‹ Louis XVIIChapitre 66 sur 206 · GOMIN ADJOINT A LAURENT · texte numérisé non relu

GOMIN ADJOINT A LAURENT

18 brumaire an III — 9 germinal an III (8 novembre 1794 — 29 mars 1795).

Koioination de Gomin, — Sa biographie. — Ses sentiioents en entrant à la tour. — Ses premiers rapports avec Louis XVII. — Détails sur le service intérieur du Temple. — Fleurs données au Prince. — Le sentencieux Delboy. — Premières paroles de l'en&nt-Roi à Gomin. — Courageux article d'un journal. — Protestation du comité de sûreté générale. — Démarches diplomatiques en fisiveur des prisonniers du Temple. — Délibération de la Convention sur leur sort. — Mot cruel du municipal Cazeaux. — Fermeté de caractère de l'enfant. — Sa convalescence arrêtée. — Le commissaire Leroux et le quatorze de tyrans. — Cartes données au jeune Roi. — Le tabletier Debieme. — La santé de reofont empire. — Rapport du conseil général de la Commune au comité de sûreté générale. — Commission nommée pour examiner le Prince. — Récit de Harmand (de la Meuse). — Appréciation de ce récit. — Aucune amélioration n^est apportée au régime du Temple. — Attentions affectueuses de Gomin. — Une tourterelle au Temple. — La pensée de l'enfont toujours tournée vers sa mère. — Sinistre pronostic du municipal Collôt. — Laurent quitte le Temple.

Par décision du 18 brumaire an III (samedi 8 novembre 1794) , « le Comité de sûreté générale, sur la présentation de la commission de police administrative, adopte et choisit U citoyen Gomin pour être adjoint à la garde du Temple, et charge la section de police de l'appeler à son poste '. Mandé, le lendemain , dans le sein de cette dernière commission , le nouvel agent apprit sa nomination , rédigée dans les termes que nous venons d'indiquer. Il voulut s'excuser; mais on lui fit comprendre qu'il n'avait pas le droit de refuser, et qu'il fallait se rendre immédiatement à son poste : u La voiture t'attend. » Gomin y monta, fort soucieux de la charge inattendue qu'on lui

* Termes de l'arrêté, qui est signé Garnier (de l'Aube) , Mathieu, Har' tnand, SentaboUe, Reubell, Barras, Monniayou et Rêver chon.

LITRE XVI. - GOMli\ ADJOUT A LALUEAT. 241 inipOHit, mais ne laissant, du reste, nulle inquiétude derrière lui; il n'avait plus ni son pËre ni sa mère; il n'était pas marié; il n'avait d'autre famille que des tantes , éloignées alors de Paris. Gomin était né le 17 janvier 1757'; il était tils d'un

JJPMIN, EN 18*0.

tapissier d^l'lle Saint-Louis. La maison où le père avait tenu WD magasin et où la révolution vint chercher le fils fait face i l'église Sainl-Louis et porte aujourd'hui le n° 38. Gomin ne Ht d'abord à quelles influences attribuer sa nomination : il jODÎggait djms son quartier de la réputation d'un homme doux a tranquille, n'ayant rien qui le recommandât aux suffrages des exaltés , auxquels sa modération n'aurait pu que le rendre •aspect.

' Il «ri mort i Puntoiie le 11 jàawier 1841 .

i4^ LOLIS XVII.

Il apprit plus lard que M. le marquis de Fenouil, qui avait demeuré dans Tile Saint-Louis et qui le connaissait particnliè* rement, avait, grâce à certaines intrigues soi-disant patriotiques qu'il avait su ménager et employer avec art, contribué puissamment à une nomination qui était une garantie pour le parti royaliste.

J'entre dans ces détails , parce que je tiens beaucoup à faire connaître cet homme, auquel je dois sur cette dernière période de la vie du Dauphin un grand nombre de particularités inté^ ressantes auxquelles il se trouve souvent mêlé. C'était un esprit droit) un caractère prudent, qui sous la réserve officielle indis« pensable à ses fonctions cachait un cœur loyal, timide sans doute , mais d'une exquise sensibilité. Je l'ai beaucoup connu dans les dernières années de sa vie : cet homme, qui avait vieilli au souffle des .orages , avait , à quatre-vingts ans , une mémoire et une activité de trente ans. Il avait vu s'évanouir toutes ses illusions politiqijies , -eomnaie cela arrive presque toujours ; et à mesure qu'elles f'én: allaient, les impressions de la première mokié de sa carri&jtt^Snvivaietit avec plus de force « escortées de leurs tardifs r0gr^ts et de lelir$ mélancoliques souvenirs. L'immense intérêt d^^curiosité que j^'avais mis tout d'abord à le chercher se changea bientôt en une affection vraie, lorsque je fus à même de le connaître. J'avais senti , en l'écoutant, qu'il avait beaucoup souffert ^ et je m'étais attaché à lui cordialement. Sa cotiôance m'a largement payé de mes sentiments , en me révélant tous les vieux troubles de son âme , et en mettant devant moi sa conscience à découvert.

Voici quels étaient ses combats intérieurs, ses dispositions morales au moment de sa nomination : « Forcé d'obéir, me dit-il, j'acceptai, non pas avec l'accent facile et naturel d'un cœur à Taise, oh! non, la crainte secrète, l'inquiétude tacite, qu'il n'en résultât quelque accident pour moi, agitaient mon esprit. Enfin , vous dirai-je le triste effet que produisit sur moi la vue de l'échafaud : j'eus peur, et je me soumis.

» J'avais une immense compassion pour cette famille, pour

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