‹ Louis XVII, plaidoirieChapitre 6 sur 14 · GOMIN · texte numérisé non relu

GOMIN

Je tourne le feuillet et je vais à la page 268. M. de Beauchesne va raconter ce qui lui a été dit par Gomin, dont les renseignements lui ont servi à écrire le livre couronné par TAcadémie.

Page 268 :

a Je dois à cet homme cette dernière période de la vie du ft Dauphin, un grand nombre de particularités intéressantes « auic quelles il se trouve souvent mêlé — page 270 ; — lui- « même, après avoir reçu communication de toute la partie u de ce travail empruntée à ces souvenirs, il m'a remercié de « V exactitude avec laquelle je les ai rapportés. »

Puis, page 270 : . .

a Gomin, en se rendant, le 9 novembre 1794, de la section « de police à la prison d'Etat du Temple...

(Ici, il ne doute plus de la date de son entrée : ce n'était plus le 9 thermidor; c'était le 9 novembre 1794.)

a Gomin était accompagné d'un agsnt qui garda le silence a pendant toute la route : il se présenta avec sa nomination « au commissaire et à Laurent, qui le reçut comme son « adjoint. // était nuit. Les deux gardiens montèrent ensem- « ble^ accompagnés du commissaire, pour voir les prison- « niers.

« Entrés au second étage, dont la première pièce servait « d'antichambre, Laurent— p. 271 ^ demanda à son collègue « s'il avait vu autre/ois le Prince royal.

« — Je ne Vax jamais vUy répondit Gomin.

a En ce cas, il se passera du temps avant qu'il vous dise « une parole. »

Ce ne sont pas là, Messieurs, des constatations judiciaires Mais M. de Beauchesne est digne de toute confiance. Il publie la lettre de Gomin, il transcrit le« impressions même de Gomin, il raconte que lorsqu'il arriva au Temple dans la soirée du 9 novembre 1794, Laurent, l'agent de Barras et de Joséphine, au moment où Ton entrait dans l'antichambre de la prison du jeune Prince, demanda à Gomin :

— a Connaissez-vous l'enfant royal?

— « Je ne l'ai jamais vu!

— « En ce cas, reprit Laurent, il se passera du temps avant qu'il vous parle. »

Et pourquoi Laurent tenait*il ce langage? C'est qu'à cette époque ce n'était déjà plus le jeune Prince qui était dans la prison du deuxième étage, mai» un enfant muet.

Il est donc prouvé par M. de Beauchesne lui-même que Gomin n'avait jamais vu le Dauphin.

Eh bien 1 c'est ce même Gomin, qui devant le juge d'instruction de Pontoise, affirme qu'il connaissait parfeitement le Prince... que c'était bien le Dauphin qu'il a trouvé au Temple... qu'il l'a reconnu et que le Prince a toujours conversé avec lui ; et il ajoute aussi, afin de faire croire qu'on s'est livré à la vérification nécessaire, que les officiers de garde ont été appelés au moment de l'autopsie et qu'ils ont constaté rideniité de l'enfant.

Singulière manière de s'assurer de l'identité d'un cadavre, que de venir le constater au moment d'une autopsie... au moment où le scalpel fouille les chairs et détruit les derniers vestiges de cette créature qui n'est plus, selon la belle expression de Bossuet, « qu'un débris informe et sans nom dans la langue humaine. »

Voilà les deux dépositions qu'on nous oppose : que seraientelles devenues si elles avaient été soumises à la contradiction? Chacun des éléments qu'elles renferment aurait disparu

comme r«rr«ttr detatit li vérité. Il fi'àUfàit pas été possible & Lasne et à Qomin de «outtAif leuf fiible, ils auraient été forcés d'avouer que cédant à un motif que je n'ai pa% ft exa*miner, ils avaient tu le nâaihtur de tfotnper là juâtice^

Dès lors, l'ordonnance de la Chambre du Conseil tombait, non-stulement k raiftofl de l'abneiice dt tduti! ^e^Ve dfïhint nû caractère juridique, mais encore {M^tequ^tile féfK>tait %ùit un élément mentoûgeri

Il est denc bien évident) Messiêuri^ que là né (leut êti*e ni la sécurité de la justi^e^ ni celle de rhistoire.

Ëst-elie davantage dans les piècêd ofBeiélles?

Ahl ici. Messieurs^ va briller une évidence filds graiiâè encore qui se retournera Contre l'adversaire^ avec Une telte force que j'ai le droit de la retenir comme uh dé thés plus •olidee arguments*

Personne ne contestera qu'au moméfit où ee grafid évéïieme&t est arrivé, s'il n'était péi une fictioâ^ é'éët4-diré$ quand ce jeune rejeton de tant de rois a rendu soâ âme ft Dieu, dans les ténèbres du cachot obscur où là politique avait eU Ifl barbarie de le plonger^ il appartenait à tous et 6Uftdut & ceut qui avaient la responsabilité de cette triète destinée, de Mre jaillir la lumière, d'entourer son lit funéralfe des plus Vives clartés, et de ne paft permettre au doute de 6' jr glisfter

Pour moff je crois pouvoir le justifier^ lé Dauphin n'est pas mort au Temple et je ne puià acééptéflés impossibilités qu'on a mises et» avant pour nier soâ évasiez. Foutéz^vous croire, en effet, que parmi t^rus ééà hommes égarée par l'exaltation politique il n'en fut pas un seul accessible à la pitié? Totit nous prouve, au coiitraif e^ qu'elle <iommétfçaii à amollir tous les cœurs, et je la retrouve même daâs lé rapport du conventionnel Mathieu qui^ après lès paroles féroées que j'ai citées, fi'cn conclut pas moins à ce que \eit enfenta de Cftpet aoîein soumis à un traitement plus humain.

Et, en effet, le régime ëit changé; Sarràs l'ordoimé, bien qu'il soit lui-même l'objet de Soupçons, bien qu'il soit entouré de gens tout prêté à le refiverser. Alors celle prison où le jcMM Prince se début dans dea tortures -odieuses devient le §fffét dcf mille hitrigtfes mM逧 pmt sa délivrance.

Mais enfin, laissons de côté, pour un instant, cette hypothèse qui est la vraie. Admettons que le Dauphin soit mort au Temple.

Cette mort sera environnée de la plus éclatante publicité.

Il a été plongé dans cette prison par une de ces raisons d*Etat qu'on invoque si souvent pour légitimer les actions les plus criminelles. Il est du plus haut intérêt de savoir ce qu'il deviendra, et surtout si Dieu le retire de ce monde pour l'enlever aux misères et aux fausses splendeurs qui l'attendent, la Convention tout entière et surtout le Comité de sûreté générale comprendront qu'il faut que son décès soit authentiquement constaté.

Or, c'est le contraire qui arrive dans cette solennelle conjecture, tout est suspect! tout est irrégulier! Il semble qu'on ait comme à plaisir multiplié toutes les raisons de douter, afin que plus tard le décès du Dauphin puisse être contesté.

Vous le savez, d'après les dépositions de Lasne et deGomin, l'enfant dont ils avaient la garde est mort le 8 juin 1795, à trois heures et demie de relevée. Il est livré au scalpel des chirurgiens le lendemain 21 prairial (9 juin), à onze heures du matin. Il est enterré le 22 prairial au soir, et ce n'est que deux jours après cette inhumation, c'est-à-dire trois jours après l'autopsie, quatre jours après le décès, qu'on songe à en dresser un actCy et voici dans quels termes : — L'acte de décès est du 24 prairial, remarquez-le bien, lorsque le décès a eu lieu le 20, l'autopsie le 21 et l'inhumation le 22. —

« Extrait du registre des actes de décès du 24 prairial de « l'an III de la République (12 juin 1793).

« Acte de décès de Louis-Charles Capet, du 20 de ce mois a (8 juin), trois heures après midi, âgé de dix ans deux mois, « natif de Versailles, département de Seine-et-Oise, domi- « cilié aux Tours du Temple, section du Temple;

« Fils de Louis Capet, dernier roi des Français, et de « Marie-Antoinette-Joséphine-Jeanne d'Autriche;

« Sur la déclaration faite à la Maison Commune par « Etienne Losne^ âgé de trente-neuf ans, gardien du Temple,

ff domicilié à Paris, rue et section des Droits de l'Homme^ « no 48.

v Le déclarant a dit être voisin,' « Et par :

« Rémi Bigot, employé, domicilié à Paris, Vieille-Rue du a Temple, n« 61 ;

a Le déclarant se dit être ami;

« Vu le certificat de Dusser, commissaire de police de « ladite section, du 22 de ce mois (10 juin).

€ Signé : Lasne, Bigot et Robin, officier public. ' « Pour extrait conforme, etc. p

Quelle tristesse I Messieurs, de lire un pareil mot : « Le déclarant se dit être amiy » à côté de pareils noms, dans une semblable circonstance! Quelle misérable et odieuse insulte à cette pauvre et chère mémoire, si réellement le Dauphin est décédé comme l'affirme cet acte officiel!... Voici cet inconnu, ce Rémi Bigot, dont on ne sait rien, qui est domicilié à Paris, 61, rue Vieille-du-Temple, qui se dit Tami du fils du roi de France I C'est lui, sur la personnalité duquel il est impossible de donner aucun renseignement, qui déclare que le Prince est mort I

Ce décès est encore attesté par Lasne, l'un des gardiens; mais, chose étrange ! le nom de Gomin, l'autre gardien, ne figure pas sur l'acte.

Je sais bien que M. de Beauchesne a publié un autre acte de décès qui aurait été rédigé au Temple à la date du 22 prairial, c'est-à-dire le lendemain de l'autopsie et le jour de l'inhumation. Je ne sais où M. de Beauchesne s*est procuré ce renseignement; tout ce que je puis dire, c'est qu'il a été impossible de trouver l'original du seul que publient les historiens. Les Archives sont muettes à ce sujet; on n'y rencontre ni l'acte dressé au Temple, ni celui dressé à la Maison commune. Il a été deslaré à M. Gruau de la Barre, qui s'est livré à des recherches minutieuses (en i85o et i8!)i), que ces documents n'existaient pas et qu'on ne les avait jamais vus!

Il n'a pu se procurer que l'imprimé du rapport de Sevestre dont voici Tétrange teneur.

Veuillez vous représenter par la pensée la situation des hommes chargés de la responsabilité des affaires publiques Vous savez les controverses soulevées, dès cette époque, sut cette question de la mort du Dauphin ; on en doutait généralement. La Convention et le Comité de sûreté générale le savaient. 11 était nécessaire de faire des déclarations ne laissant prise à aucune équivoque. C'est alors que Sevestre lit le rapport suivant (21 prairial an III) :

« Citoyens l Depuis quelque tempSy le fils de Capet était « incommodé par une enflure au genou droit et au poignet « gauche; le i5 floré.al (20 avril), les douleurs augmentèrent, « le malade perdit l'appétit et la fièvre survint. Le fameux €f Desault, officier de santé, fut nommé pour le voir et poui « le traiter; ses talents et sa probité nous répondaient que « rien ne manquerait aux soins qui sont dus à l'humanité.

« Cependant la maladie prenait des caractères très-graves. « Le 16 de ce mois (4 juin ijgS), Desault mourut. Le Comité « nomma pour le remplacer le citoyen Pelletan, officier de « santé très-connu, et le citoyen Dumangin, premier médecin « de rhospice de santé, lui fut adjoint. Leurs bulletins d'hier, a à onze heures du matin , annonçaient des symptômes « inquiétants pour la vie du malade; à^deux heures un quart a après-midi y nous avons reçu la nouvelle de la mort du fils « de Capet. Le Comité de sûreté générale nous a chargés de « vous en informer. Tout est constaté. Les procès-verbaux er « seront déposés aux Archives. »

La Convention décrète l'impression de ce rapport, mais les procès-verbaux dont on parle n'ont jamais été déposés aux Archives^ car il n*en a jamais été rédigé.

Vient ensuite le procès-verbal d*autopsie, qui n'est pas moins étrange \^même jour, 2 1 prairial) :

« Nous, soissUi,nés, Jean- Baptiste-Eugène Dumangin, mé- •decin ne chef de l'hospice de l'Unité, et Philippe-Jean Pel

« letan, chirurgien en chef du grand hospice de l'Humanité^ « accompagnés des citoyens Nicolas Jeanroy, professeur aux « écoles de médecine de Paris, et Pierre Lassos, professeur « de médecine légale à l'école de santé de Paris^ que nous m nous sommes adjoints en vertu d'un arrêté du Comité de « sûreté générale de la Convention nationale, daté d'hier, « et signé Bourgoing, président, Courtois, Gauthier, Pierre « Guyomard, à l'effet de procéder ensemble à l'ouverture du a corps du fils de défunt Louis Capet, en constater l'état, « avons agi ainsi qu'il suit :

« Arrivés tous les quatre, à onze heures du matin, à la « porte extérieure du Temple, nous y avons été reçus par les tt commissaires, qui nous ont introduits dans la tour. Parve- « nus au deuxième étage, dans un appartement dans la se* a conde pièce duquel nous avons trouvé dans un lit le corps « mort d'un enfant, qui nous a paru âgé d'environ dix ans, a que les commissaires nous ont dit être celui du fils de « défunt Louis Capet, et que deux d'entre nous ont reconnu V pour être Venfant auquel ils donnaient des soins depuis « quelques jours; les susdits commissaires nous ont déclaré « que cet enfant était décédé la veille, vers les trois heures de « relevée; sur quoi nous avons cherché à vérifier les signes « de la mort, que nous avons trouvés caractérisés par la « pâleur universelle, le froid de toute l'habitude du corps, la « raideur des membres, les yeux ternes^ les taches violettes « ordinaires à la peau d'un cadavre.

« Nous avons remarqué, avant de procéder à l'ouverture du 4 corps, une maigreur générale qui est celle du marasme....

« Tous les désordres dont nous venons de donner le détail ( sont évidemment l'effet d'^un vice scrofuleux existant depuis f longtemps^ et auquel on doit attribuer la mort de l'enfant.

(f Le présent procès-verbal a été faîil et clos à Paris, au K lieu susdit, par les soussignés, à quatre heures et demie de u relevée, les jour et an que dessus.

« Signé : 5 .'B,-E, Dumangin, P.-J. Pelletàn, « P. Lassus, N. Jeanroy. »

— sio8 *-

Que signifie cette pièce, et pourquoi ne contient-elle pas les précisions d'ussge? Est-ce qu'elles étaient à dédaigner? Est«ce qu'on n'était pas en face d'un intérêt suprême, auquel la plus simple prudence ordonnait de pour\'oir?

Parmi les médecins, deux ne connaissaient pas le Dauphin; c'étaient Dumangin et Pelletan. Mais si les historiens que i'ai consultés ont été bien renseignés, Lassus et Jeanroy le connaissaient. Affirment-ils qu'ils ont fait l'autopsie du corps du Dauphin? Non; ils ont trouvé le corps d'un enfant, que les commissaires « leur ont dit être celui du Dauphin. »

Et maintenant, on me demande pourquoi MM. Lassus et Jeanroy, se trouvant en face d'un enfant qui n'était pas le Dauphin, n'ont pas révélé la vérité? Par la raison que cette révélation les conduisait à Téchafaud ou les vouait au poison; car je prouverai tout à, l'heure que c'est par TefFet de substances vénéneuses que Desault, envoyé pour soigner le Dauphin, avait succombé. C'était la loi du temps, la raison d'État! cette raison d'État, qui plane au-dessus des lois divines et humaines pour le succès des ambitieux. Avec elle ils brisent tous les obstacles. Peu leur importe la vie humaine 1 peu leur importe l'illustration de la victime! Ils marchent à leur but sans fléchir, et sacrifient sur leur passage tout ce qui contrarie leurs desseins.

Aussi les médecins se contentent de dire j « On nous a présenté le corps d'un enfant qu'on nous a dit être celui du Dauphin. » Ils ajoutent i « La mort de cet entant doit être attribuée à l'effet d'un vice scrofuleuji existant depuis longtemps. » Un vice scrofuleux ? Rappelez^vous, Messieurs, ce que dit la femme Simon : V enfant reportait bienl

Supposer que le fils de Louis XVI pouvait être atteint de scrofule, rien ne le prouve, et je n'en ai trouvé de traces nulle part; tandis que si vous admettez cet autre enfant, enlevé malade de l'hôpital et succombant, lui, aux efitets d*un sang impur, tout s'explique, et nous n'avons plus besoin de chercher la raison du silence des jnédecins, non plus que celle de leurs explications pathologiques.

Supposons, au contraire, que l'çnfant mort fût le Dauphin; les médecins qui le çonnfussgiçnt l'auraient déclaré sans am*

bages. Et c'est parce que l'enfant n'était pas le Dauphin que dans les constatations officielles nous rencontrons non-seulement le vague et l'équivoque, mais çncore une sorte de complaisance à s'écarter des règles et des précautions ordinaires, et comme un parti pris de laisser libre le champ des conjectures.

Car enfin, qu'on m'explique comment cet acte de décès n'a été dressé que quarante^huit heures après l'inhumation? comment, pour un défunt si considérable, l'officier de Tétatcivil a souffert une pareille irrégularité ?

Car il s'agit de l'enfant d'un roi ! dç l'héritier d'un trône I N'y avait-il pas là de quoi éveiller l'attention de cette puis* sance qu'on appelait la Convention ? Est-ce que l'expérience politique des hommes qui la composaient ne les avertissait pas que le fait historique qui venait de s'acccomplir au Temple pouvait avoir des conséquences redoutables dans l'avenir?

Et cependant on le laisse dans l'ombre, et on ne le constate que par des actes suspects au premier chef.

Il était si simple d'appeler autour de ce lit mortuaire les personnes qui connaissaient le Dauphin. Est-ce qu'il en manquait ù Paris? Est-ce qu'au troisième étage de la tour on n'avait pas sous la main M"® Royale, âgée alors de dix-sept ans? Certes, la vue des restes de son malheureux frère l'eût plongée dans une inexprimable douleur; mais n'aurait-elle pas été adoucie par l'accomplissement d'un pieux devoir? S'age-. nouiller auprès de sa couche, l'inonder de larmes, eût été pour elle une consolation suprême, et toute sa vie elle a souffert d'en avoir été privée !

C'est par délicatesse qu'on n'a pas appelé la princesse, nous dira-t-on.

ÉtaieQt-ils donc si accessibles à des sentiments de délicatesse, ces hommes qui s'étaient montrés impitoyables envers l'enfance ? Ont-ils pu être arrêtés par la crainte d'affliger la jeune captive? Nul ne le pourra croire : à leurs yçux l'intérêt politique dominait et faisait taire de pareiis sentiments.

Non!... s'ils n'avaient pas été certains que Venfunt n'était pas le fils de Louis XVI; s'ils n'avaient pas caché la vérité, ils n'auraiçnt pas manqué de se procurer cette preuve si facile, et

qui aurait tranché d'une manière souveraine le problème auquel le sort de l'État était lié.

Voilà cependant les constatations officielles.

En ai- je fini avec elles? Nonl

Je rencontre encore, dans le rapport du représentant Sevestre , une autre irrégularité se rattachant à un sombre épisode de cette histoire.

Le représentant Sevestre mentionne la mort de Desault, qui avait été appelé pour donner des soins au Dauphin. li fut, en effet, requis à la date citée dans le rapport (avril lygS); mais ce qui est inexact, c*est la date de sa mort. Elle est non du 4 juin, mais du 29 mai.

Il est à croire que Sevestre avait sous les yeux l'acte de décès de Desault : on ne s'expliqu donc pas pourquoi il l'a fait ainsi vivre quelques jours de plus, à moins que cette erreur ne soit volontaire, et n'ait eu pour but d'écarter les soupçons sur la nature de la mort à laquelle il avait succombé. Quoi qu'il en soit, Desault est appelé au Temple en avril 1795; il examine l'enfant; pas un mot ne sort de sa bouche en présence des gardiens; il savait trop bien quelle prudence il devait observer. Il rentre chez lui... il cause devant sa femme et devant son ami intime, le pharmacien Choppart. Il leur dit « que l'enfant qu'on lui a présenté yi'^/âi7 pas le Dauphin L., » Trois jours après, il était mort!... On parla d'une apoplexie foudroyante; mais voici l'opinion de ceux qui l'ont approché de près :

M"« Thouvenin dit :

« Je, soussignée, Agathe Calmet^ veuve de Pierre Alexis € Thouvenin^ demeurant à Paris, place de l'Estrapade,

« Déclare que, du vivant de mon mari, nevea de M. le docc( teur Desault, j'ai souvent entendu M™® Desault, n^a tante, a me raconter que, le i5 floréal an III de la République, le « docteur Desault, chirurgien en chef de l'Hôtel- Dieu, fut ap- « pelé pour visiter l'enfant Capet, qui, à cette époque, était a enfermé au Temple — Ce sont les expressions dont se ser- « vent les membres du Comité de sûreté générale de la Con- « vention, dans l'ordre écrit qui fut transmis à M. Desault. —

« Lorsqu^il fît sa visite au malade qui était au Temple, on luï « présenta un enfant qu'il ne reconnut pas pour être le Dau- « phin, qu'il avait vu quelquefois avant l'arrestation de la a famille royale. Le jour où M. Desault déposa son rapport, « après avoir feit quelques recherches pour découvrir ce que « pouvait être devenu le fils de Louis XVI, puisqu'on lui a avait présenté un autre enfant à sa place, un dîner lui fut « ofiért par les conventionnels. A la suite de ce repas, en ren- « trant chez lui, le docteur Desault fut pris de violents vo- « missements, à la suite desquels il cessa de vivre, ce qui « laissa croire qu'il avait été empoisonné.

« Paris, le 5 mai 1845.

« A. Thouvenin. »

Cette déclaration si nette est confirmée par celle faite à un M. Estier, par Télève même de Desault, M. Abeille, lequel affirme que le docteur Desault est mort empoisonné, et que lui-même a quitté la France pour se soustraire aux dangers qui pouvaient le menacer, lui le principal élève de Desault.

Voici sa déclaration, rapportée par M. Estier :

« Le docteur Abeille, en sa qualité d'élève du docteur « Desault, craignant pour ses propres jours, a en consé- « quence quitté la France sur-le-champ, pour aller habiter « les États-Unis, où il réside depuis cette époque. Lorsque «c je l'ai connu en i83o, il demeurait au n® 27. Reid Street et Broadway, derrière Washington-hôtel, à New-York. Ces a faits ne m'ont pas seulement été communiqués par le « docteur Abeille, mais bien aussi par M"® Delisle, demeu- « rant à New-York, Fulton Street, depuis fort longtemps, « amie intime du docteur Abeille, ainsi que de moi-même.

« En foi de quoi, j'ai délivré la présente déclaration, « comme un hommage que je rends à la vérité.

« F.-M. Estier. »

I Londres, 32 mai i843, « 18, High-Street, Camden-Town. »

On a encore raconté avec raison, bien qu'il soit peu con-

venable de ma part de me servir de ce renseignement-, qu'otimt allé plaider ^ Périgueux en i85i, )e reçus la visite d'un homme âgé, médecin, et ayant été attaché au docteur DesayU, qui me fit une déclaration semblable à celles que je viens de vous lire...

Je n'ai pas le droit de produire moi-même mon témoignage, mais celui de M"' Thouvenin, recueilli par Thistoire, ainsi que celui de l'ancien élôve de Desault, sont des documents irrécusables. J'ajoute qu'ils sont corroborés par le récit des historiens.

Pour eux, Desault a succombé ^ un empoisonnement, tout aussi bien que son ami Choppart, le pharmacien, confident du secret, et qui trois jours après mourut également d*une apoplexie foudroyante.

Voilà des apoplexies foudroyantes qui se prêtent bien facilement aux nécessités de h politique !

Vous vous demanderez, Messieurs, si ces crimes, malheureusement trop avérés, nç prouvent pas de la manière la plus victorieuse que le Dauphin n'est pas mort au Temple ?

Et vous répondrez, j'en suis convaincu, avec moi, que si le malheureux fils de Louis XVI avait péri dans son cachot, il n'aurait pas été nécessaire de faire disparaître par un crime ceux qui l'avaient visité.

Le Ôauphin a été arraché de sa prison*

J'ai maintenant à vous expliquer, en serrant de plus près la question, comment cette évasion s'est opérée j et pour cela, j'ai le devpir de faire passer sous vos yeux les documents qui vont l'établir, selon moi, de la manière la plus péremptoire.

(L'audience wt rwyoy^Q au icndcmaia samedi 14 février, pour la continuation de la plaidoirie de M* Jules Favre.)

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