‹ Louis XVIIChapitre 11 sur 13 · PRÉSIDENCE DE M. GILARDIN, PREMIER PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

PRÉSIDENCE DE M. GILARDIN, PREMIER PRÉSIDENT

A l'ouverture de l'audience, Me Jules Favre se lève et demande la permission de déposer à la barre de la Cour des conclusions additionnelles.

M. le premier Président lui fait observer que les débats ont été déclarés clos ; mais que, cependant, la Cour ne veut en rien mettre obstacle aux moyens que les Appelants désirent faire valoir.

En conséquence, Me Jules Favre donne lecture des conclusions suivantes ;

« Attendu que, depuis la dernière audience, les Appelants « ont reçu de nombreuses communications venues de « sources diverses, et qui prouvent que plusieurs per- « sonnes, jusqu'ici intimidées par les persécutions dirigées (( contre tous ceux qui paraissaient se mêler de cette affaire, « sont disposées à révéler des circonstances décisives éta- (c blissant que le Dauphin n'est pas mort ali Temple et qu'il « a été condamné par la politique à se cacher sous un nom « d'emprunt ;

« Que ces communications démontrent à la fois la néces- « site et l'utilité de l'enquête que les Appelants sollicitent « de la haute justice de la Cour ;

M Plaise à la Cour :

« Admettre les Appelants à prouver tant par titres que par « témoins les faits additionnels qui suivent, sans préjudice a de ceux déjà articulés dans les conclusions déposées r

« 1« Un habitant d'Angers a recueilli, il y a plusieurs an- 9. nées, le récit de l'évasion du Dauphin du Tenaple de la a bouche de la tille d'un M. Castets de Grand'maisons, roya- M liste dévoué qui, en 1795, a lui-même coopéré à cette éva- « sion au péril de sa vie ;

« 2^ Le prince R..., sujet russe, fils du feld-maréchal de « ce nom, avait appris de la bouche même de l'impératrice « Joséphine que le ïils du roi Louis XVI était viv^ant pente dantle règne de Napoléon I®^ Ce prince a raconté le fait « à M™o B..., mère de M. Victor B..., longtemps ambassa- « deur de Russie à Vienne, qui en a instruit les mepibres « de sa famille, prêts aujourd'hui â attester le fait ;

« 3® M. le docteur J..., médecin de la Faculté de Paris, « auteur de plusieurs ouvrages estimés, mort depuis un t< assez grand nombre d'années, avait à son service une dote mestique qui affirmait l'existence du Dauphin ; elle préw tendait l'avoir vu après son évasion chez un général qui « l'avait un instant abrité. M. J... parla de celte circonstance « à l'un des médecins qui avaient signé le procès-verbal w d'autopsie, la lui signalauL comme en contradiction avec « les constatations de ce procès-verbal. « Nous n'avons, lui « répondit le docteur, rien affirmé autre que ce qui nous a « été dit. D'ailleurs il était prudent de se taire, deux d'entre « nous qui connaissaient le Dauphin ne l'ont pas reconnu « dans l'enfant qui nous a été présenté, mais ils se sont « bien gardés de le dire. Aucun de nous ne voulait éprou- « ver le sort de notre confrère Desault. » En rentrant chez « lui, M. J... raconta cette conversation à sa femme, il la « lui répéta plusieurs fois; M"*® veuve J... vit encore et dé- « posera de ce fait ;

. w 4° M. N..., riche et honorable industriel de Paris, était « lié il y a plus de cinquante aus avec le Ûls de M. C..., l'un « des principaux joailliers de la capitale, orfèvre du rpi

« Charles X, admis dans l'intimité de cette famille patriarcale « el distinguée.

« Voici ce qu'il a entendu conter à son vénérable chef :

« M. G... avait pour ami d'enfance un gentilhomme qui « servait dans les gardes du corps, M. de X...

« Un soir, quelques semaines avant la mort du duc de « Berry, M. de X... se présenta chez M. C... dans un grand « état de trouble et ne voulut point en dire la cause, allé- « guant qu'il était lié par un serment.

« Après la révolution de juillet, il crut en être délié et « fit à M. G... le récit suivant :

« Le jour où je vous ai paru si agité, je me croyais menacé « par un danger pressant. De faction à la porte du cabinet « du roi Louis XVIII, j'avais entendu une conversation entre « le roi, M"* la dauphine et le duc de Berri.

« Le duc de Berri parlait de son cousin Louis XVII ; il « suppliait le roi de le reconnaître.

« Le roi paraissait très en colère. 11 ordonna à son neveu « de ne jamais lui parier de ce- cousin.

« Le duc de Berri répondit que le roi savait qu'il existait « et le lieu où il était réfugié.

« La duchesse d'Angoulême joignit ses supplications à « celles du duc de Berri ; elle paraissait pleurer.

« Je distinguais fort bien ce qui se disait, parce que les « interlocuteurs parlaient sur un ton fort élevé.

w Le duc de Berri sortit par une porte autre que celle que «je gardais.

(( Quelques instants après , la duchesse d'Angoulême « passa devant moi ; elle parut saisie et me regarda fixe- « ment sans m'adresser la parole. Je me crus perdu. On « vint presque aussitôt me relever, bien que ma faction ne « fût pas finie. Un officier m'attendait et me conduisit chez « M"*® la dauphine.

« En entrant dans son cabinet, je me jetai à ses pieds, « lui demandanl grâce pour moi et mes cinq enfants. Elle (c me reçut avec bonté, me força à m'asseoir et me dit : (( Vous êtes gentilhomme, homme d'honneur el militaire. « Vous avez saisi un secret d'Etat qui pourrait vous, coûter

« la vie. Jurez que vous ne le révélerez jamais tant qae notre « dynastie régnera en France. »

« Je le jurai, ajoute M., de X... Je me crois aujourd'hui « dégagé, et je décharge ma conscience en vous confiant « cette scène. »

« M. G... Ta racontée plusieurs fois à ses enfants, dont « deux existent encore (l'un d'eux occupe une haute posi- « tion dans TEglise), ainsi qu'à M. H... Les uns et les autres « sont prêts à faire connaître ces faits à la justice ;

« 5® Un parent de M™« veuve J..., qui vit encore, faisait « dans sa jeunesse partie d'abord de la garde d'honneur, « puis de la garde de Monsieur. Il a souvent raconté à ses « parents et il répétera qu'en 1816, lorsqu'il fut question de «l'arrestation d'un faux dauphin, emprisonné à Orléans, « M™^ la dauphine pria instamment le roi Louis XVIIl de « lui permettre de voir ce personnage, qui lui avait été ance nonce avoir un signe infaillible de reconnaissance. Le «roi le lui défendit absolument. La Princesse s'adressa « alors à son beau-père, M. le comte d'Artois, prenant le <( prétexte d'une chasse, et lui demanda une escorte dont « le parent de M™« veuve J...fit partie. Elle se dirigea vers « Orléans; mais elle fut forcée de rétrograder, sur un ordre « venu du roi. Elle ne céda qu'après une scène violente « avec l'officier porteur de l'ordre. Elle sut ensuite que « l'individu conduit à Rouen pour y être jugé et condamné « n'était pas celui qu'on produisit à la Cour d'assises de « Rouen ;

« 6<» M"»« B..., M. N... et d'autres ont vu la femme Simon « pendant les premières années de la Restauration. La t< police l'avait fait enfermer comme folié à la Salpêtrière. « Elle était en pleine possession de ses facullcs, et disait « que le Dauphin était vivant, qu'elle avait coopéré à son « évasion ;

« 7« Jusqu'ici l'aulorité, quel que fût le régime sous lequel « se trouvait la France, a constamment cherché à intimider « ceux qui voulaient défendre la cause de Louis XVII .

« Un écrivain, M. P..., qui publie un journal par livraisons « intitulé : le Concile de la libre pensée, avait parlé de l'af-

a faire de Loain XVlIt Cette livrai90Q n'est pas paryenue^ « à ses abonnés, et depuis, malgré ses réclamations, il n'at (< pn en obtenir U restitution.

u Les photographes qui ont demandé l'autorisation de^ « publier les portraits des Appelants ont reçu Tinjonotiou a de ne le pas faire, bien que ces portraits ne fussent ac- « compagnes d'aucune mention qui pût éy.eiUer les suscep-, u tibilités de la police ; ...

« S^ Il existe dans une étude de Paris un clerc dont h Vf père a été le secrétaire de M. de Joly. Il a afârmé souvent, u comme le tenant de son père, comme Tayaut entendu dire; u lui-même à M. de Joly, que ce dernier avait acquis la cert« titude de l'identité du ûls de Louis XYl avec le persou: « nage déguisé sous le nom de Naundorff, à des révélations c< de particularités Intimes qui ne pouvaient être connue^ « que de lui, M. de Joly, du roi Louis XVI, de la reine « Marie-Antoinette et du Dauphin. »

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