantes provocations , acune mesure nouvelle ne fui décrétée par la Convention conmnant les prisonniers du Temple. Dans une discussion animée atre les Montagnards et les Girondins, Tavantage resta à ces derniers ; et, dans un discours où perce un certain intérêt pour le fils et la fille de Louis XVI, Gensonné alla même jusqu^à demander que la municipalité de Paris fût déclarée responsable de leur sûreté. Ces paroles d^un homme qui avait voté la mort du Roi, et qui semblait compatir au malheur de ses enfants, le devaient que rendre plus ombrageux les geôliers de la tour elle signaler lui-même d'avance aux coups de ses adversaires ^ En effet, les ressentiments s'allumaient et les débats devenaient plus âpres entre les différentes nuances de T opinion révolutionnaire. Un grand tumulte eut lieu , le mardi 9 avril , à la Convention , au sujet de la demande faite par la section de Bon- Conseil d*un décret d^ accusation contre les députés désignés par Topinion publique comme traîtres à la patrie. Tour à tour la Montagne hurle contre la Gironde et la Gironde contre la Ifontagne. Le samedi 13 avril, un décret est lancé contre Marat iai-même, accusé d'avoir prêché le massacre et le pillage, et d'avoir dit qu'il fallait un triumvirat à la France. Acquitté le 18 par le tribunal révolutionnaire , u l'ami du peuple » est couronné de chêne et porté en triomphe à la Convention , où il reprend sa place accoutumée. Robespierre et Danton se réconcilient et s'embrassent, prêts à s'étouffer plus tard. La commu-
Btrcs d'atgent, et la correspondance de ce scëlërat avec Marie- Antoinette et ÉUsabeth.
» On demande qne les sections de Paris et des cantons se réunissent, à l'effet de rédiger une adresse à la Convention , tendant à ordonner l'instruction de ces trois célèbres criminels , et sur les mesures à prendre pour que , à l'avenir, le fils de Gapet ne succède point à son père, en partageant ses crimes. ..
> Le conseil général applaudit aux sages mesures proposées par la section du Finistère , et invite la députation à la séance. »
(Sëance du conseil général de la Commune du mercredi 27 mars 1793.)
' Gensonné fiit du nombre des vingt et un Girondins envoyés à l'échafaud le 31 octobre 1793.
nauté de la haine les unissait contre les Girondins qu'ils voulaient .' abattre, comme on voit les loups s'unir dans les forêts pour., chasser la même proie. Seulement, la proie abattue, les loups se la partagent.
Pendant ce temps -là Tison continuait à la tour son rôle d'espionnage, précurseur de son rôle de délation. Quoique habilement cachées, les trames de Toulan n'avaient point été ourdies sans que l'ombre de quelques fils eût été entrevue de cet Argus du Temple. Mais, suspect aux municipaux modérés, il n'en avait jamais reçu la moindre confidence, et c'était par instinct bien plus que par observation que le soupçon était né dans son esprit. Il avait dès lors compris que, pour mieux remplir les devoirs de sa charge, il devait se mettre à même de tout savoir, et qu'il ne pouvait arriver à ce but qu'en gagnant la confiance des commissaires : le franc scélérat devint hypocrite. Gardant sa rude nature avec les rudes surveillants que la Commune envoyait au Temple , il se faisait souple avec les inconnus, compatissant avec les honnêtes, et allait même, devant les sensibles, jusqu'à s'extasier sur les grâces charmantes du jeune prisonnier. Quand le fourbe crut s'être insinué dans quelques esprits, avoir pénétré dans quelques cœurs, bien qu'il n'eût encore que de vagues soupçons, il s'empressa, de concert avec sa femme, d'écrire, le vendredi 19 avril, au conseil du Temple , que la veuve et la scmr du dernier tyran avaient gagné quelques officiers municipaux; qu elles étaient instruites par eux de tous les événements ; quelles en recevaient les papiers publics, et que, par leur moyen, elles entretenaient des correspondances^. Pour prouver ce dernier fait, la femme
* Voici ce qtti se passa att conseil général de la Commune , à l'occasion de cette dénonciation :
« Un des commissaires du Temple fait lecture d'un procès-verbal dressé au Temple, en présence du maire, du procureur de la Commune et des commis^ saires de service.
Ce procès-verbal contient deux déclarations faites l'une par Tison , faisant le service du Temple, et l'autre par Anne- Victoire Baudet, épouse de Tison, aussi employée au service du Temple.
Il résulte de ces déclarations que quelques membres du conseil, savoir :
Tison descendît au conseil un flambeau qu'elle avait pris dans k chambre de Madame Elisabeth , et fit remarquer aux muniripaux une goutte de cire à cacheter qui était tombée sur la bobèche. En effet, le matin même, cette Princesse avait remis àTurgy, comme il le raconte lui-même \ un billet cacheté pour Tabbé Edgeworth, son confesseur.
Dès le lendemain , Hébert s'était rendu à la Tour, non pas dans le courant de la journée , où la famille royale vivait sur on qui -vive continuel, mais le soir après dix heures , quand (levait être commencée pour elle Theure de Tintimité et de la
TouUo, Lepitre, Brunot, Moelle, Vincent, entrepreneur de bâtiments, et le ■édecin do Temple, sont suspectés d'avoir eu des conférences secrètes avec les prisonniers du Temple; de leur avoir fourni de la cire et des pains à tacheter, des crayons, du papier, et enfin d'avoir favorisé des correspondinces secrètes.
Toakin et Vincent requièrent qu'à l'instant il soit nommé des commissaires pour apposer les scellés chez eux.
En conséquence, le conseil général nomme Cailleux et Jérôme pour se transporter à l'instant chez le citoyen Toulan, à l'effet d'apposer les scellés lar ses papiers.
Xomme pareillement Favanne et Souard pour se transporter à l'instant chez le citoyen Vincent, à l'effet d'apposer les scellés sur ses papiers, en exceptant ceux qui ont rapport à la commission des blessés du 10 août, dont il est chargé.
A la charge par ces quatre commissaires de requérir le juge de paix de la lection sur laquelle ils se trouveront, pour les assister dans leurs opérations.
Quant aux citoyens suspects et absents . savoir : Lepitre, \'oelle, Brunot et le médecin , le conseil général ah'éte que les administrateurs de police feront à l'instant apposer les scellés sur leurs papiers.
Et sur le réquisitoire du procureur de la Commune, le conseil général nomme Follope, Minier, Louvet et Benoît, à l'effet de se transporter sur-lechamp au Temple, pour, dans les appartements des prisonniers, faire tontes Tîsites et recherches qu'ils jugeront convenables, comme aussi de fouiller lesdits prisonniers.
Arrête en outre que ces mêmes commissaires lèveront les scellés apposés sur l'appartement du défunt Louis Capet, pour y faire également toutes re* cherches nécessaires.
Hébert, substitut du procureur syndic, a été nommé avec les autres commissaires pour aller faire des recherche^ chez les prisonniers du Temple. >
(Séance du 20 avril 1793.)
* Fragments historiques sur la captivité de la famille /oyale , par Turgy , publiés par Eckard , à la suite de ses Mémoires historiques sur Louis XVII, troisième édition.
40 LOUIS XVlî.
quiétude intérieure. En arrivant à Timproviste, il espérait sans -^ doute les prendre en flagrant délit de menées secrètes ou de'^' correspondance clandestine. La femme Tison, qu'on fit appeler-' pour fouiller les Princesses, ne trouva sur la Reine qu'un por-' i tefeuille de maroquin rouge sur lequel étaient écrites au crayon ■ quelques adresses , et , chez Madame Elisabeth , un bâton de ^ cire à cacheter qui avait déjà servi, avec de la poudre de buis dans le même papier. Ces découvertes , tout insignifiantes : qu'elles étaient, en ayant fait espérer d'autres, l'inquisition reprit son œuvre avec ardeur. Le jeune Prince dormait : les 'commissaires de la Commune l'arrachèrent de son lit pour le fouiller; sa mère le prit tout transi de froid dans ses bras. On fouilla dans les matelas et jusque dans les moindres vêtements : aucun autre objet ne fut trouvé. Nous nous trompons , la peine des commissaires ne fut pas inutile : en fouillant dans les effets de Marie -Thérèse, ils firent une nouvelle découverte : u Ils me prirent, )? dit Madame Royale dans le récit qu'elle a laissé de la captivité du Temple, «un sacré cœur et une prière pour la France. « Une prière pour le pays qui avait laissé mourir son père, une image du cœur d'un Dieu mort pour sauver les hommes , voilà ce que lés envoyés de la révolution trouvaient chez l'orpheline du Temple. La visite, commencée à onze heures moins un quart, ne se termina qu'à deux heures après minuit*.
' Extrait du pnocès'Verbal dressé par les commissaires nommais à l'effet défaire une perquisition exacte chez les prisonniers détenus à la tour du Temple.
« Aujourd'hui, 20 avril 1793, à dix heures trois quarts du soir, en exécution de l'ërrété du conseil général, nous soussignés, nous sommes transportés ' à la tour du Temple, oti, à l'heure susdite, sommes montés à l'appartement, tant de Marie-Antoinette, veuve Capet, que de ses enfants, pour commencer la visite des meubles, et la perquisition sur les personnes, comme il suit :
> D'abord, entrés dans la chambre de ladite veuve Capet, avons fouillé dans les meubles, oî!i nous n'avons trouvé rien de suspect... Sur une table de nuit seulement, avons trouvé un pe^it livre intitulé : Journée du Chrétien, 0^ était une image colpriée en rouge , représentant d'un côté un cœur embrasé, traversé d'une épée, et entouré d'étoiles, avec cette légende : Cor Mariœ, ora pro nobis; de l'autre côté, une couronne d'épines, et une croix au-dessus du cœur, avec cette légende : Cor Jesu, miserere nobis. Avons
Trois jours après , mardi 23 avril, les commissaires revin-» rent à la charge : envoyés pour lever les scellés apposés sur Tappartement de Louis XVI, ils firent de nouvelles perquisitions chez les prisonnières. Le bâton de cire qui rendait témoignage de la véracité de Tison leur laissait Fespoir de faire d'autres découvertes ; mais ils ne trouvèrent qu'un chapeau d'homme , conservé par Madame Elisabeth comme un souvenir, parce ipi'il avait appartenu au Roi son frère * .
troQTé de plus une feuille imprimée , de quatre pages , intitulée : Consécration de la France au sacré cœur de Jésus; elle commence par ces mots : ( 0 Jésus-Christ ! * On y remarque les passages suivants : • Tous les cœurs • de ce royaume , depuis le cœur de notre auguste Monarque , jusqu'à celui
> du plus pauvre de ses sujets , nous les réunissons par les désirs de la cha- >rité, pour vous les offrir tous ensemble... Oui, cœur de Jésus, nous vous
> oC&ons notre patrie tout entière, et les cœurs de tous vos enfants... 0 Vierge
> sainte! ils sont maintenant entre vos mains; nous vous les avons remis en
> nous consacrant à vous , comme à notre protectrice et à notre mère ; au>
> jourd'hui, nous vous en supplions, offrez-les au cœur de Jésus... Ah! pré-
> aentés par vous , il les recevra , il leur pardonnera , il les bénira , il les
> sanctifiera , il sauvera la France tout entière , il y fera revivre la sainte
> religion. Ainsi soit-il , ainsi soit-il ! »
> Dans les poches de Marie- Antoinette était un portefeuille en maroquin rouge, o& nous n'avons reconnu digne de description qu'un des feuillets en peau anglaise , sur lequel était écrit au crayon ce qui suit : « Brugnier, quai de l'Horloge, n<* 65 (et autres noms et demeures de différentes personnes, dont les prisonniers pouvaient avoir besoin) . » Plus, dans les mêmes poches, un nécessaire roulé, et dans lequel était un porte-crayon d'acier non garni de crayon...
> Avons îaii ensuite perquisition dans la chambre qu'occupe Ëlisabeth- Uarie, sœur de feu Louis-Capet, où nous n'avons rien trouvé de suspect; seulement avons découvert dans une cassette un bâton de cire rouge à cacheter, qui avait déjà servi, avec de la poudre de buis dans le même papier. . . Et environ deux heures après minuit, avons clos le présent procès-verbal, en présence desdites dames , qui ont signé avec nous.
» Ainsi signé : Marie-Antoinette ; Elis.<ibeth-Marib ;
Bb.noit, etc., etc. »
* Autre extrait du procès'verbal dressé par les mêmes commissaires,
le 23 dudit mois.
• Nous , commissaires , nommés par le conseil général de la Commune de Paris à l'effet de lever les scellés apposés sur l'appartement de Louis XVI, nous sommes transportés, etc.
> Déclarons que les livres, parmi lesquels on distingue Horace, l'Imitation de Jésus- Christ , la Constitution française et le Bréviaire de Paris, ont été
42 LOUIS XVII. il
Les municipaux que Tison et sa femme avaient dénoncés, ^ Toulan, Lepitre, Brunot, Moelle et Vincent, furent suspendus .(^ de leurs fonctions , comme prévenus de respects séditieux, et , suspects d'égards antirévolutionnaires envers la famille royale. La presse , dont le microscope trompeur grossissait déjà les j événements, prétendait que le fils de Louis XVI était traité en ., roi par sa mère, par sa tante et par sa sœur; que chaque matin elles allaient le saluer, qu'il se plaçait à table avant ,, elles, et qu'en un mot il recevait tous les honneurs qu'on rendait autrefois à la royauté.
Il est vraisemblable que ces rumeurs avaient été accréditées par les dénonciations de Jacques -Claude Bernard, écho malveillant d'une scène qui s'était passée au Temple, et dans laquelle il avait joué un rôle odieux. Voici comment Turgy raconte cette scène :
u Lorsque le jeune Roi se mettait à table, on lui donnait un
confies à la garde du concierge, ainsi que ses meubles; trente-trois louis, une montre en or, des boucles de souliers et de jarretières , aussi en or, les crachats et les croix de tous les ordres, ont élë déposés sur le bureau du secrétaire grefBer de la Commune; ils passeront au creuset, pour ne laisser aucun signe de ralliement à la tyrannie , aucune relique à la superstition ; les cordons ont été brûlés dans la tour même.
> Nouvelles perquisitions faites chez les prisonnières , il ne s'est trouvé aucun vestige de correspondance avec le dehors, ni de connivence entre elîcs et les six membres du conseil inculpés dans le rapport de Tison; seulement on a découvert dans la chambre de Madame Elisabeth, dans une cassette placée sous le lit, un chapeau de Louis. A elle demandé qui le lui avait donné, elle a répondu qu'elle le tenait de son frère, qu'il le lui avait remis lorsqu'ils habitaient ensemble la petite tour, afin, disai(-il« quelle conservât quelque chose de lui; et qu'à ce titre ce chapeau lui était précieux. A elle observé qu'il n'était guère d'usage de conserver un chapeau comme un gage de tendresse , elle a persisté dans sa réponse.
> Malgré cette explication , les commissaires ajoutent qu'ils n'en sont pas moins restés convaincus qu'il fallait que le chapeau eût été rapporté à la tour, puisque, vérification faite sur les registres des achats, il était constant que Louis XVI n'en avait qu'un , lequel l'avait suivi au heu du supplice. Ce chapeau, attestant l'existence de quelques relations avec le dehors, a été déposé dans la salie du conseil du Temple, avec promisse de le rendre à Madame Elisabeth, qui a demandé cette faveur avec les plus vives instances*. «
* Voir aax Doeaments, n<» III, an aatre rapport fait aar le même objet par l'admioiatration de police.
siège plus élevé que les autres et garni d^un coussin. Un jour que ce siège était occupé par un municipal nommé Bernard , prêtre, qui avait été desservant de Thospice de la Pitié, on assit Tenfant sur un siège ordinaire. Il était si bas , qu^à peine poQvait-il atteindre ce qui était sur son assiette; mais personne n'osait déranger Bernard , connu pour sa grossièreté. Tison survînt : je lui fis signe , il me comprit. Il demanda au municipal de rendre à Fenfant le siège dont il se servait ordinairement, et lui en présenta un autre. Bernard refusa brusquement, en disant devant la Reine et les Princesses : Je n'ai jamais vu donner ni table ni chaise à des prisonniers; la paille est Quez bonne pour eux, »
Hébert se porta Faccusateur de Toulan et de Lepitre, et, les journaux à la main , il soutint tout au moins leurs complaisances serviles , si ce n'était leur complicité. Les noms de ces deux hommes , coupables de compatissance et d'humanité , furent rayés de la liste des commissaires chargés de la surveillance de la tour du Temple. Des collègues d'une sévérité éprouvée les remplacèrent.
Un garde national qui , étant de service , s^était amusé à lever le plan de la tour, fut arrêté et mis au secret. Les maçons avaient reparu au Temple, ils élevaient un mur transversal en face du ci-devant palais, avec un double guichet ^ ; ils débarrassaient les environs de la rotonde et de l'ancienne diapelle des décombres qu'y avaient laissés les maisons récemment démolies, et établissaient le long du mur d'enceinte un chemin de ronde pour faciliter la circulation des patrouilles. Le donjon reçut des abat -jour et des jalousies à toutes les fenêtres qui en manquaient *.
Ce qui portait au comble les défiances du conseil général ,
1 Voir la séance du conseil général de la Commune de Paris du 26 mars 1793. et la description que nous avons tracée tome I, page 333.
^ Arrêté du conseil du Temple, à la date du 2i avril, ordonnant que des réparations soient faites aux abat-jour de l'appartement de défunt Louis Capet et de la chambre de Madame Elisabeth.
Signé : Finbau. Tan'ghou et Arthur.
c^était qu*aux rumeurs de Topinion, aux articles dénonciateurs publiés dans les gazettes , venaient s^ ajouter des témoignages plus éclatants donnés au fils de Louis XVI; sa royauté était proclamée du haut même de Téchafaud par des hommes qui mouraient en la confessant.
Prudhomme, dans le numéro 197 des Révolutions de Paris " (du 13 au 20 avril 1793) , s'exprimait ainsi :
u Le public a confirmé par ses applaudissements le jugement du tribunal révolutionnaire contre Blanchelande *, guillotiné
lundi dernier sur la place de la Réunion , ci-devant Carrousel. l^e stoïcisme du contre -révolutionnaire n'en imposa point. A la honte de Tespèce humaine, ce n'est pas d'aujourd'hui que le royalisme a eu des apôtres et des martyrs. »
Le Courrier français , du mardi 30 avril 1793, contenait l'article suivant :
ce Boucher, dentiste, condamné par le tribunal révolutionnaire, a montré sur l'échafaud un acharnement qui ne peut être attribué qu'au fanatisme de la royauté; après avoir entendu sa condamnation , il s'est écrié à plusieurs reprises : Vive Louis XVII! au diable la République! Arrivé au lieu de son supplice, il s'est adressé aux spectateurs . nombreux qui environnaient l'échafaud : ^ N'est -il pas bien curieux de voir périr un homme pour avoir dit qu'il fallait un roi! Oui, il vous en faut un! Vive Louis XVII! » Puis, se tournant vers le bourreau, il lui a dit : Guillotine -moi. C'est ainsi que ce malheureux est mort victime tle son délire contre -révolutionnaire. »
L'autorité eut plus que jamais l'œil et la main sur le Temple.
* Ancien gouverneur de Saint-Domingue. Le président du tribunal révolutionnaire lui ayant demande s'il n'avait rien à dire contre le jugement qui le condamnait à mort, Blanchelande répondit : « Je jure par Dieu, que je vais voir tout à l'heure , que je ne suis coupable d'aucun des faits que l'on m'impute. > Lorsqu'il entendit prononcer la confiscation de ses biens au profit de la République : « Elle n'aura rien, dit-il, car je n'ai rien. > Son fils, jeune homme de vingt ans , arrêté comme complice de son père dont il avait été l'aide de camp, fut condamné à mort par le même tribunal, le 20 juillet 1794.
Les précautions les plus minutieuses furent prises pour empêcha toute communication du dehors avec les prisonnières. Toute consolation s'éteignit autour d'elles.
Pour surcroît de tourment, le jeune Prince tomba malade au commencement de mai. Un officier municipal, en arrivant à la tour ce jour-là, se fit un plaisir d'apprendre à la Reine que les corps constitués de Paris venaient de prendre un arrêté pour faire une levée de douze mille citoyens destinés à marcher contre les rebelles de la Vendée. Sans être émue de cette nouvelle, Marie-Antoinette répondit avec douceur : u Si vous pouviez , monsieur, m'obtenir du conseil général de m' envoyer M. Brunyer, médecin ordinaire de mes enfants , je vous en aurais une bien vive obligation. » Le municipal transmit la demande au conseil du Temple , qui en référa au conseil général'. Les réclamations maternelles furent enfin entendues; mais ce ne fut pas M. Brunyer qui fut envoyé à la tour. Le motif de la Commune pour faire un autre choix mérite d'être conservé par l'histoire : u Après avoir entendu la lecture d'une lettre des commissaires qui sont de service au Temple , et qui annoncent que le petit Capet est malade, le conseil général, dans sa séance du vendredi 10 mai 1793, arrête que le médecin ordinaire des prisons ira soigner le petit Capet , attendu que ce serait blesser l'égalité que de lui en envoyer un autre. »
M. Thierry, médecin des prisons, reçut donc l'ordre de se rendre au Temple. Thierry était environné de l'estime publique, comme homme et comme médecin. Il examina attentivement
' Extrait du registre des délibérations du conseil général du 9 mai 1793 , II* de la République , I*' de la mort du tyran.
• Le conseil général , délibérant sur la maladie annoncée du fils de défunt Capet, et sur la demande de Marie-Antoinette d'un médecin pour le soigner,
» Arrête que demain il entendra à ce sujet les commissaires qui sont aujourd'hui de service au Temple.
> Signé : Paghb , maire , ' » DoRAT-CuBiÈRBS , secrétaire-grefficr adjoint.
» Pour extrait conforme :
• GouLOMPBAV, secrétaire-greffier. >
46 LOUIS XYII.
le jeune malade, et s'empressa, à la prière (de la Reine, d'aller conférer avec M. Brunyer, en qui elle avait toute confiance. Elle eut d'ailleurs beaucoup à se louer du zèle, des soms et de l'assiduité de M. Thierry. Le traitement dura plusieurs semaines, pendant lesquelles le docteur vint tous les jours à la tour, et pendant lesquelles aussi Marie-Antoinette et sa belle-sœur ne quittèrent point le chevet de leur cher enfant. Après sa convalescence, on renouvela sa garde-robe, bien négligée depuis son entrée au Temple '.
Sa maladie, quoique sérieuse*, n'avait point occupé le public, absorbé par le spectacle de la lutte élevée dans la Convention. Cette lutte était inévitable. Il faut toujours à une société un pouvoir dirigeant : or, ce pouvoir étant renversé, chacun s'efforçait de le relever à son profit. Les Girondins avaient pour eux la majorité numérique de l'assemblée, et certainement la faveur de la plus grande partie des départements; mais les Montagnards avaient pour eux la terrible Commune de Paris, la population révolutionnaire de cette capitale, sans compter quelques scrupules de moins et beaucoup d'audace de plus. Le fond du débat se réduisait à savoir si les Girondins tueraient régulièrement les Montagnards, ou si les Montagnards tueraient révolutionmfirement les Girondins. La guillotine était Vultima ratio de la politique du jour. .
La lettre suivante vient confirmer cette réflexion par un horrible témoignage :
• Voir aux Documents , n<> IV.
^ Le mois suivant, les accidents reparurent. On lit dans le registre des délibérations du conseil général de la Commune, du mardi 11 juin 1793 :
■ Le conseil du Temple fait part que le fils des prisonniers a une hernie . et soumet la proposition faite par le médecin qui l'a visité, de le faire soigner par le citoyen Piplé (Pipelet), bandagiste.
' » Le conseil général arrête que le citoyen Piplé (Pipelet), bandagiste des prisons, visitera le fils de Marie-Antoinette.
> Arrête en outre qu'il sera écrit à cet effet au bandagiste des prisons, pour qu'il se rende au Temple dans le plus court délai. »
» Drstournbllbs , vice-président.
» DoRAT-CuBiÈRBS, Secrétaire- greffier. ■
• COMMUNE DE PARIS
* Paris, le 6 mai 1793, l'an II de la République française une et indivisible.
> (affaire presséb.)
» Procureur de la Commune,
n II m'a été dénoncé, citoyens administrateurs, un abus sur lequel j'invoque à la fois votre surveillance et votre humanité.
» Après les exécutions publiques des jugements criminels, le sang des suppliciés demeure sur la place où il a été versé. Des chiens viennent s'en abreuver; une foule d'hommes repaissent leurs regards de ce spectacle , qui porte les âmes à la férocité. Les hommes d'un naturel plus doux, mais dont la vue est faible, se plaignent d'êti^'b exposés à marcher, sans le vouloir, dans le sang humain.
» V^ous sentez combien un pareil abus mérite d'être promplement réprimé. J'ai déjà fait venir devant moi l'exécuteur des jugements criminels : il m'a assuré qu'il ne méritait aucun reproche , attendu qu'aux termes de la loi il n'est chargé que de l'exécution, et nullement de ses suites.
r En conséquence , comme c'est vous qui êtes chargés de ce qui regarde la construction, réparation, etc., de la machine qui sert aux jugements des tribunaux criminels, je vous prie d'ordonner au charpentier préposé à cet effet de faire en sorte qu'immédiatement après l'exécution il ne reste aucune trace du sang qui aura été versé.
n Je me repose à cet égard sur votre amour pour l'ordre et
les bonnes mcmrs.
» Chaumette.
» Au président du directoire du département de Paris. »
Dans cette démagogie sanglante , les Girondins , qui savaient mieux parler qu'agir, et qui, d'ailleurs, n'avaient pas leur armée sur le champ de bataille , devaient être vaincus. Cette défaite était dans la fatalité de leqr situation. Ils n'avaient point
48 LOL'IS XVII.
pris la tête de Louis XVI, ils Pavaient livrée; or, quiconque recule une fois en révolution, recule toujours. Il ne restait plus qu^une chose à leur demander après la tête du Roi qu^ils avaient livrée , leur propre tête ; leurs adversaires ne les firent pas longtemps attendre.
Ces débats orageux, ces agitations menaçantes, les détenues du Temple n^en furent pas instruites. Le bruit de la grande ville expirait à leur porte, aussi bien que les cris de victoire de Tarmée vertdéenne; elles n'étaient informées ni de Fexécution par la guillotine des généraux Miasinsky et Phil. Devaux, complices de Dumouriez, ni du départ de Santerre et de nombreux enrôlés pour Tarmée de FOuest^, ni de la défaite à Fonteaayle-Peuple (Fonte nay-le-Comte) de Tarmée républicaine par les simples et rudes habitants du Bgcage, que quelques années plus tard un grand homme appelait les géants de la Vendée.
Cependant , le 31 mai , elles entendirent un si grand bruit au dehors , qu'elles s'imaginèrent que le quartier brûlait : la générale, le canon d'alarme et le tocsin ébranlaient tout Paris. A l'Abbaye, à Saint-Lazare, dans toutes les prisons d'État, les détenus poussaient des cris pitoyables , croyant déjà entendre
* Santerre avait quitte Paris le dimanche 19 mai, comme le constate le registre des séances du conseil général de la Commune. Quelques jours après, il écrivait d'Orléans la lettre suivante :
« Encore à Orléans, le 26 mai 1793. l'an II de la République.
» Citoyen maire .
a Je vous dois compte de mes observations et de mes opérations.
» La route pour un républicain est on ne peut pas plus belle ; l'on y voit ces voitures qui transportaient le crime transporter la vertu. Ce ne sont plus les oppresseurs, mais bien les défenseurs de la République à qui elles servent*.
» Lorsque l'on voit les soldats venant du Nord nus et être contents . tous , ainsi que ceux de Paris et tout le peuple vous accueillir, pour avoir eu les mêmes principes que vous et avoir servi tant soit peu sa patrie, l'on ne craint pas les disgrâces, et rien ne peut altérer vos jouissances. Comme vous voyez, j'ai vu que l'on vous mandait à la barre.
* Vous seres peut-être étonné de me savoir encore à Orléans ; j'y ai organisé la troupe, et je pars ce matin. Cette ville, qui comme nous a une excellente municipalité et un vertueux maire , a aussi ses chagrins : elle n'a plus
* L«i voitorei de U coar.
à leur porte les égorgeurs de septembre. Madame Elisabeth bterroge les municipaux ; Fun d*eux se borne à lui répondre : « Cest la commission des Douze qui cause tout ce tapage. » En effet, la cité révolutionnaire était bouleversée : une commission de douze députés , chargés de rechercher les complots tramés contre la liberté , était hautement accusée d^ exercer la plus inique inquisition contre les meilleurs patriotes. C^était là le thèoie qu'exploitaient, avec une ardeur sans égale, les meneurs de Robespierre , qui voulait arriver à la dictature par une insurrection. Plusieurs arrestations venaient d'être opérées dans le voisinage même du Temple, et mettaient en êbulUtion tout le quartier, criant qu'on emprisonnait les plus zélés défenseurs de la liberté. Le décret qui créait cette comaûssîon , rendu le 18 mai , cassé par un décret du 27 , rétabli par un décret du 28 , tant les fluctuations étaient promptes dans ces temps de crise , excita une insurrection générale qui mit sur pied toute la population anarchique, fit fermer les barrières de Paris, et lancer un décret d'accusation contre tous les députés infidèles au mandat qu'ils avaient reçu de leurs commettants afin de s'emparer des traîtres et de décou-
dans son sein les Prieur, Boùrbote et Julien ; elle en a quatre qui ne communiquent qu'avec les riches et les aristocrates. Elle a à son département DD Manuel.
> £lle a une société populaire excellente.
> Le citoyen Giot, de l'Arsenal, et membre de la société de Paris, a, comme moi , assisté à plusieurs séances , dans lesquelles nous avons prêché les principes républicains , et consolé un peu nos amis sur les craintes qu'ils avaient de voir l'aristocratie lever audacieusement la tête , et se joindre aux sections de la fraternité et aux grenadiers de la garde nationale de Paris, qui doivent être insérés au bulletin.
> OÙ sommes-nous donc , républicains !
» Nous partons pour joindre le corps de l'armée , et , avec des soldats
comme ceux que la République a , nous pourrons réaliser le présage du président de la Commune : Veni, vidi , vici.
> Veuilles , citoyen maire , assurer toute la Commune de ma reconnaissance; c'est À elle que je dois le bonheur de servir ma patrie. Je serai libre et républicain , ou je mourrai content.
» Votre ami .
' » Santbrrb. »
vrir les complots formés pour la perte de la République, C'est ainsi que cette journée , qui donnait la prééminence aux Mon- * tagnards , fut fertile en dénonciations contre la famille royale a et contre tous les hommes soupçonnés d'être ses agents actifs \r ou ses partisans secrets. Hérault de Séchelles, dont un des c axiomes était que la force du peuple et la raison étaient la même chose, applaudit naturellement à ce triomphe, et mani- f festa son suffrage parla révélation d'une confidence que, depuis *. le mois de mars , il avait reçue de Lullier, procureur général syndic du département de la Seine. En présence de Robespierre et de ses autres collègues qui travaillaient avec lui à la constitution de 1793, il déclara tenir de Lullier que, « par les rapports que sa place lui procurait, il avait été instruit de l'existence positive de complots formés dans les départements et dans la Convention même en faveur du fils de Louis XVI ; que j le parti contre-révolutionnaire, déjà nombreux, n'attendait que , le degré de force nécessaire pour enlever du Temple l'héritier des Capets; et qu'enfin Danton, proclamé régent, devait, la constitution de 1791 à la main, montrer au peuple le jeune . Roi constitutionnel entouré des représentants de la France régénérée )) . On attaqua les Girondins précisément comme on avait attaqué Louis XVI : la calomnie prépara la brèche, l'insurrection l'escalada , et Pache , qui fut aux Girondins ce que Pétion avait été au Roi , laissa passer. La majorité de la Convention livra ses chefs pour se faire pardonner par la Montagne de les avoir soutenus, et, sous le canon d'Hanriot, elle rendit tous les décrets qu'on voulut lui imposer. L'épouvante qu'elle inspirait au dehors, la Convention la ressentait au dedans, courbée sous le joug des Montagnards , coalisés avec la Commune de Paris , qui disposait de la force révolutionnaire de la capitale. Ainsi fut votée l'arrestation de trente-deux membres, parmi lesquels figuraient Vergniaud, Lanjuinais, Gensonné, Pétion, Brissot, Barbaroux, Louvet, Buzot, et les ministres Lebrun et Clavière. La chute des Girondins produisit une impression profonde de terreur dans toute la France. Ils étaient,
rdativemeiit à leurs adversaires, la dernière expression des idées modérées , et , depuis qu'ils n'avaient plus la royauté à Koperser, ils tâchaient de rétablir quelques idées d'ordre et faQtorité nécessaires à leur situation gouvernementale. On eomprit, quand ils tombèrent , que les hommes et les théories ttlrêmes arrivaient, et on les regretta de toute la crainte qu'in^- 'spiraient leurs héritiers. Mais le mouvement qu'ils avaient euxmêmes précipité ne devait s'arrêter devant personne et pour personne .
Le mois de juin s'écoulait dans une agitation aussi violente ^6 celle qui avait précédé la journée du 31 mai : les bateaux «iiargés pour l'approvisionnement de Paris étaient arrêtés dans leur marche ou livrés au pillage, les boutiques des marchands neDacées à toute heure par la famine et le désespoir ; la nuit , lies gens armés couraient les rues pour enlever les malheureux désignés par Robespierre. On tremblait pour ce qu'on avait de plus cher : deux parents , deux amis ne se rencontraient plus sans s'étonner de se revoir, d'être libres et de vivre. Les amis de la Reine demeurèrent convaincus dès lors qu'il n'y avait plus de salut pour cette Princesse que dans la fuite.
Parmi les membres de la municipalité que les dénonciations n'avaient point épargnés, se trouvait Michonis, qui, non moins royaliste, mais plus habile à dissimuler que Lcpitrc et Toulan, avait traversé sans se compromettre les circonstances les plus difficiles , et s'était toujours justifié des soupçons élevés contre lui, plus heureux en cela que ses collègues, dont le nom avait été rayé de la liste des commissaires du Temple. De service h la tour , Michonis donna à Marie-Antoinette des renseignements sur ce qui venait de se passer, essayant de la rassurer sur les intentions des Montagnards , qui , bien que victorieux , n'oseraient point, disait-il, la mettre en jugement; et comme il ajoutait qu'elle serait probablement réclamée par l'Empereur : ftQue m'importe! répondit la Reine avec une douleur calme et froide; à Vienne, je serais ce que je suis ici, ce que j'étais aux Tuileries; mon unique désir est de me réunir à mon mari,
lorsque le Ciel jugera que je ne suis plus nécessaire à ma^~ enfants. » >
Peu de jours après , Michonis était entré dans un complo: tendant à enlever de sa prison la malheureuse veuve. Le barcH' de Batz était encore le chef de cette hasardeuse entreprise. Leirecherches dont il était Fobjet depuis la tentative du 21 jan^ vier n'avaient point éloigné de Paris cet intrépide servitem d'une cause que le malheur rendait si belle, et qui exerçait eor outre sur les âmes magnanimes la séduction irrésistible dii: péril. La lutte opiniâtre de cet homme contre le pouvoir redoutable qui opprimait la nation est une des merveilles de ce temps,: Partout présent et toujours invisible, aussi habile à drersser ses embûches qu'à esquiver celles de l'ennemi , il avait à sa dévo-j tion les agents les plus prudents , et à ses gages les espions les plus actifs. Sa parole était plus insinuante encore que sa: bourse n'était persuasive ; et , avec une admirable adresse , il ^ avait gagné plusieurs membres de la Commune et de la Coib.; vention, qui, si les circonstances ne leur permirent point de lui ,, apporter une coopération efficace, lui restèrent du moins fidèles i par un inviolable silence. Conspirateur acharne, ses entreprises manquées , il les recommençait avec une nouvelle ardeur, et il restait intrépidement dans cette ville où sa tête était mise à < prix. Son nom entraînait toujours de graves mesures, des perquisitions sévères. L'insaisissable conjuré avait des asiles impénétrables dans Paris et dans les environs ; mais son gîte le plus habituel et peut-être le plus sûr était chez Cortey , épicier, rue de la Loi*, recommandé par sa réputation de civisme aux suffrages de ses concitoyens, qui l'avaient nommé capitaine-commandant de la garde nationale de la section Lepelletier. Cortey était lié aussi avec Chrétien, qui était juré du tribunal révolutionnaire, et dont l'influence était toute-puissante dans les comités de cette section. Ce fut grâce à lui que Cortey fut compris au nombre des chefs de poste auxquels était confiée la garde du Temple, lorsqu'un détachement de leur bataillon
1 Rue de Richelieu, au coin de la rue des Filles-Saint-Thomas.