‹ Louis XVIIChapitre 44 sur 206 · LIVRE XIII. — L'OEUVRE DE SIMON S'ACHÈVE · texte numérisé non relu

LIVRE XIII. — L'OEUVRE DE SIMON S'ACHÈVE

Tel fut cet homme, pendant sa courte mais si longue tyrannie. Toute Factivité de ses facultés , comprimée par la vie de réclusion qo^il menait , s^épanchait en humeur brutale sur ce malbeureux enfant qu*elle mettait à la torture. C'était pour lui un passe-temps dont il se faisait une tâche , un besoin dont il se faisait un devoir. Condamné à lui donner tout son temps , il lui jetait au nom de la République des paroles emphatiques et impérieuses, ou des menaces effrayantes, ou des châtiments cruels : c* était là son office aussi bien que son plaisir. 11 trouvait aussi un grand charme à lui causer quelques frayeurs ; les jours où il avait bu un peu plu§ que de coutume ^ la peur qu'il aimait à lui faire était ce qui égayait le mieux sa pesante ivresse.

Il savait qu'aux chefs qu'il servait rien ne paraissait plus doux ni plus charmant que de se venger sur Tenfant des remords que leur causait le meurtre du père ; il savait que la victime ne devait pas être tuée , mais que cependant elle devait mourir.

Il épousa donc de tout cœur cette politique qui s'était dit : On le fera végéter dans quelque coin obscur d'une prison où il mourra muet , où l'on emploiera pour me débarrasser de lui toute espèce de moyens, sauf le meurtre!... Robespierre et Marat avaient trouvé cet homme digne d'eux; cet homme capable de s'enfermer avec un enfant en acceptant la mission de loi nuire , de F attaquer dans sa santé pour affaiblir son intelligence, et d'affaiblir son intelligence pour l'attaquer dans son cceur; un homme capable de s'isoler avec l'engagement pris envers des hommes et envers lui-même, et tenu envers lui-même comme envers eux, de se faire un jeu des larmes d'un enfant, un plaisir de ses chagrins, une jouissance de ses cris, un besoin de ses terreurs, un devoir de sa dégradation; un homme capable de lui sucer le meilleur de son sang sans l'épuiser, n'achevant jamais le meurtre , mais le recommençant toujours. Oui, cet homme-là s'est trouvé pour couronner cette époque de crimes par un crime plus lâche ; bourreau soudoyé.

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il n*avait pas conçu ce forfait qui dépasse les plus hideux écarts du cœur humain , mais il Texécuta pendant près de sept mois avec un zèle et un sang-froid qui étonnèrent même ceux qui Favaient ordonné, a C'est un homme admirable de caractère, dit un jour Ghaumette; il est inflexible et toujours égal dans sa conduite. » Oui, Simon fut toujours inflexible et égal dans sa conduite. Jamais homme dans aucun état n^a si bien rempli les devoirs de sa charge. D'autres vont à leur comptoir, à leur bureau , à leur faction , à leur navire , à leur charrue ; lui , il allait à sa victime.

Jamais il ne quittait son poste de colère et de vengeance. Couvant d'un xbW jaloux son travail incessant de corruption et de mort , il était là jour et nuit , occupé à tuer lentement une créature innocente et frêle. Après Favoir torturée pendant tout le jour, il se couchait tranquille le soir, comme un homme qui s'est acquitté du travail de sa journée, et avec la ferme résolution de recommencer le lendemain ; et, le lendemain, il essayait un autre supplice sur la même victime devenue plus faible encore, puis il se rendormait et prenait des forces pour recommencer de nouveau.

Je sais qu'en vieillissant l'histoire s'est faite indulgente , et qu'il lui suffit de voir un fanatisme convaincu dans un homme pour réclamer en sa faveur des circonstances atténuantes. Il n'est sorte de piédestaux qu'elle n'ait dressés aux Cromwell et aux Sylla. Tibère pourtant n'avait pas moins de génie que Robespierre, et je ne vois pas que Tacite l'ait réhabilité.

Quoi qu'il en soit de cette abominable extravagance de notre temps, la manie des réhabilitations n'a pas encore songé à ramasser dans Fégout ce nom de Simon, pour essayer de le laver à la face du soleil.

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