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LIVRE XVI. — GOMIN ADJOINT A LAURENT

plus réservées et plus brèves, il n'avait pas du moins perdu toute parole; et ce n*est, comme nous Tavons dit, qu'après le règne de Simon et sous l'oppression solitaire et cachée des municipaux , que la victime , révoltée de tant d'outrages , avait résolu de ne plus rien demander et de ne plus rien répondre.

Quoi qu'il en soit, après avoir écouté les mandataires de la municipalité, le Comité de sûreté générale désigna Jean-Baptiste Harmand (de la Meuse) , un de ses membres , qui avait dans ses attributions la section de police de Paris, pour aller au Temple , avec deux de ses collègues , s'assurer de la vérité et faire un rapport détaillé sur tout ce qui concernait le fils du dernier Roi. Cette démarche eut lieu le lendemain 9 ventôse (vendredi 27 février).

£n reproduisant ici le récit que Harmand nous a laissé de sa visite au Temple, nous ferons observer que la rédaction n'en fut donnée qu'en 1814', après le retour des Bourbons. Le conventionnel Harmand avait , dans le procès de Louis XVI , voté pour le bannissement immédiat ; c'était un homme honnête, ennemi de la violence, et qui, pendant les mauvais jours de sa vie politique, n'avait pas fait de mal, et avait souvent réussi à faire le bien : je ne doute pas que les sentiments qu'il exprime dans son récit ne fussent réellement au fond de son . cœur; mais nous savons par Gomin, témoin de la visite du 27 février 1795, que le député Harmand (qui avait moins d'audace et partant moins d'influence que ses deux compagnons) a peu parlé dans celte entrevue , et que presque toutes les questions qu'il met dans sa propre bouche ont été adressées au jeune prisonnier par Mathieu, auteur du rapport fait à la Con- . vention le 2 décembre précédent, et qui plus d'une fois déjà, comme nous l'avons vu, était venu donner des ordres à cette prison d'État, placée en quelque sorte sous sa surveillance plus spéciale.

' Sous ce titre : Aneedotei relatives à quelques personnes et à plusieurs événements remarquables de la révolution, rëimprimé en 1820. après la mort de l'auteur.

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Du reste, il est facile de reconnaître, au compte ^e rend Harmand des attentions et des prévenances qu'il dit avoir eues pour UJUs unique de son Roi, son Roi hti-même, que son langage, entaché d'exagération, n'a nullement la couleur du temps, et que ses sentiments de 1814 ont déteint snr son récit de j^ 1795. Cette précaution prise, entrons avec lui au Temple : ;,

« Mon cœur y volait, dit-il; mais comme je n'ai pas voté la mort du Roi et que les préventions attachées à l'opinion coik traire prévalaient alors, je délibérai; et les connaissances ^ locales ne me permettant pas de douter que si , à mon retour j du Temple , je faisais un rapport favorable aux illustres pri- |. sonniers, je serais écouté avec une prévention nuisible pour eux et moi , et n'étant pas capable d'en faire un contraire , je demandai qu'on m'adjoignit quelques membres du comité.

» On nomma IIM. Mathieu et Reverchon, tous deux membres aussi du comité , et j* espère que ce que je vais en dire ne les offensera pas.

» Une préoccupation dont je n'ai pas été, le maître ne m'a pas permis de garder la date précise de notre visite au Temple; mais voici les faits :

» Nous arrivâmes à la porte sous l'affreux verrou de laquelle était enfermé le fils innocent, le fils unique de notre Roi, notre Roi lui-même.

» La clef tourne avec bruit dans la serrure, et la porte ouverte nous offre une petite antichambre fort propre, sans autre meuble qu'un poêle de faïence qui communiquait dans la pièce voisine par une ouverture dans le mur de séparation , et que Ton ne pouvait allumer que par cette antichambre. Les commissaires nous dirent que cette précaution avait été prise pour ne pas laisser de feu à la discrétion d'un enfant.

» Cette autre pièce était la chambre du Prince et dans laquelle était son lit ; elle était fermée en dehors : il fallut encore l'ouvrir. Ce mouvement de clefs et de verrous porte à l'âme un noir d'autant plus pénible que la réflexion ne fait qu'y ajouter au lieu de le dissiper.

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