LIVRE XVI. — GOMIN ADJOINT A LAURENT
tion pour le serin qu'on lui avait donné du temps de Simon lui avait attiré une scène fort pénible, ce goût s'était éteint ; d'ailleurs la diminution graduelle de ses forces faisait succéder chez lai, à un caractère vif et actif, l'indifférence et l'apathie. La tourterelle ne vécut pas. Gomin ne la regretta point : elle aurait pa le rendre suspect.
Un jour, le ^ ventôse (dimanche 15 mars), ce timide et généreux surveillant, reconduisant jusque dans la seconde cour Debieme qui se retirait , rencontra Liénard , et la conversation s'engagea snr les prisonniers. La présence de Debierne et le souvenir des réflexions de Delboy relatives à la nourriture des enfants de Louis XVI enhardirent Gomin à dire à l'économe : « Nous sommes sous le règne de l'égalité ; pourquoi n'ont-ils pas le même dîner que nous? » Liénard lui répondit sans émettre d'avis personnel : « 11 y a un règlement , il faut bien que je le suive; j'ai ma consigne comme un soldat. — Vous avez raison, » lui répliqua Gomin, qui avait peur de son ombre, et qui s'étonnait d'avoir osé toucher à une telle question. Debierne , voyant son trouble , lui vint en aide , et ajouta comme lui , mais avec un autre courage : a Vous avez raison , citoyen Liénard, la discipline militaire d'abord et avant tout. Qu'est-ce que la conscience auprès d'un règlement? » Puis, s'en allant avec Gomin : u Je ne puis supporter, disait-il, ces gens qui ont toujours le règlement à la bouche, et qui obéissent à ce que des hommes ont mis sur le papier, au lieu d'obéir à ce que Dieu a mis dans le cœur. Tenez, parlez-moi de votre ancien curé du Temple, du temps où il y avait encore un bon Dieu et des églises : celui-là né crut pas avoir assez fait d'obéir au règlement, il obéit à la règle, et rétracta le serment civil qu'il avait prêté *. »
* Debierne faisait allusion au cure du Temple , nommé La Qnesnoi , qui . après avoir prêté le serment à la constitution civile du clergé, se rétracta par la lettre suivante , écrite à Bailly, maire de Paris :
' « Monsieur le Maire , » Égaré par l'amour de la paix, par le désir de rester au milieu d'un troupeau qui m'est cher, et pour lequel je conserverai jusqu'au tombeau le plus
Debierne revint souvent au Temple, sous le prétexte de Gomin, son parent supposé. Celui-ci, à ce titre, le faisait trér à la tour dans la salle du conseil. Le dévouement de brave bomme est resté inconnu : Taffection la plus vraie e plus profonde n'est pas toujours celle qui fait le plus de b et d'étalage.
Les gardiens et le commissaire, je Fai di{, ne se senta tranquilles et sûrs d'eux-mêmes que lorsqu'ils prenaient miesures en commun. C'était surtout là , sous le contrôle in sant d'une malveillance ombrageuse, que l'union faisait force. Le commissaire s'absentait quelquefois ; Laurent même sortait presque tous les soirs, le plus souvent pour a au club ; quand les choses avaient été convenues ainsi, le tin Gomin se sentait assez autorisé à suivre l'élan de son bon cœ il s'installait auprès de l'enfant , et lui tenait compagnie j ^u'au souper. Le plus habituellement, il jouait aux dames £ lui; le .pauvre petit n'y entendait rien, mais son bienveil adversaire s'arrangeait toujours de manière à le faire gagi Une autre fois , on faisait honneur au baguenaudier de bierne , ou à son élégant bilboquet , rétive et pointilleuse i canique, à laquelle ne suffisait ni le désir sans adresse du je Prince, ni l'adresse sans expérience du professeur.
tendre attachement, j'ai eu le malheur de m'écarter des vrais principes auraient dû me diriger, en prêtant dimanche , 9 de ce mois , le sermeni nous avait été ordonné. Je suis toujours animé de ce même amour de la ] des mêmes sentiments de tendresse et d'attachement pour mon troupeai s'il était nécessaire pour te prouver, je donnerais avec plaisir jusqu'à la nière goutte de mon sang. Le sacrifice de la conscience et de la religioi le seul qu'il n'est jamais permis de faire. Rendu à moi-même, je rougi ma faute; j'en fais l'aveu authentique, et je n'hésite pas dé me réunir premiers pasteurs de l'Eglise, dont je n'aurais pas d& me séparer. J'j conséquence l'honneur de vous annoncer, monsieur, que je viens aujouri de rétracter solennellement en chaire le serment que j'avais prononcé, el n est que trop démenti par les cris de ma cbnscience.
» iSt^n^: La QuBSNoi. •
« Je certifie la présente copie conforme à son original dépo dans mes bureaux, ce 3 février 1791.
» Baillv. »
(Archives de l'Hôtel de ville