‹ Louis XVIII et le duc Decazes, 1815-1820;Chapitre 5 sur 36 · IV PREFACE · texte numérisé non relu

IV PREFACE

çait sans réserve ni retenue sur les hommes et sur les choses.

On saisit là sur le vif le caractère de Taffection qu'il avait vouée à Decazes. Il lui parle avec autant d'abandon que de familiarité, mais surtout avec une paternelle tendresse, ainsi qu'on s'en convaincra par celles de ces lettres que j*aurai l'occasion de citer dans la suite de ce travail. Tout lui est prétexte à prendre la plume, sa santé, celle de « son fils » , — c'est ainsi qu'il appelle Decazes, — l'entretien qu'ils ont eu la veille, car le roi le recevait tous les soirs, les incidents les plus futiles de leur vie à tous deux comme les événements les plus graves du royaume. Il lui écrit sur tout, à propos de tout, et jusqu'à trois fois dans la même journée. Entre ces lignes malicieuses, émues, affectueuses, anecdotiques, coupées de citations latines ou françaises, se révèle à tout instant, en quelque cri de sollicitude, une âme qu'on ne savait ni si délicate, ni si communicative, ni si tendre. « Mon cher fils, mon cher enfant, mon cher Élie », tels sont les noms dont il le qualifie. « Tu sais combien je t'aime. » — « Tu sais ce qu'est pour toi ton Louis » , telles sont les formules qu'il emploie en lui écrivant. On verra de quel ton il lui parle au lendemain de la mort du duc de Berry; après quels combats, il se résigne à céder aux supplications de sa famille et des ultra-royalistes qui lui demandent d'immoler son ministre à leur fureur; avec quel déchirement de cœur il subit les exigences de Richelieu quand celui-ci ne consent à rentrer au pouvoir que si Decazes quitte non seulement Paris, mais la France. En ce moment,

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