‹ Louis XVIIChapitre 64 sur 206 · LIVRE XV. ~ LAURENT · texte numérisé non relu

LIVRE XV. ~ LAURENT

iOQl bai Fenfant, emmené par son conducteur et rentrant dans sa cellule pensif et soucieux. Ce furent les seuls mots qui lui échappèrent ce jour-là. Ne croyez pas que sa petite moisson de fleurs lui devint une distraction dans sa solitude : il les avait toutes laissées tomber sur le seuil de la porte où il s* était arrêté.... Je raconte, et je ne loue pas : il est des sentiments tendres et délicats auxquels on ne peut toucher sans profanation.

Pauvre enfant ! il savait que son père n* existait plus ; mais sa mère, sa tante, sa soeur, où étaient-elles? Il pouvait les croire encore près de lui.

Et pourtant , dans cette prison , il n'y a que sa sœur qui ne hi soit ni étrangère ni ennemie. Le regard et la bénédiction de sa mère , qu'il cherche , ne peuvent plus lui venir que du côté du ciel ; et on lui envie le triste bonheur de recevoir au moins de sa sœur les dernières caresses que sa mère, au moment de son départ pour la Conciergerie , déposa sur le front de sa fille comme le seul héritage qu'elle eût à partager entre ses deux enfants !

L'ombre mystérieuse qui régnait autour d'eux faisait parfois douter de leur existence même. Une lettre de Laurent, adressée le 10 vendémiaire an III (l'^'^ novembre 1794) au comité de salut public, nous apprend que, d'après un rapport à lui fait par le citoyen Walnn, adjudant général de service ^ plusieurs citoyen^ de garde disaient qu'ils ne savaient pas s'ils gardaient des pierres ou quelque chose, « Ces propos, ajoute Laurent, n'ayant pas -eu de suite, j'ai cru ne pas devoir leur en donner, et la garde a été descendue paisiblement. »

Les gouvernants étaient devenus de plus en plus ombrageux. Les premiers rangs avaient été nivelés par la guillotiné : les hoinîmes de second ordre apparaissaient et allaient combattre, n est vrai que, de plus en plus nombreux, les amis de la paix publique tentaient le retour vers la monarchie. Le nom de. Louis XVII était prononcé comme un espoir à l'oreille des op-

' n demearait me Saint-Pierre- Pont-aux-Choax, n» 13.

primés, comme un défi à l'oreille des oppresseurs. Aussi ne parlait-on que de conspirations : le pauvre enfant conspirait peut-être aussi lui-même avec ses grilles , ses verrous et ses portes de fer; il conspirait seul et en silence avec la résignation, avec la patience.

Les maîtres de la France , redoutant à la fois et les mouvements que ce nom royal pouvait susciter à Fintérieur et Fappui qu'il devait trouver dans les cours étrangères, le considéraient tout ensemble comme un levain permanent de discordes intestines et comme un otage qui importait essentiellement à leur sûreté. Les uns désiraient le rejeter conune un élément de troubles intérieurs , les autres le conserver comme un gage de sécurité politique. Aussi la conduite des conventionnels étaitelle toujours embarrassée, et leur perplexité immense , toutes les fois qu'il s'agissait de statuer sur le sort du fils de Louis XVI.

u Et moi aussi , disait Duhem ' dans la séance de la 2<' sansculottide de l'an II de la République une et indivisible (18 septembre 1794) , et moi aussi, il y a longtemps que je demande pourquoi il existe parmi nous un point de rassemblement pour l'aristocratie. Comme si un peuple qui a eu !e courage de conquérir sa liberté, d'envoyer son tyran à l'échafaud, pouvait conserver encore dans son sein un rejeton héritier présomptif de la royauté! Je demande si un pareil exemple se retrouve chez aucun peuple de l'antiquité , je parle de ceux qui ont eu le même courage et la même énergie que nous? Mais c'est ici un acte de souveraineté : il faut qu'il soit profondément médité. Que les comités s'occupent donc de la question de savoir

1 Duhem (Pierre -Joseph) , né à Lille, en 1760. d'abord maître de quartier au collëge d'Anchin, ensuite médecin, puis juge de paix, puis ëlu par le département du Nord à la Convention, en 1792, opina pour qu'il fût interdit à Louis XVI de se choisir un conseil , vota la mort de ce malheureux prince, et s'associa à toutes les mesures les plus exagérées de l'Assemblée. •Au 31 mai 1793, il contribua à la chute des Girondins. Compris dans la proscription du 12 germinal, il fut conduit au château de Haîn. L'amnistie du 4 brumaire lui ayant rendu la liberté, il redevint médecin, et fut employé dans les hôpitaux militaires. Il mourut d'une fièvre catarrhale, à ce, le 25 mars 1807.

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