‹ Louis XVIIChapitre 86 sur 206 · LIVRE XVI. — GOMli\ ADJOINT A LAUKEXT. tJ · texte numérisé non relu

LIVRE XVI. — GOMli\ ADJOINT A LAUKEXT. tJ

rignore ce qui se passa dans le comité secret où la Convention icoata le rapport de sa commission envoyée au Temple, rapport assurément rédigé dans d'autres termes que celui que nous venons de lire ; mais aucune disposition favorable n'en fut la suite , aucun ordre généreux ne fut donné , aucun médecin ne fut délégué, aucun remède ne fut employé, et le jeune ma* lade, privé de tout secours, s^achemina vers la tombe. M. Harmand déclara plus tard qu* envoyé en mission peu de jours après sa visite à la tour, il n* avait pu suivre Texécution des mesures qu'il avait prescrites pour Famélioration du sort de X enfant- Roi, mais s'il avait ouvertement manifesté ses bienveillants désirs à cet égard , il est bien naturel que le comité Tait éloigné de Paris à cette époque. La mort du fils de Louis XVI était résolue. Quand bien même il n'eût point été le représentant légitime de la royauté , je doute que cet enfant eût , après tant d'infortunes, trouvé grâce aux yeux de ses ennemis; il entrait dans les principes de la tyrannie révolutionnaire de sacrifier sans examen ceux qu'elle avait opprimés sans justice.

Plein encore d'espérances et d'illusions, Gomin essaya de multiplier autour du Dauphin non pas les plaisirs , hélas ! ce mot était à jamais retranché de cette misérable vie , mais les distractions et les délassements. Sa pitié pour les victimes s'était bientôt changée en affection , et cette affection , toujours contrainte, grandissait toujours parmi les lutles muettes du cœur.

U allait parfois chercher dans la bibliothèque du Temple un ouvrage qui pût intéresser l'enfant , et il le lui présentait ouvert : « Je prie Mon;sieur de vouloir bien lire. » Et l'enfant commençait à la page indiquée , de la meilleure grâce du monde. Son isolement, ses chagrins, la privation de tout livre, de toute étude, ne lui avaient point fait oublier ce qu'il avait appris. Il lisait avec beaucoup de netteté et de correction, en tenant le livre à distance, sur ses genoux ou sur la table. C'était ordinairement un volume des Contes moraux de Marmontel, ou des Veillées du château, ou de V Histoire de France. Quelles

amères réflexions devait suggérer à ce malheureux enfant celte dernière lecture , qui lui retraçait la grandeur de son pays et i de sa race, si longtemps unis dans une destinée commune ! |

Mais un jour, je ne sais dans quel conte de Marmontel, il rencontra une anecdote qui captiva au plus haut point son at- ! tention et son intérêt. Il lut avidement jusqu^au bout toute rhistoire, qui, sombre d^abord, se terminait, comme cela ar- . rive, parla délivrance et la félicité du héros. j

L^enfant faisait-il un retour sur sa propre destinée ? Tant de douleurs, placées au seuil de la vie, lui faisaient-elles espérer que lui aussi , héros d'une lamentable histoire , verrait à son tour des temps meilleurs?

Déjà oublieux de sa propre infortune en présence de ce bon* heur imaginaire, le pauvre petit lecteur se prit à sourire un instant à travers ses pleurs , comme une matinée d'avril mêlée de pluie et de soleil. Dans ces rares moments de satisfaction, ses traits avaient encore une douceur et une grâce angéliques ; un peu de bonheur lui aurait rendu toute la beauté de Fenfance.

Quelques jours s'écoulèrent; le 17 ventôse an III (samedi 7 mars) , le brave Debierne revint voir son complice du Temple, et lui dit : « J'ai encore un joujou à vous donner, regardez un peu ici. n Et en disant cela, il entr* ouvrit son habit croisé sur sa poitrine, et une charmante petite tourterelle avança la tête. Gomin fut moins reconnaissant qu'inquiet de cette attention nouvelle , plus compromettante que la première , et qui pouvait créer des embarras avec un commissaire mal disposé. Celui du jour ne lui inspirant aucune confiance , il prit le parti de garder jusqu'au lendemain , dans la salle du conseil , le mélancolique oiseau , et d'attendre un moment propice pour le faire parvenir à sa destination. La figure et les manières du nouveau municipal lui ayant effectivement le lendemain rendu un peu d'assurance, Gomin, à l'heure du dîner, monta la tourterelle et la plaça dans la tourelle. Le prince s'en occupa peu. Il avait naguère beaucoup aimé les oiseaux, mais depuis que son affec-

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