REPARLERONS
a Abusé par cette phrase artificieuse, et par sa confiance « dans la loyauté militaire, pressé par les sollicitations du « général Gitidal, qui l'engageait à se rendre à Paris, le comte a se livra à ses ennemis.
« Alors il nous mit au fait de sa correspondance avec le « premier consul, et nous fit lire la lettre dont je vous ai cité « le passage relatif à Louis XVIL — Ahl Monsieur le comte, « m*écriai-je à mon tour, croyez-nous, sauvez-vous ! Si ce « n'est pour vous, faites-le pour la conservation du dépôt
« sacré de la France! ménagez-vous pour lui! vous
« pouvez lui être utile encore; c'est vous qui l'avez sauvé l... a — Qui vous Ta dit? — Je le saisi vous seul pouvez nous le « rendre! — • Et il vous sera rendu, ce dépôt précieux; mais « il vaut beaucoup mieux pour lui que je m'entende avec « Bonaparte, que de rejoindre les Vendéens. D'ailleurs, « soyez sans inquiétude sur votre liste, elle est brûlée.
« Sourd à toutes nos prières, le comte de Frotté persista « dans sa Êitale résolution. Le lendemain il se mît en route « pour Paris, et trouva la mort à vingt lieues d'Alençon, à « Vemeuil^ où il fut fusillé par les ordres transmis à Murât.
« C'est par M. Despré, père d'un député de ce temps, que « j'avais été instruite de la part que M. de Frotté avait eue « à la délivrance de Louis XVII. Dans le nombre de ceux « qui s'y sont employés, il y avait un homme bien dévoué c qui se nommait Joseph. Un ami de M. Desault, qui était, « je crois, son aide chirurgien, rendit dans cette occasion « beaucoup de services à M. de Frotté; on appelait ce jeune « homme Valentin.
« J'atteste l'exactitude de cette rédaction Êiite à Angers, c mai iSSy.
a Signé : Fl. Vauvert. »
Voici enfin ce qu'un parent de M. de Frotté, M. le baron Thierry, écrit au Times pour servir de document à cette lugubre histoire :
a A M. Véditeur du Times.
« Dans votre feuille d'hier se trouve un long article concer- € nant les infortunes du Dauphin. Quelque étranges que « soient ces détails et l'existence du fils de Louis XVI pour « ceux qui connaissent l'histoire des premières années du « Prince, cependant il y a de fortes raisons pour croire à la « réalité des documents rapportés par le duc de Normandie, c dans la publication dont vous entretenez vos lecteurs..
« Un des principaux agents qui se sont employés pour « arracher le Dauphin de la prison du Temple, fut le comte « de Frotté^ général vendéen, à la famille duquel je suis « allié y ma sœur ayant épousé son frère. J'ai eu, par consétt quent, les moyens de m'assurer que le comte de Frotté a « été le principal instrument de Vévasion du Dauphin et 'de « sa fuite dans la Vendée , où quelque temps après il organisa « la guerre si célèbre dans l'histoire de France.
« Napoléon, premier consul, voulant rétablir la paix.
« négocia sur ce point avec le comte de Frotté, et lui déclara « que si le général mettait bas les armes, et rendait ainsi la « tranquillité à cette portion de pays, il lui accordait un « sauf-conduit pour aller résider où bon lui semblerait. Cette « proposition fût agréée par M. de Frotté, qui choisit Paris « pour lieu de résidence. Sur sa route vers cette ville, néan^ « moins, en approchant de Vemeuil^ avec son sauf<onduit à € la mainy le général fut brusquement arrêté, puis barbare- « ment et traîtreusement fusillé. Je défie qui que ce soit de « contredire ce fait. Maintenant, pourquoi le chef du pouvoir € d'alors en France commit-il un acte si contraire au droit « des gens, à la justice et à l'humanité, si ce n'est parce que « le général de Frotté connaissait le lieu où le Dauphin était « caché, et parce qu'il importait à la police de Bonaparte « de détruire le moindre vestige d'une existence si dangec reuse pour l'exécution de ses desseins?...
« Baron T. de Thierry.
« 4, Cleveland Square St-Jamea»
« Londres, 4 décembre i838. »
Ainsi, ce ne sont pas seulement les auteurs de mémoires et les historiens qui viennent attester le fait. J'invoque des documents privés... et j'en pourrais citer un grand nombre encore. Ce sont les déclarations de ceux qui ont vécu dans l'intimité de M. de Frotté. C'est la parole de ses vieux amis. Je demande à la Cour de vérifier tous ces faits par une enquête qui ne saurait m'être refusée.
Ce ne sont pas, en efiet, des imposteurs, des vieillards imbéciles, ou des personnes dont l'intelligence est affaiblie. Mais ceux qui réclament le contrôle et la contradiction sont tous gens fermes d'esprit, jouissant d'un légitime crédit, tous du meilleur monde. Qui osera dire que leurs attestations n'ont pas le caractèrp de la vérité ?
Tous vous adjurent de ne pas laisser un seul instant de plus cette vérité dans l'ombre, sûrs qu'ils sont que si vous voulez la rechercher, vous la découvrirez.
En dehors, Messieurs, de ces documents et m'attachant toujours à ce qu'il y a d'officiel dans l'histoire de mon pays, je rencontre, contre la thèse adverse, des objections auxquelles on n*a jamais répondu, auxquelles on ne répondra jamais, si ce n'est par des abus de pouvoir, par la force, par des dénis de justice.
Lorsqu'on a annoncé la mort du Dauphin au Temple, estce que cette mort a été considérée comme sérieuse ? Et je parle ici, non-seulement de l'opinion publique, mais encore de celle des gouvernants eux-mêmes.
Non ! Ils ont toujours conservé leurs craintes et leurs incertitudes.
Ainsi, dès le mois de juin 1795, à une époque bien rapprochée de cet acte de décès qu'on produit dans des conditions si étrangement anormales, et qui est à lui seul la preuve d'un mensonge officiel, à la date du 24 juin 1795, Chénier monte à la tribune, et voici son langage :
« Une association de scélérats, ligués pour le meurtre, « s'est organisée à Lyon. Cette compagnie, mêlant les idées « religieuses au massacre, le cri de royalisme aux mots de « justice et d'humanité, se fait appeler Compagnie de Jésus... « C'est elle qui rappelle à grands cris les émigrés, qui pro- « tége leur rentrée sur le territoire de la République..... « qui jouit en idée de la destruction prochaine de tous les « patriotes et du retour de la royauté...
a Et qui pourrait nier encore que le but de ces associations « coupables ne soit la ruine de la République et le rétablis- « sèment du despotisme royal, quand tous les indices, tous tt les témoignages, toutes les correspondances, toutes les « preuves même matérielles le démontrent jusqu'à l'évidence.. « Quand le Comité de sûreté générale, sans compter une « foule de pièces que la prudence ne permet pas' de divulguer «c encore, tient entre ses mains le cachet qui doit servir de « ralliement aux prétendus fidèles de Lyon. Quand l'individu « qui a gravé le cachet et celui qui l'a commandé sont actuel- « lement dans les prisons, quand le nom de Précy, déjà « proclamé, déjà chanté dans les lieux publics de cette opu-
« lente commune, est gravé sur le cachet avec le nom de « Louis XVIL., w
Le 3o juin, Hardy, rapporteur, s'exprime ainsi :
« Tout souriait à ces contre-révolutionnaires de Rouen ; « tout semblait leur promettre un succès assuré. Les cris de « vive le roi, vive Louis XVII, s'étaient fait entendre pendant a trois jours, à Taide de leurs vils agents. »
Enfin, un procès-verbal de la séance du 20 messidor an III (8 juillet 1795) :
« La séance est ouverte par la lecture de la correspon- « dance.
« Un membre du Comité de salut public donne connais* « sance d'une lettre du commandant des armes au port de a Lorient et d'une autre de celui des ports de Nantes et de « Paimbœuf.
« Le premier annonce que les Anglais commencèrent le 8 « de ce mois à vomir des émigrés sur le territoire de la a République ; que l'amiral anglais a fait sommer le général « Bonnet, commandant de Belle-Ile, de se rendre au nom « de Louis XVII. Il l^ui a répondu qu'il était muni de vivres « et d'artillerie, qu'il ne reconnaîtrait jamais Louis XVII. »
Et dans tous ces documents, je ne rencontre pas un mot de protestation fondée sur Tacte de décès du Dauphin. Non ; d'un bout à l'autre du territoire, à Lyon, à Rouen, sur les côtes de Bretagne, partout, retentit ce nom de Louis XVII, de Louis XVII considéré comme vivant! Et la Convention est obligée de prendre des mesures pour réprimer toutes ces tentatives insurrectionnelles... Et toutes ces mesures, chose étrange, vous en conviendrez, sont dirigées contre un enfant mystérieux qiCon poursuit sur toutes les routes de la Répu^ blique !
En effet, un décret est rendu dans ce sens, et voici comment j'en trouve la mémoire dans un journal, V Univers , du 6 juillet i85o, qui discutait la question ;
€ Ce qui est plus grave, c'est qu'on trouve dans les actes « de la Convention un décret qui ordonne de poursuivre sur « toutes les routes de France le fils de Capet. A cette même « époque, Charette, s'adressant à son armée sous les murs « des Sables-d'Olonne, lui dit :
« — Voulez-vous donc laisser périr l'enfant miraculeuse- « ment sauvé du Temple , comme ont péri ses augustes « parents ? »
a Dans la Vendée, on croyait donc que l'enlèvement du « Dauphin de la prison du Temple avait été heureusement c consommé. »
Voilà des documents du Temple, Messieurs, documents certifiés par des procédures contemporaines.
Au mois de juillet 1795, à Thiers, quelques semaines après le prétendu décès du Dauphin, on arrête un jeune enfent qui voyageait avec un agent royaliste, M. Ojardias. Ils traversaient Thiers, se rendant dans un château. Immédiatement, on suppose que c'est le Dauphin... Le représentant du peuple résidant à Thiers met toute la police sur pied. On arrête le voyageur. Mais bientôt on reconnaît qu'on a commis une erreur ; le 22 messidor, on donne en ces termes l'ordre de les mettre en liberté :