‹ Louis XVII, plaidoirieChapitre 7 sur 14 · AUDIENCE DU SAMEDI 14 FÉVRIER · texte numérisé non relu

AUDIENCE DU SAMEDI 14 FÉVRIER

A Touverture de cette audience^ M. le Premier Prâsident dit :

Maître Jules Favre, votre plaidoirie a déjà duré trois audiences; elle tient en suspens l'expédition de beaucoup d'autres affaires. Je vous engage donc à resserrer votre discussion ; cela doit vous être facile après les imprimés qui ont été distribuées à la Cour.

M* J. Favre. — Mon désir le plus vif est de me conformer aux intentions de la Cour ; toutefois, je ne veux ni ne peux rien sacrifier de ce qui est essentiel à ma cause. Si donc la Cour veut bien prolonger son audience de trois quarts d'heure ou d'une heure, j'espère terminer aujourd'hui.

M. le premier président. — La Cour fera tout son possiUo pour ne pas écourter la plaidoirie.

M« J. Favre. — Je vous remercie de votre bienveillance

Messieurs,

La fin tragique du docteur Desault et de son ami Choppart, expliquée par les membres de sa famille^ par ses amis, par l'histoire, ne pouvait laisser aucun doute sur le fait capital de la substitution d'un enfant au Dauphin captif au Temple, Or, indépendamment des attestations, cette explication a pour elle l'autorité d'un fait indépendant de tout intérêt actuel,

de cette résolution subite prise par le docteur Abeille de quitter la France, au moment où son maître, le docteur Desault, était frappé. M. Abeille affirme que telle a été la cause de son départ.

Après cette affirmation, il n'est plus possible de contester que le docteur Desault ait connu la substitution du Dauphin, et, par voie de conséquence forcée, que le jeune Prince n'est pas mort au Temple : ainsi s'écroule l'échafaudage des preuves de son prétendu décès.

Ce fait si grave n'est pas le seul, et parmi ceux qui ont un caractère officiel, il en est un autre dont vous allez juger l'importance.

A la date du 17 décembre 1794, des commissaires de la Convention, délégués par le Comité de sûreté générale, viennent au Temple pour s'assurer si les ordres qui avaient été donnés en vue d'un meilleur traitement envers les prisonniers sont exécutés.

Un procès-verbal de cette visite a été dressé par les commissaires Harmand de la Meuse, Mathieu et Reverchon.

Dans ce document, deux faits considérables sont attestés : le premier, que Tenfant présenté aux commissaires n'a pas répondu une parole à leurs questions ; le second, que cet enfant était mal conformé, rachitique et paraissait souffrir d'une affection scrofuleuse ancienne.

Ces constatations confirment le récit présenté plus tard par le duc de Normandie, sur la foi de ceux qui les lui ont racontées.

A. son entrée dans cette prison, l'enfant royal était bien portant. C'est la femme Simon qui en dépose, ce ne peut donc être lui dont les conventionnels ont donné le signalement dans leur procès-verbal.

Cette pièce est fort longue... je ne vous la lirai pas en entier, je veux abréger... mais j'y dois emprunter certaines constatations décisives après lesquelles, suivant mol, il n'y a plus de contestations possibles sur ce fait que les commissaires de la Convention, délégués par le Comité de sûreté générale, ont été mis en présence d'un enfant muet qui ne pouvait être Louis XVII 2

« Nos mouvements ne semblaient faire aucune impression « sur lui. Je lui dis que le gouvernement, instruit trop tard « du mauvais état de sa santé, et du refus qu'il faisait de « prendre de l'exercice et de répondre aux questions qu'on « lui adressait, nous avait envoyés près de lui pour luirenou" « vêler nous-mêmes des propositions qui pourraient lui être « agréables, telles que d'étendre ses promenades et de lui « procurer des objets de distraction. Je le priai de vouloir o bien me répondre si cela lui convenait.

« Pendant que je lui adressais cette petite harangue, il me « regardait fixement sans changer déposition, et il m' écoutait « avec Vapparence de la plus grande attention, mais pas un « mot de réponse,

« Alors, je particularisai mes propositions de cette ma- « nière : J'ai l'honneur de vous demander. Monsieur, si vous « désirez un cheval, un chien, des oiseaux, des joujoux, un « ou plusieurs compagnons de votre âge^ Voulez-vous dans « ce moment descendre dans le jardin ou monter sur les « tours? Désirez-vous des bonbons, des gâteaux?

a f épuisai en vain toute la nomenclature des choses qu'on (i peut désirer à cet âge; je n'en reçus pas un mot de réponse ; « pas même un signe ou un geste, quoiqu*il eût la tête tournée « vers moi et qu*il me regardât avec une fixité étonnante, « qui exprimait la plus grande indifférence,

« Alors, je me permis de prendre un ton plus prononcé. Je o lui reprochai son opiniâtreté, en l'engageant de rechef à « nous indiquer ce qui lui serait agréable... Même regard m fixe, même attention, mais pas un seul mot.

« Je repris : Vous voulez donc nous compromettre ? Quelle « réponse pourrons-nous faire au gouvernement, dont nous a ne sommes que les organes? — Ayez la bonté de me ré- « pondre, je vous en supplie, ou bien nous finirons par vous a l'ordonner. — Pas un mot, et toujours la même fixité,

V J'étais au désespoir, et mes collègues aussi. Ce regard et surtout avait un tel caractère de résignation et d'indifférence « qu'il semblait nous dire : Que m* importe? Achevé^ votre « victimeX

€ J'essayai alors l'effet du commandement, et me plaçant

— 2ib —

€r tout près du Prince, je lui dis : Monsieur^ aye^ la complais « sance de me donner la main. Il me la présenta, et je sentis, « en prolongeant mon mouvement jusque sous l'aisselle, une « tumeur au poignet et une au coude, comme des nodus. Il « paraît que ces tumeurs n'étaient oas douloureuses, car le « Prince ne le témoigna pas. — L'autre main, Monsieur 1 — « Il la présenta aussi : il n'y avait rien. — Permette^ ^ Mon- « sieur, que je touche aussi vos jambes et vos genoux. — Il a se leva. Je trouvai les mêmes grosseurs aux deux genoux^ « sous les jarrets.

« Placé ainsi, le jeune Prince avait le maintien du rachi- « tisme et d'un défaut de conformation. Ses jambes et ses « cuisses étaient longues et menueSy les bras de même; le buste « très-court^ la poitrine élevée, les épaules hautes et resserrées; « la tête très-belle dans tous ses détails, le teint clair, mais a sans couleurs, les cheveux longs et beaux^ bien tenus, chd" «f tain-clair^

« Maintenant, Monsieur, aye^ la complaisance de marcher. « — Il le fit aussitôt en allant vers la porte qui séparait les « deux lits, et il revint s'asseoir sur-le-champ.

« Je saisis ce moment pour lui représenter le tort que lui « feisait le défaut d'exercice, et pour lui proposer la visite « d'un médecin. — Faites-nous signe au moins, lui dis-je, « que cela ne vous déplaira pas. — Pas un signe^ pas un « mot,

a Monsieur, ajres[la bonté de marcher encore et un peu plus « longtemps, — Silence et refus; il resta^sur son siège, les a coudes appuyés sur la table. Ses traits ne changèrent pas « un seul instant; pas la moindre émotion apparente, pas le a moindre étonnement dans les yeux, comme si nous n'eussions ff pas été là. »

Je voudrais, Messieurs, avoir à l'appui de l'opinion que je soutiens toutes les ressources qui me manquent, toutes celles de la science médicale, la psychologie... je vous démontrerais que le tableau dressé par la plume d*Harmand de la Meuse ne peut être le portrait d'un enfant entendant et pouvant parler et refusant syitématicjuement de le fairç,

Un historien, dont j*ai déjà parlé à la Cour, M. Louis Blanc, a apprécié cette situation par des réflexions trèsjustes.

Il répond à une objection faite par quelques historiens, et qui consiste à placer les motifs du silence opposé aux délégués, dans le souvenir, odieux pour ce jeune enfant, de Tusage qu'on avait fait d'une pièce signée par lui, pièce contenant une accusation abominable contre sa mère, accusation que ses infâmes persécuteurs auraient eu Taudace de lui arracher. Voici la réponse de M. Louis Blanc :

« Cest à peine s'il est nécessaire de réfuter, tant elle est c absurde, rhypothèse d'un enfant de neuf ans, faible, infirme, « malade, prenant tout à coup la résolution de ne plus pro- « noncer un mot de sa vie, et y persévéï'ant jusqu'à la fin, « hypothèse difficile à admettre, même s'il s'était agi d'un « homme plein de santé, plein de force, doué d'une volonté « de fer : il n'est pas moins ridicule de donner pour motif à € cette prétendue résolution le remords d'avoir signé la trop « fameuse déclaration dont Hébert eut l'infamie de s'a:rmer « contre Marie-Ânfoinette. Tout concourt, en effet, à dé- « montrer que, lorsqu'il signa cette déclaration, le Dauphin « en comprenait à peine le sens, et ignorait complètement c l'usage qu'on en voulait faire, usage dont rien ne vint Tins- « truire depuis, attendu qu'on lui cacha soigneusement la « mort de sa mère. Reste donc ce fait, qu'il faut absolument « expliquer, si Ton nie celui de l'évasion suivie d'une subs- « titution : à Tépoque de la visite d'Harmand de la Meuse, « l'en&nt se trouva être muet.

« Louis Blanc. »

(Histoire de la Révolution française^ tome XII, p. 345 et 346.)

Ainsi, Messieurs, se vérifie ce fait capital, absolument exclusif de l'hypothèse du Dauphin au Temple : qu'à l'époque de l'entrée dans cette prison des deux gardiens Lasne et Gomin, le Dauphin n'y était plus; il avait été remplacé par un enfant muet; plus tard, on cherche à faire disparaître cet en

ikntparle poison. Dessault le sauve... et meurt. Le muet est remplacé par un enfant malade et rachitique, lequel décède au Temple le 8 Juin 1795.

Toutes ces hypothèses, présentées ainsi dans leur ensemble, sont choquantes y invraisemblables; on les repousse; puis, quand on examine les preuves qui les appuient^ on est forcé de reconnaître leur réalité.

Aussi, pour les combattre^ a-t-il fallu recourir à des sup« positions tout aussi inadmissibles que celles dont M. Louis Blanc a fait justice.

Un historien très-respectable, M. Tabbé Perrault, qui faisait partie d'un comité chargé de rechercher les preuves de l'existence du Dauphin, relève, dans les termes que vous ailes entendre^ l'impossibilité d'un vice scrofuleux, qu'on aurait cependant signalé chez le jeune Prince.

« Les médecins déclarent : que tous les désordres dont ils « viennent de donner les détails sont nécessairement l'effet « d'un vice scrofuleux existant depuis longtemps^ et auquel « on doit attribuer la mort de Tenfant.

« Mais il est constant que dans le mois de décembre 1794, « c'est-à-dire six mois avant la mort de l'enfant au Temple, « le prisonnnier se portait bien; que^ dès le mois de février i( suivant, son sort fut encore adouci. Est^ll donc probable « que le même enfant fût mort d'un vice scrofuleux existant « depuis longtemps^ quand on volt que quelques mois aupa-> « ravant sa santé était bonne? Si Von suppose qu'un individu « asse\ ressemblant au Dauphin, et attaqué d'un vice scro/U" a leux^ ^ pu lui être substitué dans la tour du Temple, lors-» « que la maladie de cet individu était à son dernier période et a laissait entrevoir sa mort comme prochaine, dès lors tout « paraît s'expliquer : le rapport des médecins s'accorde avec « la maladie et avec la cause réelle de la mort de Tenfant, mis « au Temple à la place du fils de Louis XVI ; dès lors on (T conçoit très-bien qu'ils aient dit que la cause de cette mort « existait depuis longtemps. Mais, sans cette supposition, le « procès-verbal paraît difficile â comprendre lorsqu'il traite ^ de la maladie du jeune prisonnier.....

« Nous avons parlé de la substitution d*un enfant très-'ma- «t lade au fils de Louis XVI, et nous nous sommes bornés à « la donner comme une supposition possible. Si Ton en croit cr des personnes se disant bien informées, cette substitution « serait réelle

« En effet, il résulte clairement du procès*verbal d'autop- « sie et du rapport de Sévestre, qu'un changement notable « s'est subitement opéré dans l'état de santé du prisonnier. « Depuis quelque temps, dit Sévestre, le fils de Capet était « incommodé par une enflure au genou droit et au poi- « gnet gauche; le 20 avril, les douleurs augmentèrent, le « malade perdit l'appétit et la fièvre survint. »

« Il est impossible de consigner des faits plus en rapport « avec la substitution d'ua enfant scrofuleux pris dans un hô- « pital, que Laurent, dans sa lettre du 3 mars, annonce « comme étant consommée. Il y aurait plus que de la frivo- « lité à vouloir démontrer que jamais TOrphelin du Temple « ne fut atteint d'une affection scrofuleuse ; la pureté de son « sang et le fond d'une santé brillante n'ont été mis en doute « par personne; et l'enfant, visité par les trois commissaires « de la Convention, n'indiquait non plus aucune trace de « scrofule. 9

Je cite encore un journal anglais, Court and Lady's Maga^ jjline, qui faisait, en iSSg, sur la publication de Y Abrégé de- VHistoire des Infortunes du Dauphin^ les réflexions suivantes;

« Il y a une grande clarté dans la partie de la relation re « lative à la sortie du Temple; vraie ou fausse, comme mo- « nument littéraire, son mérite est incontestable.

« Nous allons maintenant comparer avec les bulletins impti* « mes en 1795, les autorités citées dans l'ouvrage, au sujet de .X l'état de santé du Dauphin après la chute de Robespierre ; « et nous arrivons à conclure que, quelle que soit la confiance « que mérite ce récit, il servira certainement à établir un fait « historique, c'est-à-dire que le Dauphin n*est pas mort au « Temple^ fait que toutes les personnes qui ont lu soigneu* a sèment les bulletins et rapports du gouvernement révolu-

« tionnaire doivent avoir admis ; et telle est notre opinion, c fondée sur ces documents^ dont nous avons la traduction « sous les yeux. Nous nous étonnons qu'on ne s'en soit pas « prévalu dans l'Abrégé des Infortunes. Nous demandons à c ceux qui s'intéressent à la question et qui ont lu les « mémoires de Cléry et de M*"* Campan, de nous dire s'ils « reconnaissent dans le malade lymphatique dont un fonction- « naire public donne la* description, ce Dauphin vif et pré- « coce ou le malade scrofuleux mis à sa place, »

Ceci explique un article absolument mystérieux de la Galette des Hôpitaux du temps, dans lequel on dit qu'un miracle s'était opéré à THôtel-Dieu, et qu'un enfant trèsmalade avait été guéri en quarante-deux heures :

« Le sieur G , homme d'af&ires, a rapporté que, quelque

« temps avant la mort du fils de Louis XVI, plusieurs per- « sonnes se présentèrent à l'Hôtel-Dieu, avec un portrait du « duc de Normandie, et cherchèrent un enfant qui ressem- « blât à ce Prince ; que l'ayant trouvé, ils l'emportèrent avec « eux et le remplacèrent par un enfant bien portant, pour « que l'on ne s'aperçût pas de l'enlèvement ; ce qui iiit cause « que, dans la Galette de Médecine du temps, on publia « qu'un miracle s'était opéré à l'Hôtel-Dieu : qu'un enfant « très-malade avait été guéri en quarante-deux heures. »

L'introduction de Venfant malade y en place du muet, se voit donc aussi justifiée.

Je ne m'arrêterai donc pas à l'objection tirée de cette circonstance que Harmand de la Meuse et Mathieu connaissaient le Dauphin. Rien ne le prouve. Mais alors même que, l'ayant connu, ils se seraient aperçus de la substitution, que m'importe ? Croyez-vous qu'ils l'auraient révélée ?

Ils savaient trop qu'une indiscrétion aurait été payée de leur tête.

Mais écartons les conjectures, et restons dans les faits établis.

Au 17 décembre 1794, au Temple, le portrait qu'auraient

tracé ceux qui avaient connu le Dauphin ne pouvait s'appliquer au prisonnier du Temple. Ce n'était plus le même enfant. Celui-ci était muet, rachitique ! Et Gomin, embarrassé pour l'expliquer, disait dans son interrogatoire : « En effet, quand les commissaires de la Convention sont venus, l'enfant a refusé de parler, ce qui a fait croire qu'il était muet. »

Messieurs, j'ai mis sous vos yeux le texte du procès-verbal des commissaires. Il n'est pas un homme de sens qui ne reconnaisse l'impossibilité absolue d'une comédie jouée par un enfant de neuf ans. Ni trouble, ni inquiétude, ni altération des traits. Il regarde ceux qui l'interrogent sans que la moindre émotion se reflète sur son visage. On lui pose des questions, on lui ordonne de se lever, de marcher. Rien l II se renferme dans un silence absolu, et il regarde fixement, sans répondre à ses interlocuteurs. Une première fois, il est vrai, il a fait quelques pas... Doit-on en tirer la conclusion qu'il a entendu Tordre de marcher et qu'il y a obéi ? Non l car Tordre a été réitéré, et cette fois il n'a pas bougé. Or, s'il avait entendu le premier ordre et s'il y avait obéi, il aurait entendu le second, et il y aurait obéi également. Evidemment, la première fois, il a obéi au geste, et non à la parole.

Ce n'était donc pas le Dauphin qu'ont visité les commissaires de la Convention, et le.fait, attesté déjà victorieusement par l'imprudence de Desault et par sa mort, se trouve vérifié par une pièce officielle au-dessus de toute contradiction.

Il faut donc admettre qu'à un' moment donné la substitution a été faite. Comment Ta-t-on opérée ?

Ici, Messieurs, il est impossible de dissiper Tobscurité. Et il est déjà fort extraordinaire que ce malheureux enfant, arraché à sa famille dans un âge si tendre et dans de si horribles conjonctures, alors qu'il ne pouvait se rendre compte des lieux, des hommes et des circonstances, ait pu apporter à la justice des allégations et même des pièces aussi consi* dérables que celles que j'aurai Thonnéur de vous lire.

J'ai eu l'honneur de vous parler de la présence à la tour du Temple de Laurent, créature de Joséphine, qui avait été

— aaa —

placé là par Barras le surlendemain du 9 thermidor. Il est venu là pour y accomplir les ordres donnés. Il est chargé de surveiller Tcnfant, et il écrit, à la date du 7 novembre 1794, 5 février 1795 et 3 mars 1795, trois lettres en tout. M. Louis Blanc convient que si ces lettres étaient signées, elles trancheraient le débat et ne laisseraient plus de place au doute. Cela est vrai.

Ces lettres ne sont pas signées, nous n'avons pas les originaux. Nous produisons trois copies d'une écriture ancienne écrites sur un papier également ancien. Ces lettres font partie des quelques documents que le Prince a pu soustraire à la saisie de ses papiers... Nous les livrons telles quelles à la justice... Mais il ne nous est pas défendu de faire usage de notre raison pour les interroger... et nous demander ensuite si) dans leur substance et dans leur contexte, elles ne contiennent pas la preuve de leur authenticité.

Ces lettres, les voici. Elles ont le cachet de l'époque à laquelle elles ont été tracées; elles ne peuvent être imaginées ; je vais l'établir, je le crois, victorieusement.

Elles sont toutes les trois adressées à un général. Etait-ce le général de Frotté , comme on l'a avancé? je l'ignore; mais l'étude que j'ai faite de tous les détails de la vie de ce général me font pencher à le croire. Cependant je n'affirme rien. Il est certain que le général de Frotté a contribué à l'évasion du Dauphin; mais j'ignore s'il était à Paris le 7 no* vemhre 1794, le 5 février 1795 et le 3 mars 1795. Au surplus, je le répète, ces lettres ne lui sont pas nominativement adressées*,, elles le sont à un général, et à un général ayant participé à l'évasion.

Voici la première i

« Mon général,

« Votre lettre du 6 courant m'est arrivée trop tard, car • votre premier plan a déjà été exécuté parce qu'il était V temps. Demainy un nouveau gardien doit entrer en fonc-^ ( tion; c'est un Républicain nommé Gommier-^ Gomin^ — < brave homme, à ce que dit B... ^ Barras; — mais je n'ai

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« aucune confiance à de pareilles gens. Je serai bien embar- « rassé pour faire passer de quoi vivre à notre P... — Prince ; tt — mais j'aurai soin de lui, et vous pouvez être tranquille. « Les assassins ont été fourvoyés y et les nouveaux municipaux a ne se doutent point que le petit muet a remplacé le D... a — Dauphin. — Maintenant, il s'agit seulement de le faire « sortir de cette maudite tour, mais comment? B... — Barras « — m'a dit qu'il ne pouvait rien entreprendre à cause de la « surveillance. S'il fallait rester longtemps, je serais inquiet « de sa santé, car il y a peu d'air dans son oubliette, où le « bon Dieu même ne le trouverait pas, s*il n'était pas tout- « puissant. Il m'a promis de mourir plutôt que de se trahir « lui-même; j'ai des raisons pour le croire. Sa sœur ne sait a rien ; la prudence me force de l'entretenir du petit muet « comme s'il était son véritable frère. Cependant ce malheu- « reux se trouve bien heureux, et il joue, sans le savoir, si « bien son rôle, que la nouvelle garde croit parfaitement a qu'il ne veut pas parler ; ainsi il n'y a pas de dangers.

a Renvoyez bientôt le fidèle porteur, car j'ai besoin de a votre secours. Suivez le conseil qu'il vous porte de vive a voix, car c'est le seul chemin de notre triomphe. « Tour du Temple, le 7 novembre 1 794. »

Puis la deuxième :

« Mon général,

« Je viens de recevoir votre lettre. Hélas! votre demande c est impossible. C'était bien facile de faire monter la vic- « time; mais la descendre est actuellement hors de notre « pouvoir, car la surveillance est si extraordinaire que j'ai « cru d'être trahi. Le Comité de sûreté générale avait, « comme vous savez, déjà envoyé les monstres Mathieu et « Reverchon, accompagnés de M. H., de la Meuse — Har- «c mand, — pour constater que notre muet est véritablement « le fils de Louis XVL Général, que veut dire cette comédie? # Je me perds et je ne sais plus que penser de la conduite de «c B... — Barras. — Maintenant, il prétend de faire sortir

a notre muet et le remplacer ]par un autre enfant malade. « Etes-vous instruit de cela? N'est-ce pas un piège ? Général, « je crains bien des choses, car on se donne bien des peines a pour ne laisser entrer personne dans la prison de notre muet^ « afin que la substitution ne devienne pas publique ; car si quela qu'un examinait bien Tenfant, il ne lui serait pas difficile « de comprendre qu'il est sourd de naissance et, par consé- « quent, naturellement muet. Mais substituer encore un « autre à celui-là! Tenfant malade parlera, et cela perdra « notre demi-sauvé et moi avec. Renvoyez le plus tôt posa sible notre fidèle et votre opinion par écrit. « Tour du Temple, 5 février ijqS. »

Enfin, la dernière :

« Mon général,

« Notre muet est heureusement transmis dans le palais du « Temple et bien caché ; il restera là et, en cas de danger, il « passera pour le Dauphin. A vous seul, mon général, appar- « tient ce triomphe. Maintenant je suis tranquille. Ordonnez « toujours et je saurai obéir. Lasne prendra ma place quand « il voudra» Les mesures les plus sûres et les plus efficaces « sont prises pour la sûreté du Dauphin; conséquemment, je « serai chez vous en peu de jours pour vous dire le reste de « vive voix,

« Tour du Temple, le 3 mars 1795. »

Messieurs, si ces documents sont une audacieuse falsification, il faut en convenir, celui qui l'a commise était un nomme bien habile!... Bien habile, en effet, pour rendre si exactement, du premier abord, le ton naturel que devait employer une personne placée dans la situation de Laurent, ses impressions, ses inquiétudes, ses méfiances, ses interrogations, ses perplexités!...

Assurément, il serait extraordinaire qu'on eût aussi bien réussi à donner à ces pièces un caractère d'apparente sincérité.

— aàS —

Mais nous n'en sommes pas réduits à cette observation, et vous allez voir que Tauthenticité de ces lettres résulte des détails qu'elles contiennent, détails tout à fait ignorés avant le procès du duc de Normandie.

Vous savez que Gomin a prétendu être entré au Temple vers le 9 thermidor. On comprend l'intérêt de ce mensonge, car Gomin entrant au Temple au 9 thermidor, la substitution devenait impossible sans sa complicité ! Or, en réponse à cette allégation, et la réfutant d'avance, nous trouvons dans la première lettre de Laurent, datée du 7 novembre 1794, cette précision qu'un nouveau gardien, Gomier ou Gomin, doit entrer au Temple le lendemain, le 8 novembre, quand Laurent avait eu plus que le temps nécessaire à la substitution!

L'exactitude de ce fait a été vérifiée par des documents qui n'ont pu être fabriqués pour les besoins de la cause. Les recherches faites aux Archives par M. Gruau de la Barre nous ont appris que Gomin est entré au Temple le 9 novembre 1794) et Lasne le 3i mars 1795. L'assertion de la lettre de Laurent est donc en parfsiite conformité avec la ma- . térialité des faits. L'erreur commise sur le nom de Gomin, désigné comme Gommier ou Gomier, indique encore la sincérité de l'écrivain... Laurent, pour la première fois, parle de cet agent; il a pu se tromper sur son nom... Ce qui est certain, c'est qu'il annonce qu'un nouveau gardien va entrer au Temple. Il s'en méfie, parce qu'on le disait un républicain zélél...

La preuve ainsi faite sur ce point, et au moyen d'un document authentique, que dire des autres détails contenus dans la lettre du 3 février 1795, où il est question d'un enfant muet et de la visite des délégués de la Convention?... Après avoir lu le procès-verbal de cette visite, peut-on croire sérieusement que cette lettre ait été faite pour les besoins de la cause? Admettons pour un instant qu'elle émane d'une source inconnue, n'est-il pas évident qu'elle contient le récit de faits qui se sont réellement accomplis?...

Ces lettres ont été assurément écrites par un homme qui a activement coopéré à l'évasion du Dauphin. Il est épouvanté

des difficultés de l'entreprise qui se dressent devant lui 1 Ce n'est que lorsque Tenfant muet a été remplacé par un enfaa; rachitique, qu'il dit dans sa troisième lettre : « Aujourd'hu. « nous sommes tranquilles!... Notre triomphe est assuré!..* c Le Dauphin pourra être sauvé l... »

Voilà, Messieurs, le commentaire de ces lettres; le juge* ment que je viens d'en porter a pour lui l'autorité d'un homme aussi honorable qu'indépendant, le révérend M* Per<ceval, dont j'ai déjà prononcé le nom.

M. Perceval a traduit en anglais V Abrégé des Infortunes du Dauphin^ et quand il arrive aux lettres de Laurent, il dit :

« Les trois lettres de Laurent y citées par le Prince pour éta- « blir la substitution d'un enfant à lui, sous les auspices de « Joséphine, ont une sorte de caractère d'authenticité tiré des a circonstances suivantes : nous sommes informés par Lacre- « telle, dans son Histoire de France^ que Laurent^ dont il fait a mention en rapportant la mort supposée de Louis XVII, « était créole, et qu'il fut déporté par Bonaparte à Cayenne, « comme un jacobin dangereux. M'"*' d'Angoulême, dans son « récit des événements, fait le plus grand éloge de Laurent « pour sa conduite noble et touchante envers elle, au temps tt de la date de ces lettres. Joséphine était créole elle-même, a il est tout naturel de croire qu'elle connaissait Laurent^ et <r qu'elle le savait digne de sa confiance. Son bannissement <c à Cayenne démontre que Napoléon avait de fortes raisons a pour se débarrasser de lui ; et, d'après le témoignage honoa rable de M"® d'Angoulême en sa faveur, il est loin d'être « prouvé qu'il fut déporté pour son jacobinisme ; on a lieu de 9 présumer, au contraire, que cet homme était redouté par tf' les ennemis des Bourbons comme dépositaire d'un secret a important.

a Laurent y dans sa première lettre du 7 novembre, annonce « que le recèlement du Dauphin a été effectué. On doit sup- « poser que cet enlèvement se fit dans les premiers jours « de novembre, ou peut-être justement à la fin d'octobre. « Dans le récit des événements arrivés au Temple par Ma- « dame, duchesse d'Angoulême, elle raconte qu'au milieu de<

c la nuit, à la fin d'octobre, elle fut éveillée par des coups a frappés à sa porte; quand elle eut ouvert, elle vU Laurent « et deux municipaux qui la regardaient, puis se retirèrent « sans rien dire. Cette circonstance s'accorde parfaitement « avec la lettre de Laurent, On peut se rendre compte de « l'entrée insolite et brusque chez Madame, au milieu de la « nuit, uniquement pour la regarder, par la découverte de la « figure artificielle, dans le lit du Dauphin, à cette heure-là « même. Car il est tout naturel de penser que, lorsque les « municipaux remarquèrent sa disparition, ils durent s'assu- « rer si la princesse elle-même n'était pas aussi évadée. En « conséquence, ils ne purent lui dire pourquoi ils étaient ve* € nus, et il était essentiel que Laurent les accompagnât, pour « simuler l'ignorance de la substitution. On n'avait jamais « habituellement troublé son repos de la nuit, ainsi qu'on le «c faisait à Tégard du Dauphin, et elle reconnaît que Laurent « eut toujours pour elle les plus grands égards. »

Dans cette même traduction, je lis la déclaration suivante; elle est d'un homme de bien, dont le témoignage à lui seul suffirait pour venger la mémoire du proscrit des tristes calomnies dont il a été abreuvé pendant sa vie :

« L'éditeur ayant eu occasion de lire V Abrégé des Infortunes « du Dauphin, on ne doit pas être surpris que, convaincu de « la vérité des réclamations dont il est l'objet, et de l'identité «r du prétendant avec le fîls de Louis XVI, il se soit montré a fier d'offrir à l'infortuné Prince l'humble assistance de cette «r publication. Il pense aussi qu'en proclamant les droits du « royal persécuté, et en s'efïorçant d'adoucir par là les cha- « grins du fils méconnu du plus vertueux des monarques, il «r accomplit une tâche qui n'a rien d'incompatible avec les a devoirs et le caractère d'un ministre de l'Évangile.

« L'éditeur doit encore déclarer avec sincérité et cons- « cience, qu'ayant fait la connaissance du Prince, ainsi que « celle de son ami et avocat, il n'a jamais rencontré, dans ses « relations sociales, deux personnes dont la franchise de ca- «r ractère, la loyauté et l'intégrité repoussent plus souverai- « nement l'ombre d'une idée d'imposture. »

Ces lettres sont donc vraies, parce qu'elles sont justifiées par des événements certains, parce qu'elles s'appliquent à un ensemble de circonstances qu'il n'eût pas été possible d'imaginer et de produire avec la naïveté et le cachet de réalité que le rédacteur de ces lettres leur a donnés. S'il en est ainsi, je m'empare de la réflexion de M. Louis Blanc, et je dis ; « Puisque l'authenticité de ces lettres est démontrée, le fait de l'évasion du Dauphin est établi, tout aussi bien que celui de la substitution, irréfragablement prouvé par la mort de Desault et de Choppart et par le procès-verbal d'Harmand de la Meuse. »

J'ai fait quelque réserve. Messieurs, en ce qui concerne le général de Frotté. J'ai dit ne pas pouvoir affirmer que ces lettres lui aient été adressées. Ce qu'on ne peut nier, c'est que le général de Frotté a pris une part très-active à l'évasion du Dauphin 1 Elle lui valut les rigueurs inflexibles du pre« mier consul qui, résistant à toutes les supplications, viola, à son égard, la loi qui lui ordonnait de surseoir à son exécution. Les historiens racontent que ce brillant et audacieux capitaine sollicita vainement sa grâce 1 On lui fit croire un mstant que sa requête serait agréée. On l'engagea à la porter lui-même. Il partit d'Angers ; mais, arrivé à Vernon, il fut arrêté, livré à une commission militaire et fusillé immédiatement !

Ecoutez le récit de M. Thiers, daûs* soa Histoire du Consulat :

« Dans le mois de janvier de l'année i8oo, M. de Frotté, « voyant, comme les autres chefs royalistes, mais malheu- « reusement trop tard, que toute résistance était impossible « devant les nombreuses colonnes qui avaient assailli le pays, « M. de Frotté pensa qu'il était temps de se rendre. H écrivit « pour demander la paiXy au général Hédouville, qui, dans le « moment, était à Angers, et, en attendant la réponse, H « proposa une suspension d'armes au général Chambarlhac. « Celui-ci répondit que, n'ayant pas de pouvoirs pour « traiter, il allait s'adresser au gouvernement pour en ob- » tenir, mais que, dans l'intervalle, il ne pouvait prendre sur

€ lui de suspendre les hostilités, à moins que M. de Frotté « ne consentît à livrer immédiatement les armes de ses sol- « dais. C'était justement ce que M. de Frotté redoutait le « plus. Il consentait bien à se soumettre et à signer une « pacification momentanée, mais à condition de rester armé, « afin de saisir plus tard la première occasion favorable de « recommencer la guerre. Il écrivit même à ses lieutenants « des lettres dans lesquelles, eii leur prescrivant de se rendre, « il leur recommandait de garder leurs fusils. Pendant ce « temps, le premier consul^ irrité de Vobstination de M, de « Frotté, avait ordonné de ne lui point accorder de quartier « et de faire sur sa personne un exemple, M. de Frotté, in- « quiet de ne pas recevoir de réponse à ses propositions, « voulut se mettre en communication avec le général Guidai^ € commandant le département de l'Orne, et fut arrêté avec « six des sienSy tandis qu*il cherchait à le voir. Les lettres « qu'on trouva sur lui, lesquelles contenaient l'ordre à ses a gens de se rendre, mais en gardant leurs armes, passèrent « pour une trahison* Il fut conduit à Verneuil, et livré à une « commission militaire.

« La nouvelle de son arrestation étant venue à Paris, une c foule de solliciteurs entourèrent le premier consul et « obtinrent une suspension de procédure, qui équivalait à une « grâce, mais le courrier qui apportait tordre du gouvernem mem arriva trop tard. La constitution étant suspendue t dans les départements insurgés, M. de Frotté avait été jugé « sommairement, et quand le sursis arriva, ce jeune et vail- « lant cheî avait déjà subi la peine de son obstination, La « duplicité de sa conduite, bien que démontrée, n'était cepen- « dant point assez condamnable pour qu'on ne dût pas « regretter beaucoup une pareille exécution, la seule, au « reste, qui ensanglanta cette heureuse fin de la guerre « civile. »

Joséphine, à son tour, dans ses mémoires, explique ainsi cette exécution révoltante :

« Bonaparte parvenu au consulat, dit Joséphine dans ses

« mémoires, s'occupa d'abord dt pacifier entièrement la « Vendée. Beaucoup de royalistes finirent par se rendre. « M. de Frotté voulut imposer des conditions plus dures : « il prétendait que le malheureux fils de Louis X VI, le dernier « Dauphin^ existait. Il réclama pour ce jeune Prince la cou- « ronne de France. C'en fut assef[ pour le faire rayer sur-let champ de la liste qui proclamait l'amnistie. Le premier a consul lui en écrivit en ces termes :

a Général, votre tôte est aliénée, tout prouve aujourd'hui « que le jeune Louis XVII est mort au Temple; d^ailleurs^ « et dans tous les cas, vous ne seriez jamais excusable devant € Dieu et devant les hommes d'éterniser cette guerre civile. « Vos officiers sont prêts à l'abandonner et je vous engage à « imiter leur exemple* »

A l'appui de ce passage des mémoires de Joséphine, je soumets à la Cour la déclaration d'une vénérable dame d'Angers, M"* Corbière, qui ne pouvant écrire à raison de son grand âge, a dicté et signé une attestation par laquelle elle affirme avoir vu la lettre dont il est question dans les mémoires de Joséphine.

« Je, soussignée, certifie que M»« Corbière, septuagénaire; c demeurant rue des Carmes^ à Angers (Maine-et-Loire), m'a « attesté sa véracité dans le récit suivant, dont elle ft ap- « prouvé la rédaction comme en tout conforme à la vérité.

« Les royalistes de la Bretagne recouraient aux armes, « exaspérés qu'ils étaient par les mesures impolitiques qui « rétablissaient pour eux le système de la Terreur. Ceux « d'Alençon, fondant toutes leurs espérances sur le comte de a Frotté) entretenaient avec lui de secrètes intelligences, tant « parm oi que par feue M"» Maeiôre, maîtresse de l'hôtel de « Bretagne, à Alençon.

H Nous avions fait passer au comte une liste de quinze cents « royalistes dévoués, qui n'attendaient qu'un signal pour re- « lever l'étendard royal et combattre pour sa défense.

« Bonaparte, instruit des mouvements de la Bretagne, et « redoutant les suites d'un« lutta qui pouvait devenir funeste

« à la République ébranlée par les déplorables résultats du « congrès de Rastadt, Bonaparte écrivit de la manière la « plus pressante au comte de Frotté, pour le déterminer à « abandonner une cause^ disait-Uj à jamais perdue, et pour a laquelle le sang français rougirait inutilement le sol de la « patrie.

a Le comte de Frotté répondit à l'époux de Joséphine, « que luiy Bonaparte, ne devait pas ignorer que l'Orphelin « royal avait été sauvé du Temple ; et il suppliait le premier « consul de donner au monde une preuve éclatante de sa « magnanimité, en se déclarant l'appui du fils de Louis X VI, a auquel, ajoutait-il, je serai fidèle jusqu'à mon dernier « soupir, »

o Peu de temps après, le général Guidai se rendit au châ^ « teau de Flair, résidence du comte de Frotté, auquel il remit « la réponse de Bonaparte. Je Vai lue^ et le souvenir en est tt trop profondément gravé dans ma mémoire pour jamais « l'oublier. Il disait à M. de Frotté: ,,.Je ne pense pas que « vous voulie!( continuer la guerre civile pour défendre la « cause de cet enfant, quand bien même il existerait, ce que « d'ailleurs je ne crois pas; mais venes[ toujours, nous en

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