LIVRE XII. — MOKT DE LA REIX'E. M
les accapareurs n'apportait aucun soulagement aux souffrances du peuple. Aux échecs éprouvés dans le Nord , la Vendée , à Tooest, répondait par des victoires, et mettait, aux Pontsde-Cé, Farmée républicaine ^n déroute complète; au midi, Lyon, toujours en lutte, bouillonnait à la veille d'une collision sanglante ; et Toulon et Marseille voyaient rôder devant leurs ports la flotte menaçante de TAngleterre. Tout semblait présager aux chefs de Fanarchic que leur pouvoir tyrannique penchait vers sa ruine. Ils sentirent la nécessité de frapper un grand coup. Le sang de Louis XVI fumait encore, mais il ne fallait pas le laisser se refroidir.
Le jeudi 1*"^ août, Barère fit à la Convention nationale un rapport sur la conjuration de TËurope contre la liberté franfaise. a Le comité , dit-il , vient d'acquérir la preuve que l'Angleterre entretient dans nos villes , dans nos ports , dans nos campagnes, des agents qui sont chargés d'incendiernos magasins et nos arsenaux , et de faire assassiner les patriotes par des femmes et des prêtres réfractaires : déjà ces scélérats ont exécuté en partie leur horrible mission. Dubois-Crancé nous écrit que Pitt a fait passer à Lyon quatre millions en numéraire; et nous savons qu'une flotte de vingt-quatre vaisseaux anglais , stationnée dans l'un de nos ports du Midi, y a envoyé un vaisseau soi-disant parlementaire. »
Le rapporteur, continuant à entasser les nouvelles les plus absurdes et les plus incohérentes , pour jeter un aliment aux passions populaires, donne lecture d'une lettre découverte à Lille, écrîte*à un Anglais, sans signature, mais attribuée au duc d'York ou à l'un des plus intimes agents de ce prince. Celui auquel elle est adressée est qualifié de milord. Presque tous les personnages dont il est parlé dans cette pièce n'y sont désignés que par les lettres initiales de leurs noms , à l'exception de La Marliëre , qui est nommé tout au long. 11 paraît que plusieurs de nos généraux doivent être dans le complot, et qu'une branche de ce complot était d'incendier les fourrages de nos armées, le même jour, dans toutes les villes de la
République. L* auteur recommande de discréditer les assignats républicains , de refuser tous ceux qui ne portent pas Teffigie royale, de faire hausser le prix du pain , d^accaparer.tous les objets de nécessité , d* acheter à tout prix la chandelle et le suif, de manière à les faire monter jusqu'à cinq livres la livre. « Je vous prie de ne pas épargner l'argent. Nous espérons que les assassinats se feront avec prudence : des prêtres déguisés et des femmes seront les gens les plus propres à cette opération. Envoyez 50,000 livres à Rouen et 50,000 livres à Caen. »
Barëre lit ensuite quelques-unes des déclarations faites, dit-il, par Charier , chef des rebelles de la Lozère , « et qui semblent se lier avec celles de Fauteur anglais. On y voit que Bourbon (ci-devant duc) devait commander en chef dans le Midi; que les Espagnols n^ont feint d'attaquer Perpignan que pour s'assurer de Bellegarde ; que la Savoie nous a attirés dans ses défilés pour nous y égorger; qu'un débarquement devait s'opérer à Cette ou dans un autre port de la Méditerranée. »
Barère cite ensuite u au tribunal des nations et de l'histoire le peuple anglais , qui se vante d'aimer la liberté, et qui veut nous empoisonner de la royauté qu'il adore avec superstition ; ce peuple auquel l'avarice conseillait tant de crimes et la politique tant de forfaits » . U cite à ce tribunal u le gouvernement britannique , qui ne connaît que l'or pour mobile , qui a chez lui le tarif des hommes , des orateurs , des législateurs » ; il y appelle le ministre Pitt, « ce jeune esclave d'un roi en démence, cet homme qui ne s'est fait un nom que par la bassesse de ses intrigues et de ses vices... Est-ce l'oubli des crimes de l'Autrichienne, s'écrie-t-il , est-ce notre indifférence pour la famille Gapet qui a abusé ainsi nos ennemis? Eh bien, il est temps d'extirper tous les rejetons de la royauté ! »
Barère lut enfin une lettré qui apprenait d'une manière officielle la prise de la ville de Valenciennes, menacée depuis quelques jours par l'armée ennemie.
A la suite de ce rapport alarmiste, qui ne paraîtrait que grotesque si l'on n'apercevait pas le but que se proposait Ba-