II PREFACE
promis d'élever à la mémoire de son père le monument auquel elle a droit. Les occupations et les soucis d'une existence dont une grande part fut consacrée aux affaires publiques lui firent ajourner incessamment l'exécution de ce dessein. Il mourut sans Tavoir accompli. Il m'honorait d'une amitié qui n'était égalée que par mon dévouement pour lui. Souvent, en me montrant les belles archives de la Grave et en laissant ma curiosité d'historien s'y donner librement cours, il m* avait dit : « C'est vous qui mettrez tout ceci en œuvre. » La promesse implicitement contenue dans ces paroles, son jeune héritier a eu à cœur de la tenir^ et c'est ainsi que ces documents m'ont été confiés.
Je dois dire brièvement en quoi ils consistent.
C'est d'abord les fragments de Mémoires, auxquels je viens de faire allusion. Decazes y raconte son enfance et sa jeunesse, ses débuts dans la vie, son arrivée à Paris au début de l'Empire, ses relations avec le roi et la reine de Hollande, son entrée à la préfecture de police sous la seconde Restauration, ses premiers actes ministériels lorsqu'il fut devenu le collaborateur du duc de Richelieu et l'homme de confiance de Louis XVIII. Dans cette autobiographie, on voit commencer l'extraordinaire faveur dont ce prince lui donna jusqu'en 1822 tant d'éclatants témoignages. Si considérable que soit l'intérêt de ces fragments, on ne saurait méconnaître que l'auteur a contribué lui-même à l'affaiblir en les communiquant aux principaux historiens de la Restauration. Utilisés à plusieurs reprises, ces récits n'ont conservé qu'en de rares parties leur caractère révélateur.