IV PREFACE
çait sans réserve ni retenue sur les hommes et sur les choses.
On saisit là sur le vif le caractère de Taffection qu'il avait vouée à Decazes. Il lui parle avec autant d'abandon que de familiarité, mais surtout avec une paternelle tendresse, ainsi qu'on s'en convaincra par celles de ces lettres que j*aurai l'occasion de citer dans la suite de ce travail. Tout lui est prétexte à prendre la plume, sa santé, celle de « son fils » , — c'est ainsi qu'il appelle Decazes, — l'entretien qu'ils ont eu la veille, car le roi le recevait tous les soirs, les incidents les plus futiles de leur vie à tous deux comme les événements les plus graves du royaume. Il lui écrit sur tout, à propos de tout, et jusqu'à trois fois dans la même journée. Entre ces lignes malicieuses, émues, affectueuses, anecdotiques, coupées de citations latines ou françaises, se révèle à tout instant, en quelque cri de sollicitude, une âme qu'on ne savait ni si délicate, ni si communicative, ni si tendre. « Mon cher fils, mon cher enfant, mon cher Élie », tels sont les noms dont il le qualifie. « Tu sais combien je t'aime. » — « Tu sais ce qu'est pour toi ton Louis » , telles sont les formules qu'il emploie en lui écrivant. On verra de quel ton il lui parle au lendemain de la mort du duc de Berry; après quels combats, il se résigne à céder aux supplications de sa famille et des ultra-royalistes qui lui demandent d'immoler son ministre à leur fureur; avec quel déchirement de cœur il subit les exigences de Richelieu quand celui-ci ne consent à rentrer au pouvoir que si Decazes quitte non seulement Paris, mais la France. En ce moment,