‹ Louis XVIIChapitre 65 sur 206 · LIVRE XV. — LAUREXT · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — LAUREXT

si nous ne devons pas vomir loin de nous non-seulement ces rejetons, mais encore toute cette famille infernale des Capet et tous ceux qui y adhèrent. Nous avons en France pour ainsi dire deux nations, les royalistes et les républicains. Vous n^ aurez point de paix, point de sécurité, tant que Tune de ces nations pourra inquiéter, tourmenter la patrie. »

La proposition de Duhem resta et devait rester sans résultat, tant la peur de garder à Paris le ferment de T anarchie était combattue par la peur de mettre une arme puissante dans la main de Fétranger. Les meneurs des comités, affranchis de Fane et de Tautre de ces craintes , espéraient bien conjurer à la fois prochainement ces deux périls , et couvaient d^qn œil avide le dépérissement graduel d'une vie que les partis envieux se disputaient au soleil, tandis qu'eux Téteignaient à loisir et sans bruit dans les ténèbres de la prison.

Laurent faisait d'inutiles efforts pour paralyser cette pernicieuse influence ; que pouvait-il ? Sans cesse observé , il n'était pas même libre de suivre les élans de son bon vouloir et du sentiment réel d'intérêt que lui inspirait son jeune prisonnier.

L'excessive servitude à laquelle ses fonctions le condamnaient commençait aussi à lui devenir à charge, et ce n'était plus sans un profond ennui et sans un tendre regret qu'il pensait à son jardin désert et à son club abandonné.

Souvent déjà il s'était plaint aux commissaires de cette contrainte si assujettissante qui avait fini par vaincre Simon (Simon qui cependant n'était pas seul ! ) et qui finirait , certes , par l'user à la peine, si le gouvernement ne lui venait en aide et ne lui donnait un collègue pour le relayer dans son incessant travail de surveillance. Chose étonnante ! l'enfant luttait encore contre cette solitude et cette immobilité qui avaient déjà vaincu deux hommes.

Le troisième jour des sans-culottides (19 septembre 1794), Laurent s'adressa de nouveau aux comités de salut public et de sûreté générale pour leur rappeler que le citoyen Barras , qui l'avait installé dans les fonctions de gardien des enfants du

dernier tyran, Tavait assuré que, dès le lendeinaîii, il loi sei^l donné un collègue pour partager sa snrfeîUaiioe.

u Depuis cette époque, ajoute-t-il, je tous ai adressé plusieurs lettres dans lesquelles je vous ai exposé la Bécessité de ne pas ' me laisser seul chargé du dépôt qui m*est confiée Je n*ai reçu aucune réponse. Aujourd'hui que T attention de la Convention se fixe sur le sort des enfants du tyran y qu*on parle de royalistes , et que les mesures de précaution ne sauraient être portées trop loin, je crois devoir réitérer mes instances. Je nepensr pas suffire seul aux fonctions qui me sont confiées , et je crois de Tintérét de la chose publique que vous ne perdiez pas ma demande de vue. S'il arrivait en ce moment quelque événement, je ne pourrais pas vous en instruire moi-même. Je vous conjure donc , citoyens représentants , de m' adjoindre le plus tôt possible un ou deux collègues qui partagent ma surveillance , et répondent, conjointement avec moi, du dépôt qne vous m'avez confié. »

Ce ne fut qu'au bout de ciliquante jours que la requête dé Laurent fut enfin accueillie. Ëticoré dut-il cette satisfaction à une circotis tance accidentelle où , placé entre la calomnie des démagogues et sa propre conscience, il eut à provoquer la justice du comité de salut public 1

a Au Temple, lô 1" brumaire de l'an lit (22 octobre 1794).

i) Aux citoyens représentants du peuple tamposant te domité de salut public, etc,

)) CitoVens représentants^

» Dans la séance de la section du Temple du 20 vendémiaire^ trois individus de cette section dirigèrent contre moi plusieurs calomnies , auxquelles je répondis avec le langage de la vérité et le témoignage d'une conscience pure.

» Dans la séance d'hier, ces mêmes individus sont revenus à la charge, et ont fait arrêter que j'avais perdu la confiance de

section , et que le procès-verbal <;ontenant les dénonciations

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serait apporté aux comités de sûreté générale et de salut public. Mes dénonciateurs se sont fait nommer commissaires eux-mêmes pour ¥0us apporter ces pièces. — J'offre de prouver que ces inculpations sont fausses et calomnieuses; que les individus qui les ont avancées sont des êtres immoraux et tarés dans Fopinion publique , dont Fun a fait trois banqueroutes frauduleuses de cinquante mille écus , et dont F autre a été repris de justice , il n^y a pas trois mois , pour avoir vendu à faux poids et fausses mesures. J'offre de prouver qu'eux seuls ont parlé dans la discussion qui me concernait, qu'ils ont été les dénon^ dateurs , les rédacteurs du procès-verbal , les provocateurs de l'arrêté , et qu^ils se sont fait nommer commissaires pour vous l'apporter.

» Je n^ai sollicité en aucune manière, citoyens représentatits^ remploi important que vous m* avez confié ; il serait dur pour on citoyen honnête de le quitter d'une manière ignominieuse* Je vous demande une justice qu'il est dans vos principes d'accorder à tout citoyen : c'est de ne pas prononcer sur mon compte sans m^ avoir entendu t vous écouterez ma justification et vous jugerez si elle est satisfaisante.

» Laurent , chargé par les comités de salut public et dé » sûreté générale de la garde dés enfants de Capeti »

Cette lettre, aussi bien que les explications données par Lau-* rent, lui gagnèrent les sympathies des membres les plus honorables des comités.

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