‹ LouiseChapitre 14 sur 38 · TOUT RENAIT · texte numérisé non relu

TOUT RENAIT

Rien n'est éternel au monde Pas même l'hiver, pas même la nuit.

On n'attendait plus la lumière blonde : Un instant encor : la brume s'enfuit Et le soleil luit.

Fou qui croit à la durée Du chagrin poignant ou de la gaîté!

Bénissons la vie, auguste et sacrée, Qui, nous imposant sa diversité, A fait la douleur, mais l'a mesurée, A fait le plaisir sans éternité, Et nous garde ainsi, par mille surprises. Aveux imprévus ou brusque tourment.

Éclat d'ouragan, caresse des brises, La félicité de l'étonnement I

Sur la vallée, heureuse et comme ranimée, Déjà l'air plus léger, où bleuit la fumée, Est bleu comme elle, avec ces arômes subtils Evoquant les juillets à l'aube des avrils. L'horizon, délivré, rit et n'a plus de bornes ; Les brouillards d'un hiver fondirent en un jour ; La résine a plus chaud dans les sapins moins mornes Un seul baiser d'azur, et tout est de l'amour! Les toits, en bardeaux clairs, luisent sous la rosée, Les tas de bois mouillé brillent joyeusement, La colline, hier veuve^ a l'air d'une épousée Couverte de rubis par un Prince Charmant, Et, coiffant le clocher, on voit un diamant. Les bons vieux, de nouveau, sur lebanc de la place. Reposent, plus gaîment, leur échine moins lasse, Laissant sur tout errer des yeux plus indulgents : Le lac se souvient-il qu'il fut couvert de glace? La peine est passagère, auxchosescommeaux gens.

De son manteau givreux chaque branche s'allège. Pleure, en larmesd'argent, au soleil du Midi, Et, par l'étroit carreau, doucement attiédi. Qui doit se rappeler le grésil et la neige, Pâle encor, le premier rayon a resplendi :

Me voici. J'arrive Du grand pays bleu.

J'ai l'ardeur craintive D'un premier aveu.

O vitre indocile, Laisse-moi passer !

Le plus difficile , C'est de commencer.

La route frayée, D'autres me suivront.

O vitre brouillée, Ce qu'ils t'égaieront !

Troupe de lumière, Bien d'autres reflets Dansent, là derrière.

Le long des volets.

Ivres d'allégresse, Ils sont très pressés.

Contre ma caresse Tu luttas assez.

Un brouillard te couvre ; Mais je viens, j'attends.

Vitre, m'amie, ouvre :

Je suis le Printemps !

Il est entré. Dans son sillage d'or qui bouge, Un semblant de chaleur entre et flotte avec lui, Et, du lit tout fiévreux, le cauchemar a fui... Le cadavre d'hier est un homme aujourd'hui :

Le blond soleil fait le sang rouge Et la soif du bonheur revient avec le sang. Toutes ces visions de mort, il les repousse ; Un trouble exquis l'enivre ; il sent Comme une liqueur, fraîche et douce, Veine à veine, envahir son être renaissant, Et la Vie a chanté dans le convalescent :

Je suis la Vie, et c'est mon heure î Je guéris les rameaux perclus.

En hiver, la nature pleure ; C'est que les choses ne m'ont plus.

Demain, dans les gazons moins pâles.

Je ferai pointer des pétales ; Les eaux, libres, courront demain ; Et mille tendresses confuses Vont chanter, les intimes Muses.

Dans la forêt du cœur humain.

Qui me possède a la souffrance.

L'imprévu, les espoirs en transe ; Pour les morts, plus de différence ; Chaque instant à l'autre est pareil.

Avec moi, du moins, tout varie ; J'apporte larmes, rêverie, Étonnement, gaité fleurie Et les caprices du soleil.

Je suis la Vie ; on me dédaigne.

Je suis la Vie : on me maudit.

Sans moi, pourtant, ce cœur qui saigne,

En pleine angoisse refroidi.

Triste morceau de lave éteinte,

Ce cœur n'aurait plus, seulement,

Le bonheur d'entendre sa plainte,

De se déchirer en aimant, Mais de palpiter sous l'étreinte Et de durer par le tourment.

Et toi qui, longtemps, sur ta couche.

Dormis, pâle, mort à moitié, En n'éveillant à chaque bouche Que des paroles de pitié, Toi qui, de nouveau, vas connaître La sève montant dans un être Avec ses flots chauds et puissants.

Qui vas voir les beautés plus belles, Qui mourais, et te le rappelles, Qui ressuscites, et le sens.

Toi qui vas t'exalter encore Pour ces supplices qu'on adore, Lutter, chanter à voix sonore, Être amoureux, poète ou roi.

Toi seul mérites qu'on t'envie !

Au mal divin jeté convie.

Pleure et souris : je suis la Vie!

Je suis la Vie : embrasse-moi !

Et, lorsque Louise est rentrée, Elle a vu, sur le lit, pour la première fois. Sourire cette face encor décolorée, Ce cœur, froid du tombeau, renaître en cette voix. Et, dans un seul : « Merci ! » dont le timbre, l'étonné, Dans cette voix tremblante encore et monotone, Chante et triomphe l'être, à demi délivré, Que de nouveau l'on rive à son mal adoré. Devant qui lui devra l'ivresse de renaître, Un trouble, étrange etdoux, brusquement la pénètre.

C'est un pressentiment, peut-être ; Mais, sans savoir pourquoi, Louise en a pleuré.

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