LOUISE
ABBEMA
elle avait à peine essayé sa palette que la guerre éclata, avec ses angoisses et ses douloureuses préoccupations. . . C'était bien de peinture qu'alors
Portrait de Louise Abbeua par elle-même D'après son buste par Sarah Bernhardt.
il s'agissait! Le professeur parti, son élève ne perdit pas courage, et seule, sans maître dont elle pût recevoir les leçons ou suivre les conseils, elle
se livra à une opiniâtre étude, labor improbus... Ceci nous mène jusqu'en 1873.
Mlle Abbema se décida alors à entrer dans un atelier. Devinez lequel elle choisit. . . Mieux vaut le dire tout de suite, car, vous auriez beau chercher, vous ne trouveriez pas... Elle va frapper à la porte de M. Chaplin, qui l'accueille avec sa bonne grâce habituelle, et qui bientôt lui voue une amitié reconnaissante pour n'avoir pas, comme tant d'autres, perdu son temps à faire, sur porcelaine, d'éternelles chaplinadesl Cependant elle ne reste chez lui que peu de mois, et reprend en hâte sa chère indépendance. La voilà désormais qui fréquente assidûment le Louvre et copie avec ardeur. Un jour, elle reproduisait un tableau de Velasquez, quand un curieux s'arrête derrière elle, puis s'approche, et, avec un compliment, lui donne un avis. Avec quelle satisfaction cet avis est reçu, avec quel soin il est suivi, c'est ce qu'il est facile de comprendre, sachant qu'on avait reconnu dans celui qui se permettait une si flatteuse critique Carolus Duran. Réjouie et touchée de cette bienveillance, la jeune artiste travailla sous la direction du maître qui lui offrait le concours de son expérience et de ses conseils. Aucune toile sérieuse ne fut dès lors livrée aux amateurs sans son approbation.
Enfin 1874 arrive, et Carolus Duran dit qu'il est temps d'exposer. Voilà le moment venu de figurer sur le livret du Salon.
Le Salon! mot magique et terrible! Que de joies et d'espérances, que d'illusions et de désenchantements il contient et renferme !
L'épreuve redoutée a une issue favorable : l'envoi est admis. Il n'y a pas lieu de s'en étonner; il semble même qu'à ce début l'amour filial ait corrigé ou du moins atténué des défauts qui éclateront tout à Theure. Le portrait de Mme Abbema, dont nous avons déjà dit un mot, était parfaitement ressemblant : il permit donc aux amateurs de concevoir d'heureuses espérances, qui se sont en partie réalisées.
Un an s'écoule, et le livret de 1875, que nous consultons, parle d'un tableau de genre dont, il faut bien l'avouer, nous n'avons conservé aucun souvenir. Voici, avec 1876, une toile qui , en son temps , ne passa pas sans exciter du tapage, mais du tapage de bon aloi : c'est le portrait de Mllc Sarah Bernhardt, représentée de profil, en vêtement sombre, se détachant vigoureusement sur un fond vert (le vert Abbema!), et qui attirait l'attention du public en même temps que l'éblouissant portrait dans lequel M. Clairin reproduisait, lui aussi.
l'éminente sociétaire de la Comédie française.
Sans doute, les deux peintres sont tombés dans la même erreur en exagérant la fluidité apparente du modèle; mais celui-ci Ta probablement voulu de la sorte, ce qui a fait dire à M. Ch. Yriarte 1 :
Quand on force avec autant de persistance son rôle d'impalpable, quand on se drape à dessein dans des plis étroits au lieu de dissimuler les défaillances, c'est qu'on est bien sûr de soi à l'heure où la vérité rayonne.
Quoi qu'il en soit de cette maigreur affectée dont on s'est si souvent occupé, et plus que de raison, le portrait dû au pinceau de Mlle Abbema méritait à la fois des éloges et des réserves. C'est ce que le chroniqueur de la Galette des Beaux- Arts exprimait en ces termes :
Tout d'abord, j'ai été rebuté par ce portrait : une tache sommaire dans l'arcade sourcilière et un manque de modelé dans le visage m'avaient fait juger l'œuvre trop rapidement. Peu à peu, je suis revenu, j'ai étudié, j'ai apprécié, et, tout bien pesé, je ne suis pas loin de trouver que c'est un bon portrait. Il y a là du caractère et une certaine sincérité de vue qui finissent par convaincre. La robe est énergiquement peinte aussi.
Ce jugement fut celui du [plus grand nombre des visiteurs; d'autres cependant ont été moins sévères. Le Times, notamment, dans son numéro du Ier mai 1876, s'exprimait ainsi :
Mllc Abbema expose un autre portrait de Sarah Bernhardt;