‹ LouiseChapitre 16 sur 38 · CE QUE PENSE MARIE · texte numérisé non relu

CE QUE PENSE MARIE

Les tourments qui l'ont obsédée S'effacent devant les espoirs ; La gringalette a son idée Qu'elle rumine tous les soirs.

Elle est là depuis deux semaines, Et, devant Pierre indifférent.

Elle sent croître encor ses haines Contre celle qui le lui prend.

Des ongles, des dents, terrassée, Comme elle la torturerait!

Mieux vaut n'être pas si pressée, Et travailler, mais en secret.

Elle lutte, la gringalette, Pour mieux que sa peau, que son sang, Pour son amour! Elle se jette Dansée combat, en frémissant

D'abord, coquette à sa manière, Elle a tout fait et fera tout, Et le reste encor, pour que Pierre, Un soir, la trouvât de son goût.

Lorsqu'il faut soulever l'épaule.

Soutenir les reins du blessé, Pierre sent un doigt qui le frôle, Une main qui l'a caressé.

Au crépuscule, à la pénombre, Cherchant la lampe ou l'allumant Si Pierre reste en un coin sombre, On s'approche furtivement.

Un bras nerveux, tremblant, se coule Tout autour de sa taille ; il sent Une gorge en fleur, dont la houle Révèle le cœur bondissant.

D'une voix d'amoureuse éprise, Quelqu'un a murmuré son nom.

Pierre a cru que c'était Louise.

Ce n'était pas Louise. Non.

Louise n'était pas là, certes!

La détestée, auprès du lit, Est toute aux misères souftertes Par le beau blessé qui pâlit.

Elle n'a pour Pierre, — et Marie, Jalouse, mais fine, le voit, — Que cette camaraderie Qui ne met point la bague au doigt.

Elle lui parle, elle l'estime ; Mais celle que l'amour brûla Le sait bien, en sa fièvre intime, Que ce n'est pas l'amour, cela !

L'amour? Comme la confrérie, Louise y doit passer un jour.

Si, laissant Pierre à la Marie, Elle aimait un autre d'amour ?

A supposer qu'il la regrette, Il aura, ce Pierre souffrant, Marie heureuse, aimante, prête A consoler en s'enivrant.

Or, depuis qu'elle suit Louise D'un regard méchamment fixé, Bien des fois elle l'a surprise A s'attendrir près du blessé !

Attendris-toi, belle :

S'il est séduisant, s'il est éloquent,

Ne soit pas rebelle I A quand le baiser? Les noces, à quand }

Moi je ne désire, — La jeunesse brûle et l'amour est doux, —

Que de vous voir rire.

Et de rire aussi, mais bien mieux que vous !

Dans les bras de Pierre, Je pourrai bientôt, les soirs de printemps.

Baiser sa paupière Au bruit confondu de nos cœurs battants.

Grâce à vous, mes drilles, Je n'envierai plus, par les nuits d'été,

Les soupirs des filles, Le frisson des gars et leur volupté.

Aimez-vous plus vite !

Je pourrai, l'automne, et vous bénissant,

Me faire petite Sur le cœur de Pierre, en me blottissant.

Et, l'hiver, cachée, Pâmée en ces bras chéris, je pourrai

Y rester couchée Jusqu'à l'heure douce où j'expirerai I

Et voilà pourquoi la Marie, Avec ce rire singulier, A poussé la porte qui crie Et redescendu l'escalier.

Les maux qui l'avaient obsédée

Ne pourront plus la ressaisir,

Car la Marie a son idée.

Et sent, joyeusement par l'amour possédée, Tressaillir, en sa chair, les ailes du désir.

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