LIVRE XVI. — GOMIN ADJOINT A LAURENT
une telle détermination et y persévérer? C'est ce qui n'est pas vraisemblable sans doute ; mais je réponds à ceux qui douteraient ou qui nieraient, par un fait et par des témoignages que j'indique et auxquels on peut recourir.
» Quoi qu'il en soit, avant de sortir de l'antichambre du Prince, mes collègues et moi nous convînmes que , pour l'honneur de la nation qui l'ignorait, pour celui de la Convention, qui, à la vérité, l'ignorait aussi , mais dont le devoir était d'en être instruite , pour celui de la coupable municipalité de Paris ellemême, qui savait tout et qui causait tous ces maux, nous convînmes que nous nous bornerions à ordonner des mesures provisoires qui furent prises sur-le-champ, et que nous ne ferions pas de rapport en public, mais en comité secret dans le comité seulement; ce qui fut fait ainsi. "
Dans ce compte rendu d'une visite faite par un républicain aa fils du tyran, les sentiments paraissent ceux d'un royaliste et les formes celles d'un courtisan. Le lecteur aura fait la part des temps et des lieux, et aura senti tout ce qu'il devait y avoir d'exagéré et môme de tronqué dans cet acte de la révolution rédigé pour la légitimité ^ Mais telle qu'elle est, celte pièce nous a paru offrir un trop haut intérêt pour ne pas être rapportée dans son entier. Le fond de la situation du Prince s'y révèle sous cette enluminure royaliste qui va presque jusqu'à ileurdeliserla Convention. Indépendamment des erreurs indiquées par Gomin, il en est une plus importante qu'il est de notre devoir de signaler encore avec l'autorité de ce respectable témoin,
* Harmand (Jean-Baptiste), désigné comme conventionnel sous le nom de Harmand de la Meuse, né à Souilly (Meuse) le 10 novembre 1751. avait, dans le procès de Louis XVI, voté pour le bannissement immédiat; puis, revenant vers une opinion extrême, se prononça contre le sursis. Après la chute de Robespierre, il se rangea avec zèle du parti thermidorien. Ce fat alors qu'il fut nommé membre du comité de sûreté générale. Il manifesta depuis cette époque un grand esprit de modération, notamment pendant sa mission en Alsace. S* étant montré favorable à la révolution du 18 brumaire, il fut nommé préfet du Haut-Rhin, peu de temps après consul à Saint- Ander, pois consul général à Dantzig; mais il ne se rendit ni à l'un ni à l'autre poste, et demeura résolument à Paris, où, s' étant, par son obstination, fermé sa carrière, il fut bientôt à bout de ressources. Il y mourut le 24 février 1816. TOUB II. 16
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c'est que les députés de la Convention n'ordonnèrent point que cet exécrable ordre de choses fût changé à l'avenir. Malgré les L prétendues marques de bienveillance prodiguées au prisonnier, i^ son sort ne fut point sensiblement amélioré ; on ajouta quel- ;^ quefois un plat de dessert à ses repas , mais le régime général de la prison resta le même. ^
Quant au silence opiniâtre gardé par le Prince dans cette ^ visite, à laquelle le narrateur a voulu donner une trop grande ; . portée, et qui en définitive n'amena aucun résultat, nous avons 1 . déjà eu l'occasion d'expliquer notre pensée à ce sujet. Mais si nous avons cru devoir combattre le motif ancien et unique aur ^ quel ce récit attribue et fait remonter l'inflexible détermination . du jeune prisonnier, nous devons dire aussi qu'il est probable i que cette réunion de commissaires de la Convention et de la ^t Commune lui rappelait de tristes scènes, peut-être celle où on « avait abusé de quelques mots arrachés à son ignorance pour ] les aiguiser en poignard et les tourner contre sa mère. Ces bienveillantes attentions , ces douces prévenances de ses ennemis, devaient réveiller dans son esprit le souvenir des fruits et des liqueurs que Simon lui avait prodigués afin d'obtenir cette signature que Daujon désirait pour donner de l'éclat à son œuvre, el Hébert du crédit à son infamie, en la faisant endosser par l'innocence d'un enfant.
L'infortuné, nous l'avons dit, n'avait jamais vu sans répugnance et sans frayeur les membres de la Convention et de la Commune, à l'exception de quelques-uns qui depuis longtemps n'avaient plus accès près de lui. Convaincu par une longue expérience qu'on lui avait fait payer au centuple le peu de consolation qu'on lui avait offert jusqu'à ce jour, il se défiait naturellement des promesses enjôleuses des visiteurs. Son air d'indifférence et de dédain semblait leur dire : Vous me faites mourir depuis deux ans, que m'importent aujourd'hui vos caresses ! achevez votre victime! De tout le récit à» M. Harmand (de la Meuse), c'est cette dernière appréciation qui est la plus vraie.