‹ Louis XVIII et le duc Decazes, 1815-1820;Chapitre 18 sur 36 · REMPLACEMENT DU DUC DE FELTBE AU MINISTÈRE DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

REMPLACEMENT DU DUC DE FELTBE AU MINISTÈRE DE LA GUERRE

«16 août 1817.

(( Je te disois hier, mon cher fils, qu'il ne tenoit qu'à moi d'avoir de l'humeur. Elle étoit vague parce que je n'avois pas bien compris ou peut-être pas bien voulu comprendre ta lettre. Aujourd'hui que le rapport du duc de Richelieu m'a tout expliqué^ mon humeur est bien définie.

u Eh bien, tout me déplaît dans ce beau projet (I).

« 1® Ce ne sera qu'avec beaucoup de peine que je consentîroi à la retraite du duc de Feltre. Le temps n'est pas si éloigné où mes yeux ne se reposoient avec bonheur que sur lui seul. Je suis affligé qu'il ait pris une fausse direction. Mais pourquoi ne pas travailler à le remettre dans la bonne? Les bons chirurgiens remettent les membres cassés, les mauvais les coupent.

(1) A a mois d'août 1817, Richelieu et Decazet songèrent à remplacer le duc de Feltre, ministre de la guerre, par le maréchal Gouvion-Saint-Gyr, alors ministre de la marine. Le duc de Feltre était un homme fidèle, mais non un administrateur et encore moins un homme d'Etat. La Chambre avait cessé de professer de l'estime pour son caractère et ses talents. Il affaiblissait le ministère où on le considérait comme un incapable, manquant, écrivait Decazes, d'énergie, de prévoyance et d'activité, ainsi qu'il l'avait prouvé au début des Cent* Jours.

u 2* Le duc de Gramont a été créé et mis au inonde pour la place qu'il occupe (1). Outre sa compagnie qu'il mène h merveille, il a encore de Tinfluence sur les autres. Qu'il soit remplacé surtout par quelqu'un qui ne verra dans cette grftce qu'une disgrâce colorée, et je ne pourrai pas être sûr, dans un cas qu'il est douloureux, mais sag^e de prévoir, d'envoyer mes ^rdes du corps au delà du Pont-Royal.

a 3* Quoique je ne susse à dire vrai que Eeiire pour le duc de Feltre, tout autre dédommagement me seroit bon. Ma fierté, car j'en ai tout comme un autre, se révolte à la seule idée que les grandes places auprès de moi pussent jamais être considérées comme un refugium peccatorum.

u 4* Enfin ces places ne tiennent point à la politique; elles ne doivent dépendre que de ma volonté, et je ne voudrois pas que mes ministres en voulussent faire un moyen de gouvernement. Les inconvénients pourroient n'être pas grands à présent; ils seroient immenses dans un avenir que malgré soi, il faut bien prévoir. Heureusement que la note de X... me donne le droit de te faire ces réflexions, et j ^espère que tu les communiqueras à qui de droit avec la note elle-même. »

A PROl'OS DE MOLÉ.

Sans date, mais de 1817.

tt On ne m'a point parlé de remplacement. Je t'ai exposé mes scrupules au sujet de Mole (2). Je t^ai dit en même temps que je n'opposerois point de veto, et, pour mieux t'expliquer ma pensée, je te répcteroi ce qu'une femme dit un jour à ton Louis (3) qui la sollicitoit vivement :

a — Je voudrois être depuis longtemps votre maîtresse, et je ne puis me résoudre à la devenir.

(1) 11 commanclait une compagnie des Gardes du corps, et Decazes proposait de donner cette compagnie au duc de Feltre en dédommagement du portefeuille qu'il était question de lui enlever.

(2^ 11 était question de faire Mole, que le roi n*aimait pas, ministre de la marine. 11 le fut d'ailleurs bientôt après. Dessoles, dont le roi ne voulait pas en 1817, devint à la fin de 1818 président du Conseil et ministre des affaires étrangères.

^3) C'est lui-même que le roi désigne ainsi quand il écrit à Decazes.

u J'ajouterai que si cela se termine demêmey Mole serabien tôt ministre. Quant à Dessoles, tu sais aussi bien que moi que c'est un bien pauvre homme, et de plus quelle estime veux-tu que j'aye pour celui dont j'ai acheté à beaux deniers comptants la fidélité passive? »

Sans daie, mais de 1817.

H A propos de Mole, il faut que je vous raconte une folie qui m'a passé, il y a quelques jours, par la tête en parlant de lut et de sa conduite sous Bonaparte, avec Pasquier qui me disoit que le principe de cette conduite étoit que Mole, élevé dans des principes extrêmement monarchiques, avoit embrassé la monarchie avec ardeur là où il avoit semblé la trouver. On raconte qu'un jour le Dauphin, fils de Louis XIV, ayant envie d'une fille, on la lui fit venir, escortée suivant l'usage d'une tante. Lorsque ces deux créatures furent arrivées à la porte du cabinet, le valet de chambre (j^ratta. Monseigneur ouvrit, passa le bras, saisit la première jupe qu'il rencontra et la tira à lui. On eut beau résister. Le valet de chambre eut beau crier que Monseigneur se trompoit, la tante y passa. Ne trouvez-vous pas, si Pasquier dit vrai, que Mole a fait comme mon trisayeul? Ceci peut bien s'appeler du bavardage, mais il faut bien se dérider un peu (le temps en temps. »

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