LIVRE XVI. - GOMIN ADJOINT A LAURENT
nité des paroles de Mathieu rencontra la complicité de leur silence.
Noos avons cru devoir transcrire dans son entier cette pièce importante , parce qu^elle nous a paru faire connaître la véritable situation du jeune Roi après le 9 thermidor. Les successeurs de Robespierre n* avaient point, comme on le voit, plus que lui Tintention d'ouvrir les portes du Temple. La révolution avait changé de guides sans changer de route. Les mêmes appréhensions tenaient constamment en éveil les nouveaux dictateurs, troublés dans leur toute-puissance par le fantôme de la royauté sous les traits d'un enfant. Tout ce qui remuait sous leur verge de fer leur semblait conspirer contre eux : chaque parole, chaque écrit, chaque mouvement qui révélait encore un peu de vie dans le corps social passait incessamment sous leur regard scrutateur. La peur retenait dans les rangs de la milice nationale des vieillards pour qui Theure de la retraite était sonnée : parfois aussi elle y enrôlait des adolescents, incapables encore du service militaire. Une lettre des gardiens du Temple, portant la date du l"" nivôse an III (21 décembre 1794), avertit le comité de sûreté générale que le détachement de canonniers qui avait, la veille, relevé la garde du Temple, n'était composé que d'enfants sans armes et hors d'état de faire le service de l'artillerie. Le comité s'alarme d'un tel état de choses, « auquel, écrit-il dans un ordre envoyé au comité militaire, il est d'autant plus instant de remédier, que des avis particuliers apprennent que des ennemis de la tranquillité se promettent de la troubler sous peu de jours. »
Neuf jours après , Duhem dénonça à son tour, à la tribune nationale, un ouvrage qui venait de paraître squs le titre de : « Le Spectateur français pendant le gouvernement révolutionnaire, n et qui exprimait le désir que le peuple fût consulté individuellement sur la constitution de 1793. « De deux choses Tune, disait l'auteur, ou la majorité de la nation est pour la république, ou elle est contre. Si, comme nous le présumons, elle est en sa faveur, vous donnez à l'Europe entière la preuve
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bien importante que vous n'avez fait que suivre le vœu de la nation et que vous n'avez été que Forgane de sa volonté. Si elle est contre, la Convention n'aura à se reprocher qu'une erreur d'autant plus excusable que l'effervescence populaire et une idée sublime l'y auraient entraînée. Elle en acquerra plus de gloire à se départir de son opinion et à la sacrifier au vœu national, qui lui sera alors bien connu. » Duhem, qui avait appelé Louis XVI le plus grand des traîtres , et qui , à travers sa haine , envisageait la royauté du fils comme la plus grande des hontes , ne manqua pas de voir dans cet écrit un moyen adroit imaginé par un royaliste pour faire rejeter la constitution par le peuple. Sa dénonciation non-seulement conduisit devant le tribunal révolutionnaire l'auteur de la brochure \ mais elle donna lieu dans le sein de la Convention à des débats assez animés. Lequinio, député du Morbihan, qui, en votant la mort du Roi, avait regretté que la sûreté de l'État ne permît pas de le condamner aux galères perpétuelles, s'élança à la tribune et s'écria :
tt Déjà, depuis plusieurs jours, il est manifeste à tout homme que les malveillants et Içs intentions perfides des royalistes prennent une nouvelle action. Jamais vous n'imposerez silence aux royalistes, si vous ne leur ôtez l'espérance qui leur reste : je veux parler du dernier rejeton de la race impure du tyfan, qui est au Temple. On a déjà demandé l'expulsion de cet en* faut. Je demande que vos comités de gouvernement prennent des mesures et vous présentent les moyens de purgef le sol dé la liberté du seul vestige de royalisme qui y reste *. >}
La demande de Lequinio fut renvoyée aux comités ; Topitiioil de ceux-ci, comme nous l'avons dit, était pat^tagée sui* Cette grave question, que les plus habiles (est-ce là le mot dotit on doit se servir?) espéraient bien résoudre avec le temps, com-
^ M. de Lacroix, ancien professeur au Lycée, qui plaida Ini-méme la cause avec talent et fut absous.
^ Séance de la Convention du 8 nivAse an Ili (dimanche 28 décembre 1794). {Moniteur universel du 10 nivôse an III, 30 décembre 17P4.)