‹ Louis XVIIChapitre 40 sur 206 · LIVRE XllI. — L'OëUVUE De SIMON S'ACHEVE · texte numérisé non relu

LIVRE XllI. — L'OëUVUE De SIMON S'ACHEVE

cette formidable Convention , qui nivelait toute chose et préparait un champ vide à Tavenir. C^était précisément ce jour-là, le 19 décembre 1793, que le jeune homme d^Ajaccio, dont la figure nous est un moment apparue dans la journée du 20 juin 1792, signalait sous les murs de Toulon les préludes de sa fortune. Paris , toujours avide de nouveautés , tournait les yeux du côté du Midi; et, tout entier aux événements qui s'accomplissaient au soleil , ne s'informait guère comment , dans Tombre d*une tour, le fils de Louis XVI se débattait, sans pouvoir en sortir, au milieu des fatales influences qui Tenveloppaient de toutes parts comme un invisible réseau. Il semblait que le premier coup de canon de Bonaparte devait étouffer le dernier soupir de Louis XVII.

Bien que lé blâme attaché à Tintroduction dans la tour de la cage organisée ne Tattergnît point directement, Simon comprit pourtant qu^il devait en revendiquer sa part, et il en conçut nne irritation d'autant plus grande qu'il n'avait pas oublié la proscription du billard. Son humeur se tourna en rancune contre le malheureux enfant chargé d'acquitter toutes ses vengeances. Le lendemain de ce jour-là, il lui vint la fantaisie de prendre un bain de pieds , et il trouva beau de se faire servir à sa toilette comme il se faisait servir à table : il ordonna donc à l'enfant de lui chauffer du linge pour lui essuyer les pieds. Tremblant devant la toute-puissance du despote, le malheureux enfant obéit avec plus d'empressement que d'adresse, et laissa tomber une serviette qui faillit brûler. Le maître resta les pieds dans l'eau; mais jetant des blasphèmes, des cris et des écumes de colère, il poursuivit de malédictions J'inhabile serviteur que son bras ne pouvait atteindre. Un instant après , croyant son courroux apaisé, le fils des Rois vint essuyer les pieds du cordonnier, imitant ainsi , sans le savoir, les Rois Très-Chrétiens qui , à l'instar du divin Maître , essuyaient les pieds des pau«rres dans les évangéliques solennités du jeudi saint. Mais les pauvres se retiraient en bénissant la sublime humilité de la grandeui* royale ^ que rehaussaient encore les dotis de Yslu-»

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mène; et le cordonnier envoya tomber à six pieds de dislance Fcnfant royal frappé de ce pied brutal que ses petites mains , venaient d'essuyer! Le martyr resta comme écrasé sous le coup , mais le bourreau ne l'abandonna point : il se rua sur , lui, il le frappa de la main, il le frappa du pied, il l'appela des noms les plus odieux pour lui , les plus outrageants pour son père et pour sa mère , il vomit sur lui à pleins flots tous les jurements que lui inspirait sa verve exallée par le vin ou la fièvre politique ; puis il ordonna au patient de se lever ; et comme le patient avait encore un reste de vie, il fallut qu'il se levdt. Je me borne à raconter.

De jour en jour le caractère de ce geôlier devenait plus intraitable : ses passions s'envenimaient dans la solitude. L'oisiveté, la réclusion, l'ennui, ajoutaient je ne sais quelle susceptibililé haineuse , quelle impatiente aigreur à ce naturel déjà si violent. En repassant ses souvenirs , il revenait sans cesse sur des incidents dont il s'exagérait la porlée :

£n octobre , il avait sollicité pour lui et pour sa femme la permission de se promener dans les cours et jardins du Temple, . et le conseil général, auquel en avait référé le conseil du Temple, avait, en termes assez rudes, repoussé sa demande';

* Commune de Paris. — 16 octobre 1793.

« Le 25« jour du |e''mois de l'an U de la République française une et indivisible.

» Commission du Temple.

» Extrait du registre des délibérations du conseil général. » Sur le compte rendu par le citoyen Cellier, au nom des membres do conseil de service bier au Temple, qu'ils avaient accordé au citoyen Simon et à sa femme une carte pour se promener dans les cours et jardins , accompagnés d'un membre du conseil, à la charge par chacun d'eux de la rendre, lorsqu'ils rentreraient dans la tour, mais qu'ils s'étaient réservé de soumettre leur arrêté au conseil , pour obtenir son approbation ;

» Le conseil passe à l'ordre du jour motivé sur son précédent arrêté, qni ordonne que Simon n'aura pas de carte , et arrête que le présent sera envoyé dans le plus court délai à la commission du Temple.

• Signé : Li'bin , vice-président.

» DoRAT-CuBièRBS , secrétaire-greffier.

• Pour extrait conforme ,

> Mbttot , secrétaire«greffîer. •

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