‹ Louis XVIIChapitre 83 sur 206 · LIVBE XVI. — GOMIN ADJOINT A LAURENT · texte numérisé non relu

LIVBE XVI. — GOMIN ADJOINT A LAURENT

recos pas un mot de réponse, pas même un signe ou un geste, quoî^'il eût la tête tournée vers moi, et qi|^il me regardât avec une fixité étonnante, qui exprimait la plus grande indifférence.

» Alors je me permis de prendre un ton un peu {$lus prononcé, et j*osai lui dire : u Monsieur, tant d'opiniâtreté à votre âge est un défaut que rien ne peut excuser ; elle est d'autant plus étonnante, que notre visite, comme vous le voyez, a pour objet d'apporter quelque adoucissement à votre situation , des soins et des secours à votre santé. Comment voulez-vous qu'on y parvienne , si vous refusez toujours de répondre et de dire ce qui vous convient? Est-il une autre manière de vous le proposer? ayez la bonté de nous le dire, nous nous y conformerons. » Toujours le même regard fixe et la même attention , mais pas un seul mot.

» Je repris : « Si votre refus de parler, Monsieur, ne coin*promettait que vous , nous attendrions , non sans peine , mais avec plus de résignation , qu'il vous plût de rompre le silence , parce que nous devons en conjecturer que votre situation vous déplaît moins sans doute que nous ne le pensions, puisque vous ne voulez pas en sortir; mais vous ne vous appartenez pas; tous ceux qui vous entourent sont responsables de votre personne et de votre état , voulez-vous les compromettre ? voulezvous nous compromettre nous-mêmes? car quelle réponse pourrons-nous faire au gouvernement dont nous ne sommes que les organes? Ayez la bonté de me répondre, je vous en supplie, ou bien nous finirons par vous l'ordonner. » Pas un mot, et toujours la même fixité.

» J'étais au désespoir et mes collègues aussi; ce regard, surtout, avait un tel caractère de résignation et d'indifférence, qu'il semblait nous dire : Que m'importe, achevez votre victime ! •

» Je le répète, je n'en pouvais plus ; mon cœur se gonflait, et je fus prêt à céder aux larmes de la plus amère douleur; mais quelques pas que je fis dans la chambre me remirent, et me confirmèrent dans l'idée d'essayer l'effet du commande-

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ment, ce que je tentai en effet, en me plaçant tout près et àk '^ droite du Prince , e| en lui disant : « : Monsieur, ayez la com- ^ plaisance de me donner la main. » Il me la présenta, et je sen- ^^^ tis, en prolongeant mon mouvement jusque sous Faisselle, une .tumeur au poignet et une au coude, comme des nodus ; il pa- ,„ raît que ces tumeurs n^étaient pas douloureuses, car le Prince ^ ne le témoigna pas. « L^ autre main. Monsieur. » Il la présenta .^ aussi ; il n'y avait rien. « Permettez , Monsieur, que je touche ^ aussi vos jambes et vos genoux. » Il se leva. Je trouvai les mêmes grosseurs aux deux genoux , sous le jarret.

» Placé ainsi, lé jeune Prince avait le maintien du rachitisme . et d'un défaut de conformation; ses jambes et ses cuisses étaient longues et menues, les bras de même, le. buste très- ^ court, la poitrine élevée, les épaules hautes et resserrées, la tête ^ très-belle dans tous ses détails, le teint clair, mais sans couleurs, ^ les cheveux longs et beaux, bien tenus, châtain qlair. « Main- ', tenant , Monsieur, ayez la complaisance de niarcher. » Il le fit ^ aussitôt, en allant vers la porte qui séparait les deux lits^, et ' il revint s'asseoir sur-l&-champ. « Pensez-vous, Monsieur, que ce soit là de l'exercice, et ne voyez-vQus pajS, au contraire, que cette apathie seule est la cause de votre mal et d£s accidents dont vous êtes menacé? Ayez la bonté d'en croire notre expérience et notre zèle. Vous nd pouvez espérer de rétablir votre santé qu'en déférant à nos demandes et à nos conseils ; nous vous enverrons un médecin, et tious espérons que vous voudrez bien lui répondre. F^aites-noUs signe au moins que cela ne vous déplaira pas. » Pas tm signé , pas un n^Ot. » Monsieur, ayez la bonté de marcher encore et un peu plus longtemps. » Silence et refus* 11 resta sur son siège, les cpudés appu^^és sur la tablé; ses traits ne changèrent pas un seul ihstaiit , pas la moindre émotion apparente, pas le moindre étohnemeilt datis les yeux, Comme si nOus n'eussions pas été là i et comme di je tl'eusse rien dit. Mes collègues ne parlaient pas. Nous iious regardiotis

* « Gdmme je l'ai dit, il n'y àwait plu8 qii'ùn lit ddns sa cliaBiifre. > — Odml\.

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